Avis de l'Académie des technologies sur le compteur Linky

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Compteur Linky

Comme l’Ademe précédemment, l'Académie des technologies rappelle entre autres que le compteur communicant Linky n’émet pas d’ondes radio. (©EDF-Agnes Janin)
 

Constatant que le déploiement des compteurs électriques Linky en France « donne lieu à de nombreuses incompréhensions, contestations et polémiques », l'Académie des technologies rappelle, dans un avis voté le 12 juin(1), les services rendus par le compteur communicant et analyse les critiques à son encontre. 

Données personnelles et ondes émises

Pour rappel, les compteurs Linky transmettent quotidiennement les données de consommation électrique au gestionnaire du réseau de distribution (Enedis ou ELD). Ils permettent une facturation par le fournisseur sur la base de consommations réelles sans déplacement d'un technicien (et plus à partir d’une estimation nécessitant une régularisation ultérieure) mais aussi de changer des paramètres à distance comme la puissance d'un abonnement (qui peut désormais être augmentée par pas d'1 kVA, contre 3 kVA dans le passé).

Enedis souligne que les fournisseurs d’électricité n'ont accès qu’à « une donnée mensuelle pour la facturation » et qu'ils doivent recevoir « un consentement clair et éclairé » des consommateurs pour accéder à des données plus précises. Tout consommateur peut consulter sur un espace en ligne ses consommations et « refuser l’enregistrement par Enedis de sa consommation horaire »(2). Il a ainsi la possibilité de « contrôler très strictement et très facilement via Internet, les données liées à sa vie personnelle et en interdire l’utilisation ou la dissémination », souligne l'Académie des technologies (il est à ce titre recommandé de mieux prendre en compte la situation des consommateurs qui n’utilisent pas Internet(3)).

Contrairement à une crainte émise par certains opposants, le compteur Linky seul « n'accède pas aux équipements situés au-delà du compteur ». Un module additionnel dit « ERL » (émetteur radio Linky) doit être ajouté à la demande du client pour disposer d'informations plus détaillées par équipements, ce qui permet de souscrire des services plus « sophistiqués » auprès de son fournisseur : pilotage d'équipements en fonction du « tarif du moment », effacements de consommation en contrepartie d'un avantage tarifaire, etc.

L'Académie des technologies évoque une autre critique fréquente autour de Linky « au motif des champs électriques ou magnétiques induits ». S'appuyant sur de nombreuses études indépendantes (Anses, ANFR, CSTB, Ineris, etc.), l'avis juge que les risques associés sont « inexistants, compte tenu de l'utilisation de courants porteurs en lignes dans les points de consommation ». Le module optionnel ERL - transmettant des données par ondes hertziennes - engendre quant à lui une exposition aux ondes « comparable à celle d'une borne Wi-Fi » (sachant que l'exposition est très faible puisque les données sont transmises par « paquets [...] toujours très courts »).

Un projet « nettement » au bénéfice des consommateurs

Pour Enedis, « Linky permet d'améliorer la qualité de la distribution » : identifier les incidents, mener des « actions en maintenance prédictive », optimiser ses investissements en matière de renforcement des réseaux, etc. Parce qu'il doit contribuer à une gestion plus intelligente des réseaux (smart grids), le compteur communicant est jugé « essentiel pour la réussite de la transition énergétique » par l'Académie des technologies.

Selon cette note, le projet Linky devrait être « bénéficiaire marginalement pour Enedis » mais « nettement pour les consommateurs ». Les ménages disposent en effet de nombreux « gains » grâce aux compteurs communicants : diminution des temps de coupure, offres de la concurrence améliorées, présence du client non requise grâce aux interventions à distance, etc. Le compteur facilite par ailleurs l'autoconsommation car il mesure les flux d'énergie « dans les deux sens » (électricité reçue du réseau et injectée vers celui-ci).

Les économies d'énergie liées à la possibilité de suivre ses consommations font par ailleurs l'objet d'estimations variables, « de quelques pourcents jusqu’à 10% pour les plus gros consommateurs » selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) qui rappelle que ces économies dépendent « fortement » des conditions d’accompagnement. Les évaluations dans d'autres pays présentent des résultats limités, constate l'Académie des technologies (1% à 2% d'économies en Finlande, 1% à 3% d'économies en Suède).

D'après les données d'Enedis en mai 2019, « la barre des 19 millions de foyers français équipés de compteurs nouvelle génération a été franchie » sur les 35 millions qui doivent être déployés jusqu’en 2021(4). Le déploiement des compteurs communicants Linky en France et le renouvellement du système d'information du gestionnaire de réseau Enedis constituent « un succès technique exemplaire » et « une avancée positive pour un nouvel usage partagé et optimisé des réseaux électriques », estime l'Académie des technologies.