Connue du grand public grâce au gaming, la réalité augmentée s'invite aujourd'hui dans l'industrie, qui en mesure ses bénéfices potentiels. De nombreux acteurs du secteur se l'approprient pour améliorer leur productivité, à l'image d'Enedis.
Le gestionnaire du réseau d'électricité tente de trouver la formule pour "rendre visible l'invisible" et "réduire de 40% le temps d'intervention des équipes sur le terrain". Une vaste mission : Enedis est présent sur 95% du territoire en France et opère sur un réseau électrique de 1,4 million de kilomètres, soit près de 35 fois la circonférence de la Terre.
Depuis 2017, Paris est devenu le laboratoire d'essai d'Enedis qui développe un logiciel de cartographie connecté à des lunettes de réalité augmentée pour faciliter les interventions des équipes sur le terrain.
"Il faut imaginer qu'initialement les interventions se faisaient avec des cartes en papier. On pouvait se retrouver avec des valises entières à transporter", raconte Paul Soares, responsable des infrastructures parisiennes du groupe. Après le papier, Enedis s'est mis à utiliser des tablettes, mais entend désormais prendre un nouveau virage avec l'homologation de sa technologie, espérée dans un an.
"À Paris, nous avons un réseau de 10 000 kilomètres de câbles souterrains", précise Aziza Couailhac, responsable du service cartographie d'Enedis. Au moindre problème, les techniciens de réseau du groupe doivent isoler le lieu de la faille et creuser sous le bitume pour réaliser les réparations nécessaires.
C'est dans une rue du 17e arrondissement qu'Enedis fait sa démonstration, sous l'œil étonné des passants. Fabien Martin, du service cartographie, enfile les lunettes de réalité augmentée et arpente la rue. "C'est comme une surcouche virtuelle", résume-t-il. Sous ses yeux apparaît un menu sur lequel il navigue avec le pouce et l'index. Grâce aux lunettes, il peut visualiser où se situent les câbles qui se trouvent sous ses pieds et leur niveau de tension.
En permettant aux techniciens de terrain de se repérer plus rapidement et plus efficacement dans le réseau parisien, Aziza Couailhac estime que le temps de chaque intervention peut être "réduit d'environ 30 minutes".
Un tournant inévitable
Enedis utilise le casque de "réalité mixte" Holo Lens 2 de Microsoft. Le terme, popularisé par le géant américain, fait la jonction entre réalité augmentée et réalité virtuelle : l'utilisateur n'est pas en immersion complète dans un monde virtuel mais peut interagir avec le digital tout en restant ancré visuellement dans le réel.
La clientèle cible du produit est "complètement le secteur industriel", dit Othman Chiheb, responsable marketing de Microsoft. Selon lui, des centaines d'entreprises françaises sont clientes, dont Airbus, L'Oréal et Saint-Gobain. "La pandémie a été un grand accélérateur de cette transformation digitale", explique une porte-parole de Saint-Gobain.
Le groupe de matériaux de construction a testé le système dans son usine de Kolo, en Pologne, qui a eu recours à des lunettes de réalité mixte connectées au logiciel de réunion Teams pour ses "interventions à distance d'opérateurs et d'experts de maintenance sur des équipements, et des inspections en distanciel". "Ce qui était considéré comme du jeu devient maintenant un bénéfice et un gain pour l'industrie", souligne Sylvain Delassus, de la société de conseil Visiativ.
Mais avant d'investir dans la réalité mixte, il faut "savoir calculer son retour sur investissement", relève Olivier Godest, organisateur du salon Virtuality, dédié aux industries des technologies immersives.
Pour un casque HoloLens 2, il faut débourser entre environ 3 500 euros et un peu plus de 5 000 euros. "A ce prix-là, on a un ordinateur de compétition et aujourd'hui les entreprises n'équipent pas un poste avec ce budget", ajoute-t-il. Pour autant, les consultants sont sûrs que l'industrialisation de la réalité augmentée est en route.
En 2019, le marché représentait déjà 70 milliards de dollars, note Sylvain Delassus, d'après une étude de Research and Markets de septembre 2020. "En 2030, on estime qu'il représentera plus de 1 200 milliards de dollars de chiffres d'affaires, porté par les deux branches : l'industrie d'un côté et le grand public de l'autre."
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