Une menace directe contre les infrastructures saoudiennes
Le chef du mouvement houthi pro-iranien, Abdel Malek al-Houthi, a désigné jeudi les infrastructures pétrolières du royaume comme des objectifs possibles en cas d’escalade militaire impliquant Ryad. « Toutes les installations pétrolières saoudiennes (...) sont des cibles pour nos missiles et nos drones si (Ryad) s'implique dans une agression de grande ampleur contre notre pays et se lance dans une escalade », a-t-il déclaré lors d’une allocution télévisée.
Cette menace vise un secteur central pour l’économie saoudienne et pour les marchés de l’énergie. Aramco indique dans son rapport annuel 2025 maintenir une capacité maximale durable de production de brut de 12,0 millions de barils par jour, un ordre de grandeur qui explique la sensibilité des opérateurs pétroliers à toute menace visant le royaume.
Le dirigeant houthi a également élargi son avertissement au transport aérien saoudien, en menaçant l’aéroport de Ryad. Il a résumé la logique de représailles par la formule : « l'équation est aéroport pour aéroport, port pour port, blocus pour blocus ».
Abha et Sanaa replacent le conflit dans une phase militaire
La séquence a débuté lundi avec une attaque du gouvernement yéménite, appuyé par une coalition militaire conduite par l’Arabie saoudite, contre l’aéroport de Sanaa, contrôlé par les rebelles. Les Houthis ont ensuite affirmé avoir tiré des missiles et des drones contre l’aéroport international d’Abha, dans le sud de l’Arabie saoudite.
Ces échanges constituent les premières attaques réciproques entre les deux camps après plusieurs années de trêve. L’Associated Press a également décrit les frappes de lundi contre Sanaa et la riposte houthie contre Abha comme la plus forte escalade transfrontalière depuis l’entrée en vigueur de la trêve de 2022.
Selon les autorités yéménites, la frappe contre l’aéroport de Sanaa visait à empêcher l’atterrissage d’un avion iranien transportant une délégation houthie revenue de Téhéran. Cette délégation avait assisté la semaine précédente aux funérailles d’Ali Khamenei, ancien guide suprême iranien tué le 28 février, premier jour de la guerre au Moyen-Orient.
L’accès aérien à Sanaa cristallise la confrontation
L’espace aérien yéménite demeure placé sous le contrôle de la coalition, ce qui impose aux compagnies aériennes d’obtenir une autorisation avant tout atterrissage. Les vols directs organisés entre l’Iran et Sanaa par les Houthis remettent en cause cet arrangement, selon les autorités yéménites et leur allié saoudien.
Mardi, les rebelles ont affirmé avoir abattu un drone de reconnaissance saoudien. Cette revendication s’ajoute à la menace contre les aéroports et les infrastructures pétrolières, dans un conflit où les missiles et les drones constituent depuis plusieurs années une capacité d’action houthie contre des cibles régionales.
La trêve négociée par l’ONU avait débuté le 2 avril 2022, avant d’être prolongée à deux reprises puis d’expirer formellement le 2 octobre 2022, selon le bureau de l’envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen. Malgré cette expiration, elle avait permis une baisse durable des hostilités directes entre les Houthis et la coalition saoudienne.
Un risque accru pour la trêve yéménite
La reprise des attaques menace l’équilibre obtenu depuis 2022 dans une guerre commencée il y a plus d’une décennie. Le conflit a provoqué des centaines de milliers de morts et plongé le Yémen dans l’une des plus graves crises humanitaires recensées par les Nations unies.
Les Houthis contrôlent Sanaa et une partie du nord du pays depuis leur prise de la capitale en 2014, tandis que le gouvernement yéménite reconnu internationalement est soutenu par l’Arabie saoudite. La coalition menée par Ryad était intervenue en 2015 à la demande des autorités yéménites, après l’avancée des rebelles.
Dans ce contexte, la menace contre les installations pétrolières saoudiennes fait peser un risque spécifique sur l’approvisionnement régional en brut. Elle intervient après plusieurs années durant lesquelles la trêve avait réduit les attaques directes contre le territoire saoudien, sans résoudre les différends sur l’aéroport de Sanaa, les ports et les restrictions de circulation.