Washington et Téhéran affichent deux versions opposées
Le président américain a écrit lundi sur Truth Social que les dirigeants iraniens étaient « d’une duplicité incroyable », les accusant de demander une rencontre tout en niant publiquement l’existence de discussions. Il avait indiqué dimanche soir que des échanges devaient commencer lundi après-midi, sans préciser le lieu, le format ni les interlocuteurs impliqués.
La diplomatie iranienne a contesté cette présentation lors de son point presse hebdomadaire. « Nous ne négocions pas avec les Etats-Unis en ce moment. Nous négocions avec Oman pour sécuriser un passage dans le détroit d’Ormuz », a déclaré son porte-parole Esmaïl Baghaï.
Donald Trump avait menacé quelques jours plus tôt de « frapper fort » la République islamique, avant d’annoncer une suspension de projets de bombardements massifs. Il a affirmé dimanche soir que Téhéran connaissait l’ampleur de l’attaque envisagée, car il la voyait « prendre forme ».
Le détroit d’Ormuz concentre l’enjeu pétrolier
Les échanges entre l’Iran et Oman portent sur une route maritime dans le détroit d’Ormuz, verrouillé de nouveau depuis l’échec, début juillet, du protocole d’accord américano-iranien. Téhéran n’autorise actuellement qu’un itinéraire longeant ses côtes et refuse un retour au régime de circulation qui prévalait avant la guerre.
Esmaïl Baghaï avait indiqué dimanche que l’Iran était proche d’un compromis avec Oman sur une voie « acceptable pour les deux parties », qui ne serait « ni la route nord, ni la route sud ». Le sultanat, qui avait irrité Téhéran en juin en ouvrant un itinéraire alternatif dans le détroit, n’avait pas réagi publiquement lundi.
L’importance énergétique du passage explique la réaction immédiate du marché. Selon l’Agence internationale de l’énergie, près de 15 millions de barils par jour de pétrole brut ont transité par Ormuz en 2025, soit environ 34% du commerce mondial de brut.
Le Brent reculait de 4,59% lundi vers 15H45 GMT, à 83,89 dollars le baril, après les signes d’avancée sur le dossier maritime. La référence mondiale avait brièvement franchi le seuil de 100 dollars fin juillet, dans un contexte de tensions persistantes sur les flux d’hydrocarbures du Golfe.
La pression militaire américaine reste affichée
Donald Trump a lié la suspension des frappes américaines à la conclusion rapide d’un accord avec Téhéran, en particulier sur Ormuz. Il a aussi affirmé lundi que le détroit était « totalement contrôlé » par la marine américaine et que le blocus des ports iraniens ne serait levé qu’en cas d’« accord » ou de « capitulation totale ».
Les hostilités ont commencé fin février avec une offensive américano-israélienne contre Téhéran, avant une accalmie générale en avril puis une reprise début juillet. D’après des médias américains, Washington a envisagé au cours du week-end de nouveaux bombardements de grande ampleur, CBS News mentionnant notamment des frappes possibles contre des raffineries de pétrole et des centrales électriques, avec une participation israélienne qui aurait été la première depuis deux mois.
Le président américain a dit avoir renoncé à cette attaque à la demande de pays de la région, citant l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Qatar et l’Iran lui-même. Téhéran a également démenti cette affirmation, y voyant un « nouveau mensonge » de Donald Trump.
D’après l’agence officielle saoudienne, le prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane a appelé le président américain à privilégier le dialogue afin de réduire les tensions. Dans le détroit d’Ormuz, l’agence britannique de sécurité maritime UKMTO a signalé une explosion près d’un pétrolier dans la nuit de dimanche à lundi.
La mer Rouge s’ajoute au risque sur les flux pétroliers
La guerre a récemment gagné un autre axe maritime, en mer Rouge. Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont annoncé un blocus visant les navires saoudiens et ont revendiqué depuis des attaques contre des pétroliers et des installations pétrolières du royaume.
Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie, les perturbations liées à Ormuz avaient déjà conduit l’Irak, l’Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, le Qatar et Bahreïn à interrompre collectivement 7,5 millions de barils par jour de production de brut en mars 2026. L’agence estimait en avril que cette fermeture et les arrêts de production associés figuraient parmi les principaux facteurs de son scénario de prix pétroliers pour 2026.