Une déclaration conjointe entre l'UE, le gouvernement groenlandais et le Danemark

Ursula von der Leyen est arrivée dimanche à Nuuk, capitale du territoire autonome danois, pour un déplacement prévu les 6 et 7 septembre. La Commission européenne a confirmé que la visite devait aboutir à la signature d'une déclaration conjointe entre l'UE, le gouvernement groenlandais et le Danemark.

La présidente de la Commission doit rencontrer le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et le chef du gouvernement des îles Féroé Beinir Johannesen. Le programme comprend aussi une sortie en bateau vers la calotte groenlandaise et, lundi, le lancement d'un projet renforcé de connectivité satellitaire dans les installations de l'opérateur Tusass.

Le déplacement s'inscrit dans la réunion biannuelle organisée lundi et mardi à Nuuk entre le Danemark, le Groenland et les îles Féroé, les trois entités constitutives du royaume du Danemark. Bruxelles veut y ancrer un message politique clair : le Groenland doit consolider ses relations avec l'Europe plutôt que basculer dans l'orbite américaine.

« Des cartes postales de Trump ou de ses proches sur le Groenland »

Les déclarations de Donald Trump sur le Groenland avaient provoqué une crise majeure au début de l'année. Au plus fort des tensions, le président américain avait évoqué la possibilité « d'utiliser la force » pour prendre le contrôle de l'île, peuplée d'environ 57 000 habitants, ce qui avait alarmé l'UE et l'Otan.

Un groupe de travail associant le Danemark, le Groenland et les États-Unis a depuis été mis en place pour chercher une issue durable. Les capitales européennes continuent toutefois d'adresser des messages de solidarité à Nuuk et Copenhague, conscientes que la pression américaine peut réapparaître.

Le commissaire européen aux Partenariats internationaux Jozef Síkela, présent dans la délégation, a résumé l'enjeu régional en affirmant que « ce qui se passe dans l'Arctique affecte directement le reste de l'Europe » et qu'un partenariat solide avec le Groenland est « crucial » pour la position européenne dans la zone.

La visite coïncide avec l'exercice Arctic Shield 2026, organisé du 7 au 18 septembre dans le sud du Groenland et autour de Kangerlussuaq avec environ 400 militaires de 10 pays de l'Otan, selon la Défense danoise. Pour Mikaa Blugeon-Mered, chercheur en géopolitique à l'Université du Québec, cette concomitance n'est « pas négligeable ». Il relève aussi que les signaux venus de Washington n'ont pas cessé, évoquant « des cartes postales de Trump ou de ses proches sur le Groenland qui montrent qu'ils n'ont pas oublié ».

Matières premières critiques

La présidente de la Commission pourrait annoncer à Nuuk une nouvelle enveloppe de 200 millions d'euros pour le Groenland, destinée à compléter les appuis européens déjà engagés. L'UE a alloué 225 millions d'euros au Groenland pour la période 2021-2027 au titre de son association avec les pays et territoires d'outre-mer, avec 90 % orientés vers l'éducation et 10 % vers la croissance verte, selon la Commission européenne.

Bruxelles cherche à renforcer l'économie groenlandaise dans des secteurs comme les matières premières critiques, la connectivité, le tourisme durable et les énergies renouvelables. Eurostat indique que l'UE a importé 7 100 tonnes de terres rares de Chine en 2025, soit 46,8 % de ses importations de terres rares en poids, un niveau qui illustre la dépendance européenne aux chaînes d'approvisionnement asiatiques.

Nuuk reste très dépendante du Danemark et de la pêche, tandis que les industries extractives progressent lentement. Environ 135 permis miniers sont détenus par plus de 60 entreprises au Groenland, mais seules deux mines sont en activité, ce qui limite pour l'instant la contribution minière à une éventuelle autonomie économique accrue.

Les tensions autour des ressources ne concernent pas seulement les minerais. En août, les préparatifs d'une compagnie pétrolière américaine dans une zone isolée de l'est du Groenland ont ravivé les inquiétudes locales, le projet reposant sur des licences délivrées avant le moratoire de 2021 sur l'exploration et l'extraction d'hydrocarbures. Le gouvernement groenlandais a indiqué le 12 août que les activités de forage prévues à Nunap Qeqqa, dans la zone de Jameson Land, ne pouvaient pas être réalisées pendant l'hiver 2026-2027.