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Alstom, un symbole français convoité

parue le
Rachat Alstom

L’Haliade 150 est une éolienne géante de 6 MW conçue par Alstom. (©Alstom)

L’Américain General Electric et l’Allemand Siemens se sont positionnés pour racheter les activités liées à l’énergie du groupe français Alstom. Cette opération à choix multiples se trouve au cœur du jeu politique depuis plusieurs jours en raison du prestige du groupe industriel français. État des lieux.

Direction Connecticut ?

Jeudi 24 avril, General Electric (GE) fait part de son intérêt pour les activités d’Alstom liées à l’énergie, une discussion engagée depuis près de 2 mois. Le géant américain a un chiffre d’affaires(1) plus de 5 fois supérieur à celui d’Alstom et des activités très variées (eau et énergie, aviation, médical, éclairage, finance, etc.). Il est prêt à investir de l’ordre de 10 milliards d’euros pour racheter la branche énergie d’Alstom dont le chiffre d’affaires avoisine 15 milliards d’euros en 2013.

Cette branche comprend les équipements pour centrales électriques thermiques (nucléaires, à charbon, gaz ou fioul), les infrastructures de réseaux (lignes électriques, smart grids, etc.) et les activités dans les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, géothermie, biomasse, photovoltaïque, énergies marines).

Le groupe Bouygues, principal actionnaire d’Alstom (actuellement 29,5% des parts), est alors favorable à l’opération de GE. Dimanche 27 avril, le groupe Siemens s’invite à la table des négociations en annonçant être également intéressé par la reprise de la branche énergie d’Alstom. La transaction pourrait en outre comprendre le transfert d’une partie des activités de transport ferroviaire de Siemens vers Alstom (trains à grande vitesse ICE). L’activité d’Alstom serait alors entièrement consacrée à ce secteur qui constituait 27% de son chiffre d’affaires en 2013.

L’État, pas actionnaire mais « patriote »

Au gouvernement, cette opération touchant un des fleurons de l’industrie française sème le trouble. Le ministre de l’Économie Arnaud Montebourg dit refuser comme un fait accompli le rachat par General Electric. François Hollande a pour sa part reçu les dirigeants de General Electric et de Siemens à l’Élysée, ainsi que Martin Bouygues ce lundi. L'État a par ailleurs saisi aujourd'hui l'Autorité des marchés financiers (AMF) pour s'assurer de la transparence du processus de mise en vente. 

Cet engagement politique n’a rien de surprenant tant le groupe, constructeur entre autres des TGV, est l’un des symboles industriels de la France. En 2004, le ministre de l’économie de l’époque, Nicolas Sarkozy, était déjà intervenu en nationalisant partiellement les activités du groupe. Depuis 2006, l’État français n’est toutefois plus actionnaire du groupe.

L’hypothèse d’une nouvelle nationalisation semble hautement improbable au regard des finances publiques. Pour toute reprise, les priorités annoncées restent l’activité et l’emploi, cheval de bataille du gouvernement. Alstom emploie actuellement 18 000 personnes en France. Alstom doit en théorie arriver au terme de sa « réflexion stratégique » demain matin mais une période supplémentaire de négociations serait envisagée pour poursuivre cette transaction sensible.

Sources / Notes

(1) 107,7 milliards d’euros en 2013

Site d'Alstom