Le géant pétrolier national saoudien Aramco a annoncé mercredi l'acquisition de 70% du groupe de pétrochimie saoudien SABIC pour 69 milliards de dollars, une opération qui apporte d'énormes liquidités pour financer les projets de réformes du royaume.

Cette transaction permet d'injecter dans le fonds souverain saoudien l'équivalent de la somme que le royaume espérait tirer d'une introduction en Bourse partielle d'Aramco.

"Saudi Aramco a annoncé aujourd'hui la signature d'un protocole d'accord pour acquérir une part majoritaire de 70% dans Saudi Basic Industries Corp (SABIC) auprès du Fonds public d'investissement saoudien (PIF), une transaction privée d'une valeur de 69,1 milliards de dollars", a affirmé le géant pétrolier dans un communiqué.

"Cette acquisition offre de nouvelles opportunités de croître rapidement dans le secteur de la pétrochimie", a par ailleurs indiqué Aramco sur Twitter.

Cette acquisition est perçue par les observateurs comme un moyen pour le royaume d'obtenir des liquidités pour le fonds souverain du pays.

Le prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane (MBS) a lancé un ambitieux programme d'investissements dans les secteurs de l'industrie, des infrastructures et des services, afin de diversifier l'économie du royaume, à la merci des fluctuations des prix du pétrole. Ce plan "Vision 2030" s'appuie notamment sur le PIF que le Ryad espère voir doté de 2.000 milliards de dollars à l'horizon 2030.

L'acquisition de la majorité de SABIC redonne également des marges de manoeuvre au prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS) face à des investisseurs refroidis par la purge qu'il a lancée dans le cadre de sa campagne anticorruption et par l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat saoudien d'Istanbul.

- "Alternative à l'introduction en Bourse" -

"C'est une transaction gagnant-gagnant (...) pour trois des plus grosses entités économiques d'Arabie saoudite", a salué le directeur général du PIF Yasser al-Roumayyan, cité dans le communiqué. "Cela va libérer un capital important pour la stratégie d'investissements de long-terme du PIF".

C'est l'économie du pays qui est la grande gagnante, s'est félicité le ministre de l'Energie Khaled al-Faleh, évoquant un "accord historique".

La capitalisation boursière de SABIC, plus grande société cotée en Bourse du royaume saoudien, est évaluée à environ 100 milliards de dollars, soit le montant qu'espérait tirer le royaume de l'introduction en Bourse de 5% d'Aramco.

L'introduction en Bourse d'une partie d'Aramco est un des piliers dans la stratégie de réformes menée par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) afin de diversifier l'économie saoudienne, jusqu'à aujourd'hui dépendante majoritairement de l'"or noir".

Initialement prévue en 2018, elle a été repoussée par MBS à fin 2020 et début 2021, afin de permettre à Aramco d'acquérir d'abord les 70% détenus par le Fonds d'investissement souverain saoudien dans SABIC puis "intégrer" les activités de SABIC.

"Cet accord est le moyen le plus efficace pour le PIF d'obtenir un afflux d'argent", a expliqué à l'AFP Ellen Wald, auteur du livre "Saudi Inc". "C'est une alternative à l'introduction en Bourse d'Aramco à court terme parce qu'il donne au PIF une partie de l'argent dont il a besoin, même si nous pouvons toujours voir Aramco coté en Bourse à l'avenir".

Les responsables du géant pétrolier ont évoqué à plusieurs reprises des conditions de marché défavorables pour justifier le report de l'introduction en Bourse du mastodonte. Ce report ne "portera pas ombrage aux plans de Vision 2030", avait annoncé MBS en octobre.