Un accord nucléaire encore soumis au Congrès
Le texte a été signé dans la nuit de mercredi à jeudi par le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright et le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdelaziz ben Salmane. Il doit désormais être transmis au Congrès américain, où les républicains disposent de la majorité.
L’administration américaine présente ce cadre comme un accord de coopération nucléaire civile, dit « accord 123 », accompagné d’un dispositif bilatéral de garanties. Selon le département américain de l’Énergie, ce type d’accord relève de la section 123 de l’Atomic Energy Act et encadre les transferts significatifs de matières, d’équipements ou de technologies nucléaires américaines à un État partenaire.
Le Congressional Research Service indique que le Congrès examine ce type d’accord pendant deux périodes totalisant 90 jours de session continue. En l’absence d’opposition formelle dans ce délai, le cadre de coopération peut entrer en vigueur selon la procédure prévue par le droit américain.
La normalisation avec Israël devient une condition politique
Donald Trump a écrit sur Truth Social que l’accord « sera approuvé, mais il est entièrement conditionné à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux (...) accords d’Abraham ». Israël, qui n’avait pas immédiatement commenté l’annonce initiale, a estimé qu’une reconnaissance saoudienne représenterait un « bond historique » pour la paix au Moyen-Orient.
Riyad n’avait pas réagi officiellement dans l’immédiat. Les accords d’Abraham, conclus en 2020 sous parrainage américain, ont déjà conduit les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc à normaliser leurs relations avec Israël.
Washington cherchait depuis plusieurs années à associer coopération nucléaire civile, garanties de défense et normalisation israélo-saoudienne. L’annonce intervient alors que le conflit entre les États-Unis et l’Iran a repris après les attaques israélo-américaines de fin février contre Téhéran, justifiées par Washington et Israël par la volonté d’empêcher la République islamique d’obtenir l’arme nucléaire.
L’enrichissement d’uranium cristallise les critiques
L’accord ouvrirait la voie à la construction de centrales nucléaires en Arabie saoudite, dont la production électrique repose aujourd’hui principalement sur le gaz et le pétrole. Selon l’EIA américaine, le royaume a produit 453 TWh d’électricité en 2023, dont 62 % à partir de gaz naturel, 38 % à partir de pétrole et moins de 1 % à partir de renouvelables.
La controverse porte surtout sur la possibilité pour Riyad d’enrichir de l’uranium. « Il n’y aura pas d’enrichissement », a affirmé Donald Trump, alors que le Wall Street Journal avait auparavant fait état d’une clause prévoyant un complexe d’enrichissement dans le royaume si une étude conjointe en démontrait la justification.
Interrogé sur ce point, le département américain de l’Énergie n’a pas commenté. Chris Wright avait seulement indiqué mercredi que le texte posait « les bases juridiques d’un partenariat de plusieurs décennies » et respectait « les normes les plus élevées en matière de sûreté nucléaire et de non-prolifération ».
Des oppositions américaines dénoncent un risque régional
Le sénateur démocrate Chris Murphy a averti que l’accord pourrait « déclencher une course nucléaire dans la région, dissuadant davantage l’Iran de limiter son propre programme » nucléaire. Le sénateur Bernie Sanders a dénoncé une entente « absurde », accusant Donald Trump de combattre l’enrichissement iranien tout en laissant Riyad « faire exactement cela ».
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a défendu jeudi un programme saoudien « pacifique et civil ». Il a assuré que l’accord comportait « des garanties pour s’assurer qu’il ne puisse pas être transformé en programme d’armement ».
Comme Téhéran, qui nie rechercher l’arme atomique tout en revendiquant un « droit » au nucléaire civil, Riyad défend depuis longtemps l’accès à cette technologie à des fins énergétiques. Pour Jennifer T. Gordon, directrice de l’Initiative pour la politique en matière d’énergie nucléaire de l’Atlantic Council, le choix de fournisseurs américains constituerait « une victoire pour les Etats-Unis face à la Russie et à la Chine ».