Une déclaration UE-Groenland prévue à Nuuk
La présidente de la Commission européenne doit signer lundi 7 septembre une déclaration commune entre l'Union européenne et le Groenland, en présence du chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen et de la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Elle doit aussi rencontrer le chef du gouvernement féringien Beinir Johannesen.
La Commission européenne indique que la visite des 6 et 7 septembre doit approfondir les relations entre Nuuk et Bruxelles et traiter de l'importance stratégique croissante de l'Arctique. Lundi, les trois dirigeants doivent également lancer un projet renforcé de connectivité satellitaire pour le Groenland sur un site de l'opérateur Tusass.
Le déplacement coïncide avec une réunion biannuelle organisée lundi et mardi à Nuuk entre le Danemark, les îles Féroé et le Groenland, les trois entités constitutives du royaume du Danemark. Ce format porte sur les relations internes au royaume, dans un contexte où l'autonomie groenlandaise cherche à élargir ses marges économiques et diplomatiques.
L'Arctique devient un dossier stratégique pour Bruxelles
Le Groenland « revêt une importance croissante pour l'UE en tant que porte d'entrée vers l'Arctique, ainsi qu'en raison de sa position géopolitique, de ses matières premières critiques et de son rôle dans la sécurité dans l'Arctique », estime Marc Jacobsen, chercheur au Collège royal de défense danois.
Le territoire ne fait pas partie de l'Union européenne, mais il bénéficie du statut de pays et territoire d'outre-mer associé. Selon le Service européen pour l'action extérieure, Bruxelles a proposé de porter son soutien financier direct au Groenland de 225 millions d'euros pour 2021-2027 à 530 millions d'euros sur 2028-2034, dans le cadre du prochain budget pluriannuel.
D'après le Financial Times, Ursula von der Leyen devrait aussi présenter à Nuuk une enveloppe additionnelle de 200 millions d'euros. Le journal indique que ce soutien viserait les années 2026 et 2027, mais cette annonce reste attribuée au quotidien économique.
Face aux déclarations répétées de Donald Trump sur une volonté de « contrôler » l'île arctique, les Européens avaient apporté leur soutien au Danemark et au Groenland en début d'année. Un groupe de travail associant le Danemark, le Groenland et les États-Unis se réunit depuis pour rechercher une issue à la crise diplomatique.
Sécurité arctique et signal politique européen
La visite intervient au moment où débute l'exercice Arctic Shield 2026. Selon les forces armées danoises, cette manœuvre doit réunir du 7 au 18 septembre environ 400 militaires issus de dix pays de l'Otan dans le sud du Groenland et autour de Kangerlussuaq, avec des entraînements terrestres, maritimes et aériens.
Pour Mikaa Blugeon-Mered, chercheur en géopolitique à l'Université du Québec, cette concomitance « n'est pas négligeable ». L'administration Trump accuse les autorités danoises de ne pas accorder assez de moyens à la sécurité arctique, tandis que Copenhague réinvestit dans la région depuis plus d'un an.
L'Otan a également lancé en début d'année la mission Arctic Sentry, destinée à renforcer sa posture dans l'Arctique et le Grand Nord. « L'UE ne peut pas offrir au Groenland une garantie de sécurité militaire comme le fait l'Otan, mais elle peut fournir quelque chose de politiquement important: un signal clair que le Groenland n'est pas seul », souligne Marc Jacobsen.
La pression américaine est devenue moins visible depuis la visite en mai de Jeff Landry, émissaire spécial de Donald Trump pour le Groenland, mais elle demeure présente, selon Mikaa Blugeon-Mered. « On a eu tous les mois des cartes postales de Trump ou de ses proches sur le Groenland qui montrent qu'ils n'ont pas oublié », affirme le chercheur.
Le potentiel minier reste difficile à convertir
Les matières premières critiques constituent l'un des principaux points de convergence entre les priorités groenlandaises et européennes. Selon la Commission géologique du Danemark et du Groenland, 24 des 34 matières premières critiques figurant sur la liste de l'Union européenne sont présentes au Groenland, d'après une synthèse publiée en janvier 2026.
Nuuk peine toutefois à transformer ce potentiel géologique en activité industrielle. Quelque 135 permis miniers sont détenus par plus de soixante entreprises, mais seules deux mines sont actuellement en exploitation.
« Le Groenland a besoin d'investissements, d'infrastructures et de marchés s'il veut concrétiser ses ambitions minières, tandis que l'UE cherche un accès plus sûr et plus diversifié aux matières premières critiques », analyse Marc Jacobsen, qui juge les intérêts des deux parties « hautement complémentaires ».
En août, la médiatisation de préparatifs menés par une compagnie pétrolière américaine dans une zone isolée de l'est du Groenland a ravivé les préoccupations locales. Le projet, porté par une entreprise texane à partir de licences accordées avant le moratoire groenlandais de 2021 sur l'exploration et l'extraction d'hydrocarbures, n'a pas reçu l'autorisation d'un premier forage exploratoire, les autorités invoquant des motifs procéduraux.
Pour Mikaa Blugeon-Mered, la deuxième visite d'Ursula von der Leyen au Groenland en deux ans traduit un engagement européen appelé à durer. Une conférence de presse avec Ursula von der Leyen, Jens-Frederik Nielsen et Mette Frederiksen est programmée lundi 7 septembre vers 14h25, heure de Bruxelles.