Menaces croisées entre Téhéran et Washington
Dans un message écrit daté de vendredi et rendu public samedi 11 juillet, Mojtaba Khamenei s’est exprimé pour la première fois depuis les funérailles nationales de son père et prédécesseur, Ali Khamenei, inhumé jeudi. Le nouveau guide suprême, désigné en mars, n’est pas apparu publiquement depuis les attaques israélo-américaines qui ont tué son père.
« Je dis à notre guide martyr que nous jurons de venger son sang pur et celui de tous les martyrs de ces deux guerres », a écrit Mojtaba Khamenei. Il a ajouté que « cette vengeance est la volonté de notre nation et elle doit s’accomplir, inévitablement ».
Le dirigeant iranien a également menacé des responsables non nommés en affirmant que « ces criminels, dont les noms figurent sur une liste, emporteront dans leur tombe le souhait d’une mort paisible dans leur lit ». La veille, Donald Trump avait accusé la République islamique de vouloir le faire assassiner et avait de nouveau employé un registre militaire contre l’Iran.
Sur Truth Social, le président américain a écrit que « l’armée américaine est prête (...) pendant une période d’un an, susceptible d’être prolongée, de décimer et de détruire complètement toutes les régions d’Iran ». Il a aussi affirmé que « 1.000 missiles » étaient « pointés vers la République islamique », avec « des milliers d’autres » disponibles.
Le détroit d’Ormuz reste au centre de l’escalade
Le durcissement verbal intervient après une séquence de frappes entre les États-Unis et l’Iran, désormais interrompue. Washington a frappé l’Iran deux nuits consécutives à partir de mardi, après avoir imputé à Téhéran des attaques contre trois navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz, axe maritime stratégique pour les hydrocarbures.
Avant la guerre déclenchée le 28 février par l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, ce passage assurait le transit d’environ un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures, selon les éléments disponibles. L’Organisation maritime internationale a indiqué le 15 juin avoir vérifié au moins 46 attaques contre la navigation internationale dans et autour du détroit depuis le début du conflit.
Le ministère iranien de la Santé fait état de 17 morts et 115 blessés après les frappes américaines. Washington assure avoir ciblé des sites militaires, tandis que Téhéran accuse les États-Unis d’avoir également touché des infrastructures civiles pour empêcher la population de rejoindre les obsèques d’Ali Khamenei.
L’Iran a riposté contre plusieurs voisins du Golfe, avec des tirs visant le Koweït, Bahreïn et le Qatar. Au Koweït, au moins une personne a été blessée, selon les informations disponibles.
Le protocole de juin fragilisé
Le représentant iranien à l’ONU, Amir Saeid Iravani, a averti que Téhéran ne se considérerait plus lié par le protocole d’accord conclu en juin avec les États-Unis si Washington « continuent de manquer à leurs obligations », selon la télévision d’État iranienne. Ce texte devait notamment encadrer la fin des hostilités et la réouverture du passage maritime.
Le protocole d’accord publié le 17 juin prévoit que l’Iran engage un dialogue avec le sultanat d’Oman sur l’administration future et les services maritimes dans le détroit d’Ormuz, en lien avec les autres États riverains du Golfe. L’Agence internationale de l’énergie atomique avait indiqué le 18 juin que cet accord ouvrait aussi la voie à des travaux techniques sur le volet nucléaire.
Le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohammad Bagher Zolghadr, a prévenu vendredi que son pays répondrait « à toute attaque » visant ses infrastructures. Il a précisé que cette riposte pourrait inclure des actions contre Israël.
Depuis le blocage du détroit par Téhéran après le 28 février, l’Iran n’autorise plus qu’un seul couloir de navigation, situé le long de ses côtes. Les autorités iraniennes excluent un retour au régime antérieur, dans lequel le passage était gratuit, malgré le principe de liberté de navigation « sans entrave » prévu par le droit de la mer.
Oman et le Qatar tentent de rouvrir une voie diplomatique
Une délégation du Qatar, pays médiateur, est arrivée vendredi en Iran, selon un média local. Samedi, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a été reçu par son homologue omanais Badr al-Busaidi pour discuter du détroit d’Ormuz, situé dans les eaux iraniennes et omanaises.
Selon le journaliste Barak Ravid, du média américain Axios, des responsables qataris participeraient aussi aux discussions à Mascate. Ces échanges pourraient déboucher sur l’annonce d’une « voie médiane » libre dans les eaux internationales du détroit.
Donald Trump a accepté la poursuite des discussions, tout en affirmant que le cessez-le-feu était « terminé ». Une source proche des négociateurs iraniens a déclaré à l’agence Fars que l’un des points à régler concernait le « transit par le détroit selon les modalités souhaitées par l’Iran ».
Selon Axios et Politico, Washington a indiqué à Téhéran qu’il lui donnait jusqu’à samedi pour s’engager publiquement à ne plus attaquer de navires à Ormuz. L’Organisation maritime internationale avait annoncé le 23 juin un plan d’évacuation dans le détroit après la signature du protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis.