Des discussions encore sans accord définitif
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a fait état mardi de « progrès » dans les échanges impliquant l'Iran et Oman, deux pays riverains du détroit d'Ormuz. « Aucun accord définitif n'a encore été conclu. Nous espérons que cela se fera très prochainement », a-t-il déclaré.
Le ministre américain des Finances Scott Bessent a évoqué sur CNBC la possibilité d'un accord « aujourd'hui ou demain », soit mardi 4 ou mercredi 5 août, pour « rouvrir le détroit ». Le Qatar, médiateur avec le Pakistan et Oman, a signalé des efforts « en cours » en vue d'une « solution à court terme qui permettrait de relancer le dialogue », selon le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari.
Le président américain Donald Trump et l'émir du Qatar cheikh Tamim ben Hamad al-Thani se sont entretenus par téléphone mardi des démarches destinées à « apaiser les tensions » entre Washington et Téhéran et à « rapprocher les deux parties », selon un communiqué du palais qatari.
Le reflux du brut traduit un espoir de désescalade
La reprise des contacts diplomatiques a immédiatement pesé sur le marché pétrolier. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, a reculé de 5,26% mardi pour terminer à 79,36 dollars, son niveau de clôture le plus bas depuis le 10 juillet.
Le poids d'Ormuz dans l'approvisionnement mondial explique la réaction des prix. Selon l'Energy Information Administration américaine, les flux de pétrole brut, condensats et produits pétroliers par ce passage ont atteint en moyenne 20 millions de barils par jour en 2024, soit environ 20% de la consommation mondiale de liquides pétroliers.
L'Agence internationale de l'énergie estime que près de 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers ont encore transité par Ormuz en 2025, avant la crise, et que près de 90% des volumes exportés par ce corridor étaient destinés aux marchés asiatiques. L'AIE évalue à 3,5 à 5,5 millions de barils par jour la capacité disponible des oléoducs saoudiens et émiratis permettant de contourner le détroit.
Le protocole de juin a été rompu début juillet
Le protocole signé en juin avait lancé un processus de 60 jours destiné à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient et à traiter plusieurs dossiers, dont le nucléaire iranien. Il avait aussi permis une reprise du trafic dans Ormuz, fermé par l'Iran depuis la fin février, tandis que les États-Unis avaient imposé en réponse un blocus des ports iraniens.
Cette phase d'accalmie a pris fin au début juillet avec la reprise des hostilités. Après de nouvelles frappes américaines, Téhéran a durci les conditions de passage et les navires qui tentent désormais de franchir le détroit sans autorisation iranienne sont régulièrement visés.
Dans la nuit du lundi 3 au mardi 4 août, un cargo engagé dans la traversée a été touché par un projectile, ce qui a provoqué un incendie. Un membre d'équipage est porté disparu, selon la société britannique de sécurité maritime Vanguard Tech.
Le tracé maritime reste au coeur du différend
L'Iran a démenti lundi l'existence de discussions directes avec Washington. « Nous ne négocions pas avec les Etats-Unis en ce moment. Nous négocions avec Oman pour sécuriser un passage dans le détroit d'Ormuz », a déclaré le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï.
Donald Trump avait menacé quelques jours plus tôt de « frapper fort » la République islamique, avant d'annoncer la suspension de ses plans militaires. Depuis la fin février, le président américain alterne menaces de destructions massives et déclarations plus favorables à une sortie négociée.
Téhéran refuse un retour au régime de navigation antérieur à la guerre et n'autorise actuellement qu'un itinéraire longeant ses côtes. L'Iran envisage aussi des frais de service, rejetés par les États-Unis et d'autres pays, qui les jugent contraires au droit international de la mer.
« Nous sommes sur le point de parvenir à un accord sur une route acceptable pour les deux parties - ni la route nord, ni la route sud -, dans le respect des droits souverains de chaque pays », avait affirmé Esmaïl Baghaï durant le week-end.
La mer Rouge concentre un autre risque pour le transport maritime
La reprise des hostilités depuis la mi-juillet entre les rebelles houthis du Yémen, alliés de l'Iran, et l'Arabie saoudite a ouvert un autre front maritime en mer Rouge. Mardi, un navire indien a coulé après une attaque, selon un responsable local yéménite interrogé par l'AFP.
Les autorités indiennes ont indiqué que les 14 membres d'équipage avaient été secourus. Le gouvernement yéménite a imputé l'attaque aux Houthis, qui avaient annoncé le 20 juillet un blocus maritime des ports saoudiens et revendiqué depuis plusieurs attaques contre des navires.
Le détroit de Bab el-Mandeb constitue l'autre point de passage stratégique entre l'océan Indien, la mer Rouge et le canal de Suez. En représailles aux attaques en mer Rouge, la coalition militaire conduite par Riyad a mené des frappes contre des installations militaires houthies.