Un corridor pétrolier remis au centre du jeu régional

Le département d’État américain a présenté la remise en état de l’oléoduc Irak-Syrie comme un projet d’infrastructure prioritaire pour Bagdad, Damas et leurs partenaires régionaux. L’ouvrage doit reconnecter une partie de la production pétrolière irakienne à des débouchés d’exportation méditerranéens, puis à d’autres marchés.

Washington indique qu’un consortium international piloté par les États-Unis doit prendre en charge les volets techniques et financiers du projet. Une fois réhabilité, l’oléoduc disposerait d’une capacité initiale de transport de 2 millions de barils de pétrole brut par jour, selon le communiqué américain publié vendredi.

La fermeture d’Ormuz renforce l’intérêt des routes terrestres

Le projet prend une dimension stratégique accrue depuis la nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, intervenue après la reprise des frappes américaines le 7 juillet. Les États-Unis ont de leur côté rétabli le blocus des ports iraniens, dans un contexte de reprise des hostilités entre Washington et Téhéran.

En 2025, près de 15 millions de barils par jour de brut, soit environ 34 % du commerce mondial de brut, ont transité par Ormuz, selon l’Agence internationale de l’énergie dans une fiche publiée en février 2026. L’Irak représentait 3,32 millions de barils par jour de brut et 0,31 million de barils par jour de produits pétroliers dans ces flux.

Début avril, Bagdad avait déjà annoncé le début de transports de pétrole par camion à travers la Syrie, en vue d’une réexportation, en raison de la fermeture du détroit. Cette solution routière restait toutefois distincte d’une remise en service d’oléoduc, beaucoup plus capacitaire et dépendante de travaux lourds sur l’infrastructure.

TotalEnergies défend l’option syrienne

Le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné avait évoqué la semaine précédente, à Damas, le rôle potentiel de la Syrie comme « pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée ». Il accompagnait alors la visite du président français Emmanuel Macron.

Patrick Pouyanné avait aussi estimé que le territoire syrien pouvait contribuer à créer des « routes alternatives » au détroit d’Ormuz. La déclaration s’inscrit dans une réflexion industrielle plus large sur les itinéraires terrestres capables de réduire l’exposition des exportations moyen-orientales aux points de passage maritimes sous tension.

Bagdad discute à Washington sur fond de rapprochement avec Damas

L’annonce américaine intervient pendant la visite à Washington du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi, reçu par Donald Trump. Les États-Unis affichent aussi un rapprochement avec Damas, dans un contexte où la reconstruction syrienne et les corridors énergétiques régionaux reviennent dans les discussions diplomatiques.

Le département d’État a qualifié l’annonce du 17 juillet d’étape importante pour la région et pour les relations entre la Syrie et l’Irak. La capacité de 2 millions de barils par jour mentionnée par Washington correspondrait, si le projet aboutit, à un volume proche de la moitié de la production irakienne d’avant les perturbations de 2026.