Une attribution plus solide pour les chaleurs et les pluies extrêmes

Le rapport de 254 pages publié jeudi 16 juillet par les Académies nationales des Sciences, de l'Ingénierie et de la Médecine actualise une première évaluation parue en 2016. Il conclut que les scientifiques disposent désormais d'un niveau de confiance élevé pour relier certains épisodes précis, notamment des vagues de chaleur ou des pluies diluviennes, au changement climatique d'origine humaine.

Cette capacité reste nettement moins robuste pour d'autres phénomènes, en particulier les orages violents et les tornades. Les auteurs soulignent que les modèles climatiques globaux décrivent encore mal certains processus atmosphériques de petite échelle, tandis que l'insuffisance de séries d'observation longues et fiables réduit la précision des estimations dans plusieurs régions.

Le rapport examine la science dite de l'attribution des événements extrêmes, qui compare la probabilité et l'intensité d'un événement réellement observé avec celles d'un monde théorique sans réchauffement d'origine anthropique. Les chercheurs mobilisent pour cela des observations météorologiques, des simulations climatiques et des méthodes statistiques afin d'isoler le signal climatique de la variabilité naturelle.

Un champ scientifique devenu central pour les litiges

Les conclusions des Académies devraient être versées dans plusieurs dossiers ouverts aux États-Unis contre des entreprises pétrolières. Ces plaintes réclament souvent des montants de plusieurs milliards de dollars et cherchent à démontrer qu'un événement météorologique extrême particulier a été rendu plus probable ou plus intense par les émissions associées aux énergies fossiles.

Le rapport précise toutefois que la détermination d'une responsabilité juridique ou d'un montant de dommages et intérêts ne relève pas de son périmètre. Son apport porte sur la robustesse des méthodes scientifiques, leur niveau d'incertitude et leur utilité pour les collectivités, les décideurs et les politiques d'adaptation.

« D'importants progrès ont été faits sur ces dix dernières années, avec des avancées importantes sur les méthodes et la modélisation qui permettent des études plus robustes sur les événements extrêmes », résume James W. Hurrell, professeur à l'université d'État du Colorado et président du comité scientifique auteur du rapport.

Le comté de Multnomah réclame plus de 51 milliards de dollars

L'un des contentieux les plus suivis concerne le comté de Multnomah, dans l'Oregon, qui poursuit plusieurs grands groupes, dont ExxonMobil, Shell et Chevron, après la vague de chaleur meurtrière de 2021 dans le nord-ouest des États-Unis. La collectivité estime que l'industrie pétrolière porte une part de responsabilité dans cet épisode et réclame 51 milliards de dollars de dommages et intérêts.

Selon le comté de Multnomah, la procédure engagée devant la justice de l'Oregon vise 50 millions de dollars de dommages réels, 1,5 milliard de dollars de dommages futurs et un fonds estimé à 50 milliards de dollars pour renforcer les services de santé publique et les infrastructures face aux futures chaleurs extrêmes.

La méthode d'attribution étudiée par les Académies occupe une place stratégique dans ce type de dossier, car elle permet de passer d'un constat général sur le réchauffement à une analyse probabiliste d'un événement donné. Les groupes scientifiques comme World Weather Attribution utilisent déjà ce cadre pour évaluer rapidement le rôle du changement climatique dans des canicules, précipitations extrêmes ou sécheresses.

Un rapport publié dans un climat politique conflictuel

La publication intervient alors que la nouvelle administration Trump défait une partie de la réglementation environnementale fédérale. Le 18 février 2026, l'EPA a publié au Federal Register une règle retirant le constat de mise en danger de 2009 sur les gaz à effet de serre et supprimant les normes fédérales d'émissions de GES applicables aux véhicules des années-modèles 2012 à 2027 et au-delà.

Des responsables républicains et des acteurs liés à l'industrie ont parallèlement cherché à affaiblir la crédibilité du rapport des Académies. Un blog associé au secteur pétrolier a obtenu le retrait d'une chercheuse du groupe de rédaction après avoir ressorti l'une de ses publications sur les réseaux sociaux.

Au Congrès, des élus républicains ont déposé une proposition de loi susceptible de protéger les entreprises pétrolières contre des poursuites fondées sur leur responsabilité climatique. L'administration fédérale a aussi engagé des procédures contre plusieurs États ayant adopté des lois destinées à faire payer aux grands pollueurs une partie des dommages climatiques attribués à leurs émissions.