Des capacités thermiques au cœur de l’alerte
Lors d’une conférence de presse à Belgrade avec le président serbe Aleksandar Vucic, Volodymyr Zelensky a affirmé que l’Ukraine n’avait « quasiment plus aucune centrale thermique intacte » à quelques mois de la prochaine saison de chauffage. Depuis l’invasion russe de février 2022, les centrales électriques, les réseaux et les infrastructures de chauffage ukrainiens sont régulièrement visés par des drones et missiles russes.
« Les missiles russes visent précisément à rendre la vie des Ukrainiens insupportable », a déclaré le président ukrainien devant les journalistes. L’Agence internationale de l’énergie indiquait, dans son évaluation pré-hivernale 2025-2026, que les installations de gaz et d’électricité ukrainiennes restaient exposées à des attaques répétées, avec des frappes visant aussi les centrales thermiques de plus petite taille et les unités de cogénération proches du front.
Le centre polonais OSW estimait le 7 avril 2026 que des unités de production totalisant environ 9 GW avaient été endommagées ou détruites pendant la saison de chauffage 2025-2026. Selon cette analyse, presque toutes les centrales électriques ukrainiennes, à l’exception des installations nucléaires, avaient été touchées à des degrés divers.
Treize morts en vingt-quatre heures
Les dernières frappes russes, additionnées aux bombardements de localités de première ligne, ont fait 13 morts en vingt-quatre heures, selon les autorités ukrainiennes. Dans la région de Kiev, quatre personnes ont été tuées, dont un enfant.
Volodymyr Zelensky a indiqué sur X que « trois personnes » avaient péri à Pukhivka, près de Kiev, lors d’attaques de drones : « un grand-père, une grand-mère et leur petit-fils », âgé de « trois ans ». Une autre frappe, impliquant « six missiles balistiques contre des infrastructures civiles à Kiev », a fait « un mort », a-t-il ajouté.
Moscou a intensifié ces derniers mois ses frappes contre la capitale ukrainienne, notamment avec des missiles balistiques plus difficiles à intercepter pour la défense aérienne de Kiev. L’Ukraine riposte en lançant un nombre record de drones contre le territoire russe, dans un contexte de ligne de front presque figée.
Belgrade maintient sa ligne face à Moscou
La visite de Volodymyr Zelensky en Serbie est la première depuis son élection à la tête de l’État ukrainien en 2019. La Serbie reste l’un des rares pays européens à ne pas appliquer de sanctions contre Moscou, allié historique de Belgrade, tout en fournissant une aide non militaire à Kiev.
Aleksandar Vucic a affirmé que la position de son gouvernement n’avait pas évolué. « Nous n'avons pas discuté de coopération militaire aujourd'hui ni pour le moment. Ce qui se passera lorsque la guerre sera terminée est une autre question », a déclaré le président serbe.
Le 3 avril 2026, le Programme des Nations unies pour le développement a annoncé un financement serbe de 2 millions d’euros destiné à renforcer la résilience énergétique ukrainienne, notamment par l’achat et la livraison de transformateurs haute tension. Le même communiqué chiffrait à 88,2 milliards de dollars les pertes du secteur énergétique ukrainien depuis 2022, dont 17,1 milliards de dollars pour le seul sous-secteur électrique, sur la base de la cinquième évaluation rapide des dommages et besoins.
Un haut responsable ukrainien avait déclaré jeudi à l’AFP, sous couvert d’anonymat, que Kiev cherchait à « détacher les Serbes du camp de la Russie » et que le déplacement de Volodymyr Zelensky constituait une « gifle pour les Russes ». En mai 2025, le renseignement extérieur russe avait accusé des entreprises d’armement serbes de vendre des munitions à l’Ukraine via des pays tiers, « en dépit de la +neutralité+ officielle de Belgrade ».
Sanctions, Patriot et composants de missiles
À Belgrade, Volodymyr Zelensky a de nouveau demandé un durcissement des sanctions contre Moscou, en particulier pour bloquer l’arrivée de composants de missiles vers la Russie depuis « de presque tous les continents, y compris de la part de nos partenaires proches ». « Ces composants arrivent, puis les missiles frappent des personnes, tuant des enfants, des civils et des soldats », a-t-il déclaré.
Le président ukrainien a aussi insisté sur la nécessité d’un meilleur accès aux missiles intercepteurs, alors que Kiev manque de munitions plus de quatre ans après le début de l’invasion russe. Fin juillet, il s’était rendu à Washington pour rencontrer Donald Trump et tenter d’obtenir des missiles Patriot, les seuls systèmes capables d’abattre les missiles russes les plus performants, mais le Financial Times a rapporté que le président américain avait refusé cette demande en raison de la faiblesse des stocks américains depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Le Sénat américain a adopté le 7 août, par 86 voix contre 11 selon l’Associated Press, un nouveau train de sanctions visant la Russie. Le texte autorise notamment le président des États-Unis à imposer des droits de douane aux principaux acheteurs mondiaux de pétrole ou de gaz russe, dont la Chine et l’Inde, et doit encore être examiné par la Chambre des représentants après son retour de session à la fin août.