Washington et Téhéran affichent deux versions opposées
Le président américain Donald Trump a déclaré lundi 3 août, à la Maison Blanche, que des pourparlers avec l’Iran étaient en cours « en ce moment même ». Il a affirmé que ces discussions se tenaient « à la demande » de Téhéran, avec le « soutien » de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar.
Le dirigeant américain a présenté ces échanges comme une échéance décisive pour les autorités iraniennes. « C'est la dernière chance qu'ont les Iraniens de signer un bon document », a-t-il dit devant des journalistes.
Téhéran a contesté cette version quelques heures plus tôt. Esmaïl Baghaï, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a déclaré lors du point presse hebdomadaire de sa diplomatie : « nous ne négocions pas avec les Etats-Unis en ce moment. Nous négocions avec Oman pour sécuriser un passage dans le détroit d'Ormuz ».
Le détroit reste au centre du rapport de force
Selon Donald Trump, les discussions porteraient notamment sur une réouverture du détroit d'Ormuz, qu’il juge possible dès mardi 4 août. La veille, Esmaïl Baghaï avait déjà évoqué un accord proche avec Oman sur cette voie maritime, de nouveau verrouillée depuis la rupture du protocole d’accord américano-iranien au début de juillet.
L’Iran refuse pour l’instant un retour au régime de navigation antérieur à la guerre et n’autorise qu’un trajet le long de ses côtes. Le sultanat d’Oman, qui avait irrité Téhéran en juin en ouvrant une route alternative dans le détroit, n’a pas réagi publiquement à ce stade.
Dimanche, Esmaïl Baghaï avait assuré que les discussions avec Oman approchaient d’un compromis sur « une route acceptable pour les deux parties - ni la route nord, ni la route sud -, dans le respect des droits souverains de chaque pays et la garantie de nos intérêts nationaux et de notre sécurité ». Le détroit constitue un point de passage majeur pour les hydrocarbures du Golfe : selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers y ont transité en moyenne en 2025.
Les marchés pétroliers réagissaient encore aux perspectives diplomatiques. Vers 00H30 GMT, le WTI nord-américain progressait de 0,49% à 80,73 dollars le baril, tandis que le Brent de la mer du Nord gagnait 0,60% à 84,27 dollars, après une forte baisse la veille liée aux espoirs de négociations entre Washington et Téhéran. Le Brent avait brièvement franchi le seuil de 100 dollars le baril à la fin juillet.
La sécurité maritime demeure dégradée
La situation opérationnelle dans le détroit reste instable. L’agence britannique de sécurité maritime UKMTO a signalé dans la nuit de lundi à mardi qu’un cargo avait été touché par un « projectile inconnu » dans la zone, sans bilan immédiat sur d’éventuels blessés ni sur l’ampleur des dégâts.
Donald Trump a parallèlement durci son discours sur la pression militaire. Il a affirmé lundi que le détroit était « totalement contrôlé » par la marine américaine et que le blocus américain visant les ports iraniens ne serait levé qu’en cas d’« accord » ou de « capitulation totale ».
Le président américain avait conditionné la suspension de frappes contre l’Iran à la conclusion rapide d’un accord, en particulier sur Ormuz. Selon des médias américains, Washington envisageait de nouveaux bombardements massifs au cours du week-end, notamment contre des infrastructures énergétiques, avant que Donald Trump dise y avoir renoncé à la demande de pays de la région.
Il a attribué cette demande à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, au Qatar et à l’Iran lui-même. Téhéran a également rejeté cette affirmation, parlant d’un « nouveau mensonge » du président américain.
Le conflit s’étend aux routes pétrolières régionales
Les hostilités avaient commencé fin février avec une offensive américano-israélienne contre Téhéran. Elles avaient globalement cessé en avril, avant de reprendre au début de juillet après l’échec du protocole d’accord américano-iranien.
Dans un message publié sur Truth Social, Donald Trump a accusé les dirigeants iraniens de « duplicité incroyable ». « Ils demandent une rencontre (...), les discussions commencent, d'autres sont prévues dans un futur immédiat, et ils disent, publiquement et fièrement, qu'ils n'ont aucune discussion », a-t-il écrit.
Le conflit a récemment gagné la mer Rouge. Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont annoncé un blocus visant les navires saoudiens et ont revendiqué depuis des attaques contre des pétroliers ainsi que contre des installations pétrolières du royaume.