Comment les cuisinières à gaz sont-elles devenues un cri de ralliement des républicains contre les démocrates, au même titre que la gestion du Covid ou d'ultra-sensibles questions de société ? Le feu a pris après des propos du responsable d'une agence gouvernementale qui ont provoqué l'une de ces polémiques ponctuant la vie politique aux États-Unis.
Dans une récente interview à l'agence Bloomberg, Richard Trumka, membre de la Commission de sécurité des produits à la consommation (CPSC), affirmait qu'en raison de la pollution émise par ce type de cuisinières, leur interdiction n'était pas à écarter. "Il s'agit d'un danger caché", a-t-il dit en allusion aux potentiels problèmes respiratoires qu'elles peuvent provoquer. "Toutes les options sont sur la table. Les produits ne pouvant pas être rendus sûrs peuvent être interdits".
Il n'en fallait pas plus pour lancer la rumeur d'une interdiction imminente des cuisinières à gaz et faire pousser des cris d'orfraie à des responsables et internautes de droite.
Petit-déjeuner et dîner
S'insurgeant contre une possible tentative de bafouer leurs libertés, certains se sont posés en hérauts de la nourriture bien cuite - "les cuisinières électriques sont nulles", selon le commentateur conservateur Matt Walsh - d'autres des plus défavorisés face à des responsables gouvernementaux vus comme privilégiés, les plaques à induction étant coûteuses aux États-Unis.
"Les démocrates vont s'en prendre à vos appareils de cuisine", a lancé le sénateur de l'Arkansas, Tom Cotton. "Leur volonté de contrôler le moindre aspect de votre vie n'a pas de limites, y compris la manière dont vous préparez votre petit-déjeuner", a-t-il tweeté. L'élu de Caroline du Sud Jeff Duncan a lui dit y voir un nouvel "abus de pouvoir" de la part de l'administration Biden. "Les bureaucrates de Washington ne devraient pas avoir leur mot à dire dans la manière dont les Américains préparent leur dîner", a-t-il tonné sur Twitter.
Et comme d'autres internautes, l'élu de Floride Matt Gaetz a fièrement publié une vidéo du brûleur d'une cuisinière à gaz - aux États-Unis, environ 35% des cuisines fonctionnent au gaz. "Il faudra venir me l'arracher des mains !", a-t-il écrit, reprenant une formule notamment popularisée par l'acteur Charlton Heston, longtemps président du puissant lobby des armes NRA, qui l'avait martelée en 2000 en brandissant un fusil pour mettre en garde les démocrates contre toute velléité de s'attaquer aux armes à feu. Dans le même ordre d'idées, l'élu de l'Ohio Jim Jordan a publié ce tweet sonnant comme une devise : "Dieu. Armes à feu. Cuisinières à gaz".
« Tendances ridicules »
Face à l'échauffement - sincère ou peut-être un rien affecté - des esprits, la Maison Blanche et le patron de la Commission de sécurité des produits à la consommation ont dû s'exprimer.
"Le président (Joe Biden) ne soutient pas une interdiction des cuisinières à gaz", a dit sa porte-parole Karine Jean-Pierre. Et la commission, "qui est indépendante, n'interdit pas les cuisinières à gaz". "Je veux remettre les pendules à l'heure. Contrairement à de récentes informations de presse, je ne cherche pas à interdire les cuisinières à gaz", a lui écrit Alex Hoehn-Saric, le chef de la CPSC, tout en rappelant que selon des études, "les émissions des cuisinières à gaz peuvent être dangereuses".
De récentes recherches (qui ne font pas l'unanimité) accusent en effet la cuisson au gaz d'être responsable d'environ 12% des cas d'asthmes infantiles aux États-Unis et en Europe. Sans que cela n'arrête le flux de réactions outrées à droite.
Le vif débat sur les cuisinières est le parfait "exemple des tendances les plus ridicules de la politique américaine", a estimé sans détour jeudi une tribune publiée dans le magazine The Atlantic. "Un rien peut se transformer en une énorme controverse, sans aucune raison valable".
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