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COP21 : Monaco, un petit État aux grandes ambitions ?

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L'énergie à Monaco

En cas de difficultés pour atteindre ses objectifs, Monaco n'exclut pas d'avoir recours aux « crédits d’émissions » en finançant des actions dans des pays en voie de développement. (©MD)

Parmi les contributions nationales déposées cet été auprès des Nations Unies en vue de la COP21 de Paris (30 novembre-11 décembre 2015) figure celle d’une cité-État de seulement 37 000 habitants : Monaco. Quels sont les objectifs de la principauté et comment compte-t-elle les atteindre ?

Plus ambitieuse que l’Union européenne ?

Bien qu’elle ne mesure que 203 hectares, la cité-État de Monaco rappelle qu’elle n’a manqué aucun des grands sommets climatiques. En réduisant ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 13,18% sur la période 2008 à 2012 par rapport au niveau de 1990, elle avait largement dépassé son objectif fixé par le protocole de Kyoto (-8%). Elle s’est depuis fixé un objectif de réduction à 22% sur la période 2013-2020 (dans le cadre de la prolongation du protocole dite « Kyoto 2 »).

En vue de la Conférence Climat de Paris, Monaco s’engage aujourd’hui à réduire ses émissions de GES de 50% en 2030, toujours par rapport à l’année de référence 1990(1). Cet objectif est légèrement plus élevé que celui de l’Union européenne qui a opté pour une cible de 40%. Tout comme les États membres, Monaco entend par ailleurs améliorer de 20% son efficacité énergétique et porter à 20% la part des énergies renouvelables dans sa consommation d’énergie finale à l’horizon 2020. A plus long terme, Monaco vise le « facteur 4 », c’est-à-dire la réduction par 4 de ses émissions de GES entre 1990 et 2050.

D’où viennent les émissions monégasques de GES ?

Les émissions monégasques de GES proviennent principalement de 3 secteurs qui comptent chacun pour environ 30% de leur total :

  • le transport routier : les deux tiers des 156 000 déplacements quotidiens entre la principauté et l’extérieur sont réalisés par voiture particulière ou deux-roues motorisés. En ce qui concerne la mobilité interne de Monaco, la part des transports en commun a augmenté depuis 2008 au détriment de celle des voitures mais l’usage de l’automobile a légèrement progressé en valeur absolue en raison de l’augmentation du nombre de résidents ;
  • la valorisation énergétique des déchets : Monaco dispose d’une unité de tri-génération (production d’électricité, de chaleur et de froid)(2) depuis 1983 qui incinère près de 55 000 tonnes de déchets par an et traite également des boues issues de l’épuration d’eaux usées. Des travaux ont été effectués en 2005-2006 pour améliorer la combustion des trois chaudières d’incinération ;
  • les bâtiments (chauffage-climatisation).

Quelles sont les principales actions envisagées par Monaco ?

Monaco entend promouvoir les nouveaux services de mobilité (covoiturage, autopartage, etc.) et susciter davantage l’intérêt pour les transports en commun, la marche ou encore les vélos à assistance électrique (la principauté en propose en libre-service(3)). Le parc automobile de la principauté ne compte aujourd’hui que 2,57% de véhicules électriques et hybrides mais le gouvernement mise également sur le développement de ces véhicules comme l’atteste le système Mobee(4) qui met à disposition 21 véhicules en libre-service dans Monaco.

L’électricité compte pour environ la moitié de l’énergie consommée à Monaco. Elle est importée à près de 90% de France, les 10% restants provenant essentiellement de l’unité de tri-génération. Cette dernière doit être remplacée d’ici à 2017 par une unité de traitement au meilleur rendement et aux émissions de GES réduites. Parallèlement, Monaco soutient activement le développement des installations photovoltaïques avec des tarifs de rachat incitatifs garantis sur 15 ans(5).

Dans sa déclaration officielle, Monaco annonce avoir vu sa température s’élever d’environ 1,5°C au cours des 45 dernières années. La principauté a lancé une étude de vulnérabilité face aux changements climatiques qui devrait être finalisée d’ici à fin 2015 et lui permettre de mettre en place un plan d’adaptation.

Monaco se présente aujourd’hui comme un acteur précurseur dans le développement des modes de déplacement et de consommation innovants et entend peser lors des futures négociations « malgré une faible responsabilité dans les émissions globales ». Il s’agit du 50e État à avoir déposé ses objectifs d’engagements auprès des Nations Unies(6). Pour rappel, les autres pays ont jusqu’à fin octobre pour remettre leurs contributions nationales.