Des délais supérieurs à cinq ans dans les zones contraintes
La saturation signalée mercredi 15 juillet par Enedis et RTE concerne des territoires où le raccordement de nouveaux projets éoliens ou photovoltaïques nécessiterait plus de cinq ans. Les contraintes portent notamment sur la disponibilité des infrastructures permettant d’évacuer la production vers les zones de consommation.
Enedis a publié une cartographie nationale des capacités réseau faisant apparaître en rouge les secteurs les plus contraints. Les zones citées comprennent le sud de la région Centre-Val de Loire, le Lot-et-Garonne dans le Sud-Ouest et les Vosges dans le Grand Est.
Ces blocages résultent notamment du besoin de créer ou renforcer des postes-sources, équipements qui assurent l’interface entre le réseau de transport de RTE et le réseau de distribution d’Enedis. Ces ouvrages transforment l’électricité issue de la très haute tension vers des niveaux de tension compatibles avec la distribution régionale.
Le photovoltaïque rural concentre une partie des tensions
Le rythme de raccordement des renouvelables s’est fortement accru sur le réseau de distribution. Enedis a raccordé 6,6 GW d’énergies renouvelables en 2025, après 5,5 GW en 2024 et 4,2 GW en 2023, avec une dynamique portée en particulier par le photovoltaïque installé dans des exploitations agricoles.
Selon Enedis, les raccordements renouvelables réalisés en 2025 se décomposent en 5,8 GW de solaire et 0,8 GW d’éolien sur le réseau public de distribution. Le gestionnaire indiquait aussi à fin 2025 compter 1,275 million de producteurs renouvelables raccordés à son réseau.
Cédric Boissier, directeur raccordement chez Enedis, a expliqué que le développement observé concerne surtout des zones rurales, où la consommation locale n’est pas nécessairement élevée. Ces territoires représentent environ deux tiers de l’essor récent des énergies renouvelables, ce qui peut créer des difficultés de gestion et d’acheminement de la production.
Le Lot-et-Garonne illustre cette accélération localisée: la puissance renouvelable raccordée au réseau y a plus que triplé en six ans. Enedis et RTE destinent leur cartographie aux producteurs et porteurs de projets, qu’il s’agisse de hangars agricoles, de petits sites industriels, de parkings ou de centres commerciaux de taille limitée.
Une centaine de postes-sources supplémentaires d’ici 2030
Enedis exploite actuellement environ 2.300 postes-sources sur l’ensemble du territoire français. Le gestionnaire prévoit d’en construire une centaine de nouveaux d’ici 2030, dont près des deux tiers pour accompagner le raccordement de capacités renouvelables.
Les adaptations relèvent aussi des schémas régionaux de raccordement au réseau des énergies renouvelables, établis par RTE avec les gestionnaires de distribution et les territoires. RTE précise que ces schémas réservent des capacités aux projets renouvelables au fur et à mesure de l’avancement des travaux d’adaptation des réseaux électriques.
La Commission de régulation de l’énergie a approuvé en février 2026 le programme d’investissements 2026 de RTE pour 4,24 milliards d’euros, en hausse d’environ 27% par rapport aux dépenses réalisées en 2025. Cette progression tient notamment aux raccordements de nouveaux utilisateurs terrestres, à l’adaptation du réseau, au renouvellement des infrastructures existantes et au raccordement des parcs éoliens en mer.
Enedis souligne que la situation française reste moins contrainte que celle de certains pays voisins, en citant l’Espagne et les Pays-Bas comme marchés beaucoup plus saturés. Le gestionnaire estime qu’environ 90% du territoire français conserve des capacités disponibles pour accueillir de nouvelles installations renouvelables.