Washington revient à la pression économique

Dans un entretien diffusé le 13 août sur Newsmax, Scott Bessent a promis contre Téhéran « une combinaison d'un isolement économique comme le monde n'en a jamais vu et de la poursuite du blocus dans le détroit d'Ormuz, qui empêchera quoi que ce soit d'entrer ou de sortir des ports iraniens ». Le secrétaire américain au Trésor a évoqué de futures décisions sans les détailler : « Restez à l'écoute, d'autres annonces arrivent la semaine prochaine. »

Cette déclaration rompt avec le ton adopté le 4 août par le même responsable, qui disait alors envisager un compromis avec l’Iran « aujourd'hui ou demain » pour rétablir le trafic dans le détroit d'Ormuz. Donald Trump avait, le même jour, fait état de « très bonnes discussions » et affirmé que Téhéran cherchait un accord.

Ces propos avaient soutenu les indices boursiers américains et pesé sur les prix du pétrole. L’Agence internationale de l’énergie rappelle que ce passage maritime a vu transiter en moyenne 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers en 2025, ce qui en fait l’un des points de passage les plus sensibles pour les marchés énergétiques mondiaux.

Ormuz reste au cœur du rapport de force

Le durcissement américain intervient alors que la guerre ouverte fin février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran s’approche de son sixième mois. Un protocole d’accord conclu en juin pour stabiliser durablement la situation a été rompu début juillet, avant la suspension des frappes américaines à la fin du mois, conditionnée par Donald Trump à un accord rapide.

Le président américain avait précisé le 1er août que tout compromis devait inclure l’ouverture « complète et totale » d’Ormuz et « la fin de la menace nucléaire iranienne ». Depuis, la Maison-Blanche paraît privilégier une séquence plus attentiste, centrée sur la contrainte financière et le maintien d’un rapport de force maritime.

Sur le terrain, Abou Dhabi a accusé l’Iran d’avoir attaqué le 13 août au soir deux navires liés à ADNOC, la compagnie pétrolière publique des Émirats arabes unis, pendant leur traversée du détroit. Les autorités émiraties ont dénoncé des « actes de piraterie » attribués aux Gardiens de la Révolution et une « menace directe » contre « la sécurité énergétique mondiale », tout en demandant à Téhéran de « rouvrir complètement et sans condition » le passage.

L’Iran rejette la version américaine du contrôle du détroit. Ebrahim Zolfaghari, porte-parole du commandement central Khatam al-Anbiya, a accusé Donald Trump de « mensonges » après un message publié sur Truth Social dans lequel le président américain affirmait que les États-Unis détenaient un contrôle « total » d’Ormuz, que Téhéran présente au contraire comme placé « sous la gestion et le contrôle total de la République islamique ».

Le pétrole et le nucléaire structurent la ligne américaine

Dans les faits rapportés par les différentes parties, l’Iran maintient le verrouillage du détroit depuis le début du conflit, tandis que les États-Unis imposent un blocus aux ports iraniens. Téhéran exige une autorisation préalable des navires et cherche à instaurer à terme des frais de service, une option rejetée par Washington.

Le vice-président américain JD Vance a résumé le 13 août sur Fox News l’ordre des priorités de l’administration Trump : « l'objectif numéro un » consiste à « faire en sorte que le pétrole et l'essence restent bon marché pour les Américains », tandis que « l'objectif numéro deux » vise à « assurer que l'Iran ne se dote jamais de l'arme nucléaire ». La hiérarchie affichée lie directement la politique iranienne de Washington à l’impact intérieur des prix des carburants.

Scott Bessent a présenté sa stratégie comme l’association d’une asphyxie financière et d’un blocage physique, en citant Cuba et le Venezuela. « Le Venezuela s'est immédiatement effondré quand nous avons imposé le blocus », a-t-il déclaré, pour justifier l’usage combiné de sanctions économiques et de restrictions maritimes.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a répondu le même jour en accusant les États-Unis de « mauvais calculs » fondés sur des failles du renseignement. « Un exemple: la guerre contre l'Iran. Maintenant, un mauvais calcul encore plus important sur le détroit d'Ormuz », a-t-il écrit sur X.