Newsletters des énergies

COP21 : l’AIE précise les conditions d’un succès

parue le
Recommandations de l'AIE en vue de la COP21

L'énergie hydraulique a généré 6% de l'électricité mondiale en 2013. (©EDF-Philippe Eranian)

L’AIE (Agence internationale de l’énergie) a publié hier un rapport spécial dédié à l’énergie et au changement climatique en vue de la COP21 de décembre prochain à Paris. Elle y fait un état des lieux et émet ses recommandations pour atteindre les objectifs annoncés de la Conférence Climat.

Un objectif de 2°C inatteignable en l’état

Pour rappel, la COP21 vise à conclure un accord global qui permettrait de limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici à 2100 par rapport aux températures de l’ère pré-industrielle. Cet objectif implique une réduction drastique des émissions anthropiques de gaz à effet de serre dont près des deux tiers sont actuellement générés par des opérations de transformation d’énergie (35,5 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2013(1)).

Or, sur la base des premières contributions nationales (« INDC ») déposées et des politiques énergétiques nationales annoncées, l’AIE estime que l’augmentation moyenne de la température pourrait atteindre 2,6°C d’ici à 2100 et 3,5°C d’ici à 2200. Le « budget carbone » qui permettrait de limiter le réchauffement à 2°C (avec une probabilité de 50%) serait consommé dès 2040 selon l’AIE.  

Un scénario pour limiter le réchauffement climatique à 2°C

Dans ces conditions, l’AIE présente un scénario dit « Bridge » qui permettrait de répondre aux attentes de la COP21 en atteignant un pic des émissions mondiales liées à l’énergie aux environs de 2020. Ce scénario repose sur 5 mesures :

  • une augmentation de l’efficacité énergétique dans les bâtiments, les transports et l’industrie ;
  • la réduction de l’exploitation de centrales à charbon fortement émettrices et l’interdiction d’en construire de nouvelles ;
  • l’augmentation des investissements dans les énergies renouvelables dans le secteur électrique, à hauteur de 400 milliards de dollars en 2030 (contre 270 milliards en 2014) ;
  • la suppression progressive des subventions aux énergies fossiles d’ici à 2030 ;
  • la réduction des émissions de méthane lors de la production de pétrole et de gaz naturel, incluant le torchage (cette mesure et la précédente concernent en particulier l’Afrique et le Moyen-Orient.

L’AIE recommande par ailleurs d’adopter lors de la COP21 un mécanisme permettant de réviser les objectifs de réduction tous les 5 ans, de traduire l’objectif des 2°C en sous-objectifs (qui permettent de mieux visualiser le « budget carbone » disponible) et de préciser les outils permettant un réel suivi de l’avancement de ces derniers.

Des signes encourageants

L’AIE note que les émissions de CO2 issues du secteur énergétique en 2014 sont restées constantes pour la première fois depuis au moins 40 ans, hors situation de crise économique. Cela est principalement dû à une forte diminution de l’intensité énergétique (-2,3% en 2014, soit près du double des baisses observées lors de la dernière décennie).

L’Agence salue par ailleurs la volonté de l’Union européenne de réformer son marché carbone et la diminution récente des subventions versées aux combustibles fossiles dans un certain nombre de pays (Inde, Indonésie, Malaisie, Thaïlande) dans le contexte de la baisse des prix du pétrole.

L’AIE annonce qu’elle publiera dans le futur des analyses régulières sur les engagements de réduction annoncés par les pays et émettra d’autres propositions d’ici la tenue de la COP21.

Emissions mondiales de gaz à effet de serre

Émissions mondiales de CO2 liées à l'énergie en 2014 selon les dernières estimations de l'AIE (©AIE)