L'équipe de l'opposant vénézuélien Juan Guaido a déposé plainte mardi à New York pour tenter de sauver Citgo, filiale de la compagnie pétrolière publique PDVSA et principal actif du Venezuela aux États-Unis, d'une prise de contrôle par les détenteurs d'obligations adossées à une partie de son capital.
Juan Guaido, qui tente d'évincer Nicolas Maduro de la présidence du pays sud-américain depuis janvier, a nommé en début d'année un directoire ad hoc pour diriger PDVSA. C'est ce directoire qui a porté plainte devant un tribunal de New York, tout en disant dans un communiqué n'écarter aucune solution "à l'amiable".
Cette direction fonctionne parallèlement à l'autre équipe dirigeante de PDVSA et au ministère vénézuélien du Pétrole qui sont loyaux à Nicolas Maduro et ont la haute main sur la production de brut. "La plainte entend obtenir (de la justice américaine, ndlr) que les obligations PDVSA 2020 (les contrats, les engagements et tous les documents qui y sont associés) soient déclarées invalides, illégales, nulles et sans valeur ab initio (dès le départ, ndlr)", explique l'équipe de Juan Guaido, qui est soutenu par les Etats-Unis.
Un paiement de 913 millions de dollars sur ces obligations était dû lundi. Mais le Trésor américain a décidé la semaine dernière d'empêcher les détenteurs des obligations de les liquider et ainsi de prendre le contrôle de Citgo. Cette nouvelle règle court jusqu'au 22 janvier. Ces obligations ont été émises en 2016 par le gouvernement de Nicolas Maduro et sont le résultat d'un échange de créances contre actifs.
Mais Juan Guaido estime que leur émission n'a aucun caractère légal car elle n'a pas été approuvée par l'Assemblée nationale que lui-même préside. "Comme il a amplement été dit au moment de l'offre d'échange, l'Assemblée nationale a condamné cette offre et ne l'a pas autorisée", a expliqué l'équipe de Juan Guaido. "Les obligations de PDVSA sont, en conséquence, nulles et inapplicables."
L'obligation PDVSA 2020 est adossée à 50,1% du capital de Citgo, dont les Etats-Unis ont confié le contrôle à Juan Guaido, le reconnaissant comme président par intérim du Venezuela, tout comme une cinquantaine de pays.
Production de brut en chute libre
La prise de contrôle de Citgo par une partie des détenteurs d'obligations serait un très grave revers pour Juan Guaido, lui qui active des leviers tant diplomatiques que financiers pour tenter de remplacer Nicolas Maduro à la présidence. L'opposant ne reconnaît aucune légitimité au président socialiste car il l'accuse d'"usurper" la fonction présidentielle en raison de l'élection "frauduleuse" de 2018 qui lui a permis de se maintenir au pouvoir.
Nicolas Maduro, président depuis la mort d'Hugo Chavez en 2013, a le soutien de l'armée vénézuélienne, mais aussi de la Russie, de la Chine ou de Cuba. Bien qu'il ait recours aux tribunaux, Juan Guaido a dit être disposé à "étudier les réclamations" concernant les obligations de Citgo.
L'économie du Venezuela, richissime en pétrole, s'effondre sous le gouvernement de Nicolas Maduro. En six ans, le PIB s'est contracté de moitié et l'inflation devrait atteindre 200 000% cette année, selon le FMI. La production de pétrole est en chute libre : elles est passée de 3,2 millions de barils par jour il y a dix ans à moins d'un million de barils aujourd'hui.
Les États-Unis ont imposé au gouvernement des sanctions sévères pour restreindre l'accès aux liquidités provenant des exportations de pétrole. Juan Guaido et son équipe tentent de travailler avec les créanciers pour résoudre le problème du remboursement de la dette de PDVSA.
Citgo, dont le siège est à Houston (Texas, sud des Etats-Unis), possède trois raffineries capables de traiter 750 000 barils/jours, selon des chiffres de l'entreprise. Fondée en 1910, la filiale compte 3 500 employés. Elle possède 5.000 stations sous sa marque aux États-Unis.
En 2017, les États-Unis ont interdit à tout citoyen ou entreprise américaine l'achat d'obligations émises par le gouvernement vénézuélien et PDVSA, empêchant une renégociation de la dette extérieure du pays, estimée à 140 milliards de dollars, selon le cabinet Ecoanalitica. Fin 2017, le Venezuela et la compagnie pétrolière ont été déclarés en défaut partiel par plusieurs agences de notation.
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