Un échange centré sur l’hiver énergétique ukrainien
À Belgrade, pour sa première visite officielle en Serbie, le président ukrainien a insisté sur la vulnérabilité du système électrique de son pays. À l'issue de son entretien avec le président serbe Aleksandar Vucic, Volodymyr Zelensky a déclaré que l'Ukraine ne disposait de « quasiment aucune centrale thermique intacte » à l'approche de la saison froide, en raison des bombardements russes quasi quotidiens.
« Les missiles russes visent précisément à rendre la vie des Ukrainiens insupportable », a affirmé M. Zelensky, qui a dit avoir discuté à Belgrade des « défis auxquels l'Ukraine sera confrontée cet hiver ». Il a également remercié M. Vucic pour un nouveau programme d'aide humanitaire destiné à l'Ukraine, incluant selon lui des volets médicaux et énergétiques.
Selon la Commission européenne, l'aide de l'UE à la sécurité énergétique ukrainienne dépasse 4 milliards d'euros depuis le début de l'invasion russe à grande échelle. Bruxelles a aussi présenté en février 2026 un plan hivernal de 920 millions d'euros pour 2026-2027, destiné à réparer les réseaux, relancer des capacités endommagées et renforcer la production décentralisée.
La Serbie reste proche de Moscou sans rompre avec Kiev
La visite intervient dans un pays traditionnellement lié à la Russie et très dépendant de Moscou pour ses approvisionnements énergétiques. La Serbie ne s'est pas alignée sur les sanctions européennes contre Moscou, tout en entretenant des contacts avec Kiev et en affichant son intérêt pour une coopération accrue dans plusieurs domaines, dont l'énergie.
Après l'arrivée de M. Zelensky à Belgrade vendredi soir, les deux présidents avaient dîné ensemble. M. Vucic avait ensuite écrit sur les réseaux sociaux que cette visite devait contribuer au développement des relations serbo-ukrainiennes et au renforcement de coopérations d'intérêt commun.
Un haut responsable ukrainien avait indiqué jeudi, sous couvert d'anonymat, que Kiev voulait « détacher les Serbes du camp de la Russie ». Selon ce responsable, le déplacement du président ukrainien constituait une « gifle pour les Russes ».
Le dossier des munitions reste politiquement sensible
M. Zelensky a évoqué des discussions sur des « questions de sécurité », mais ce volet reste délicat pour Belgrade. En mai 2025, les services de renseignement extérieurs russes avaient accusé des entreprises serbes d'armement de vendre des munitions à l'Ukraine via des pays tiers, en dépit de la « neutralité » officielle revendiquée par la Serbie.
M. Vucic avait alors promis de faire bloquer l'exécution des contrats lorsqu'un doute existait sur le destinataire final. Il avait ensuite assuré que la Serbie avait cessé toutes ses exportations d'armes, de munitions et de matériel militaire.
La question intervient alors que Kiev manque fortement de munitions plus de quatre ans après le début de l'invasion russe. Les frappes se multiplient des deux côtés d'une ligne de front presque inchangée, avec un bilan civil en hausse.
Les frappes russes renforcent la pression sur Kiev
Le déplacement de M. Zelensky a été précédé par d'importants bombardements russes sur Kiev et sa région dans la nuit de vendredi à samedi, qui ont fait au moins trois morts et sept blessés. Samedi matin, il a écrit sur X que la Russie avait tué trois personnes à Poukhivka, dans la région de Kiev, lors d'attaques de drones : « un grand-père, une grand-mère et leur petit-fils », en précisant que « le garçon n'avait que trois ans ».
Mercredi, au moins 17 personnes avaient été tuées dans des frappes nocturnes russes contre Kiev et sa région. Faute d'intercepteurs disponibles, la défense antiaérienne ukrainienne n'avait pu abattre aucun missile, selon les éléments communiqués par Kiev.
M. Zelensky s'était rendu fin juillet à Washington pour rencontrer Donald Trump et tenter d'obtenir des missiles Patriot, les seuls capables d'intercepter les missiles russes les plus performants. D'après le Financial Times, le président américain a refusé cette demande en raison d'une pénurie de Patriot dans les stocks américains depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Donald Trump a toutefois donné récemment son accord à de nouvelles sanctions contre Moscou, longtemps bloquées par la Maison Blanche et votées vendredi soir par le Sénat américain. Le texte vise notamment le secteur des hydrocarbures russes, avec la possibilité de droits de douane contre des pays importateurs comme la Chine et l'Inde, mais il doit encore poursuivre son parcours législatif à la Chambre des représentants.