Un calendrier politique fixé au 30 septembre

Dans le Bureau ovale, Ali al-Zaidi a lié le retrait annoncé des dernières forces américaines d'Irak à une réorientation économique de la relation bilatérale. « Le 30 septembre, les forces américaines se retireront et les entreprises américaines s'installeront », a déclaré le Premier ministre irakien.

Le dirigeant irakien a aussi affirmé que son gouvernement prendrait « le monopole sur les armes ». « Après le 30 septembre, les factions n'auront plus lieu d'être […] et nous n'autoriserons aucune entité à porter des armes en dehors de l'Etat », a-t-il ajouté, en présentant cette condition comme indispensable pour attirer des capitaux étrangers.

Le gouvernement irakien a donné aux groupes armés pro-iraniens jusqu'au 30 septembre pour se désarmer. Cette échéance coïncide avec la fin prévue de la présence en Irak de la coalition internationale conduite par Washington contre l'organisation Etat islamique, installée en 2014.

Washington soutient un dirigeant arrivé au pouvoir au printemps

Donald Trump a insisté sur sa proximité politique avec Ali al-Zaidi, dont il a salué la victoire électorale. Le président américain a évoqué une « formidable alchimie » entre les deux dirigeants et qualifié le Premier ministre irakien de « champion ».

« Il a remporté une élection que beaucoup de gens n'avaient pas prévue », a affirmé Donald Trump devant la presse, en rappelant qu'il l'avait « endossé ». Il a aussi décrit Ali al-Zaidi comme « un grand combattant » et « un grand admirateur des Etats-Unis », tout en soulignant les réserves pétrolières de l'Irak.

Cette visite constitue le premier déplacement à l'étranger d'Ali al-Zaidi depuis sa prise de fonction en avril. Arrivé lundi aux Etats-Unis pour une semaine, l'ancien homme d'affaires doit également rencontrer des élus américains et des représentants de compagnies pétrolières.

Les milices restent au cœur de l'équilibre irakien

Bagdad subit une pression américaine accrue pour désarmer les groupes armés irakiens proches de l'Iran. Ces factions sont accusées d'avoir mené des centaines d'attaques contre des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février.

Un haut responsable irakien a toutefois souligné, sous couvert d'anonymat, que l'orientation plus favorable de Bagdad envers Washington ne « signifie pas que l'Irak tourne le dos à l'Iran ». Selon lui, l'Irak « doit maintenir l'équilibre en vigueur de longue date » entre ses alliés.

Certains groupes armés ont indiqué qu'ils coopéreraient avec les autorités irakiennes, mais d'autres refusent toujours de rendre leurs armes. « Tant qu'il y a une guerre dans la région, ni eux ni l'Iran n'accepteront » le désarmement, a estimé le haut responsable irakien.

La semaine précédente, des villes saintes chiites irakiennes ont accueilli de vastes cortèges pour les funérailles de l'ancien guide suprême iranien Ali Khamenei, tué lors des frappes menées en Iran fin février. Ces rassemblements ont rappelé le poids politique et religieux des réseaux proches de Téhéran en Irak.

Le pétrole finance la relation économique recherchée

Ali al-Zaidi a présenté son déplacement comme un signal adressé aux investisseurs américains. « Il s'agit de ma première visite aux Etats-Unis, non pas d'un simple voyage d'agrément, mais d'une déclaration de partenariat économique », a-t-il déclaré.

Washington a récemment repris les transferts de liquidités liés aux revenus pétroliers de l'Irak, gérés depuis 2003 par la Réserve fédérale de New York. Ces envois avaient été suspendus plus tôt dans l'année afin d'accentuer la pression sur Bagdad au sujet du désarmement des groupes pro-iraniens.

L'Irak, membre fondateur de l'Opep, reste très dépendant de ses exportations de brut, qui représentent ordinairement 90% de ses recettes budgétaires. Selon l'Energy Information Administration américaine, le pays détenait 145 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole brut en 2024 et produisait en moyenne 4,5 millions de barils par jour de liquides pétroliers la même année.

Plusieurs accords ont été conclus ces derniers mois entre l'Irak et des compagnies pétrolières américaines. D'autres signatures sont attendues cette semaine à Washington, dont un projet de fonds alimenté par 500.000 barils de pétrole par jour fournis par l'Irak en échange d'une amélioration de son approvisionnement en électricité.

La majeure partie du brut irakien exporté transite par le détroit d'Ormuz, situé au cœur des hostilités actuelles. Ali al-Zaidi a décrit les infrastructures et les services publics défaillants de son pays comme « un fardeau qu'il faut partager avec un partenaire stratégique », en ajoutant que « le partenaire stratégique le plus important au monde, ce sont les Etats-Unis ».