Canicules, sécheresse, méga-incendies… l’été 2026 n’a pas été un accident de parcours. Il a reflété les impacts croissants et récurrents du réchauffement climatique. Et pourtant, la réponse politique reste à la traîne.
Le plan national d’adaptation présenté au printemps dresse le tableau d’« une France à 4 °C ». Ce scénario, perçu comme catastrophiste il y a dix ans, est désormais présenté sans état d’âme comme un horizon de planification. Au même moment, une candidate climatosceptique qui caracolait en tête des sondages a opéré une stupéfiante volte-face pour dénoncer l’impréparation gouvernementale face aux canicules — des risques qu’elle avait pourtant contribué à minimiser. C’est le signe d’un backlash climatique qui progresse dans les discours, tandis que les impacts, eux, continuent de s’aggraver.
Dans ce contexte, deux instruments pourraient structurer un sursaut démocratique face au dérèglement climatique au cours du second quinquennat. Ils partagent une même logique : raccorder les enjeux climatiques aux préoccupations concrètes des électeurs — le pouvoir d’achat, les inégalités, la protection face à des risques déjà présents.
Premier instrument : financer l’adaptation par la fiscalité des successions
La première proposition consiste à coupler la fiscalité des successions à des dotations volontaires déductibles, pour abonder deux fonds gérés par la Caisse des Dépôts et Consignations : un fonds « protection face aux canicules » et un fonds « stockage de l’eau par l’agroécologie ».
Le mécanisme reposerait sur un taux progressif appliqué au-delà de 5 millions d’euros de patrimoine transmis. Ces ressources financeraient en priorité deux chantiers d’adaptation : l’équipement des logements et des établissements recevant du public face aux pics de chaleur, et la gestion responsable de l’eau dans les territoires agricoles les plus exposés à la sécheresse.
Ce dispositif pourrait être progressivement élargi à d’autres enjeux d’adaptation : la forêt, fragilisée par les sécheresses à répétition et les incendies, et les paiements pour services agroécologiques, qui rémunèrent les agriculteurs investissant dans la biodiversité et le stockage du carbone dans les sols.
L’avantage de ce mécanisme est double : il mobilise une épargne longue en quête de sens, et il raccorde la question climatique à celle des inégalités patrimoniales — l’une des préoccupations les plus vives des citoyens français.
Deuxième instrument : un revenu carbone pour les ménages les plus modestes
La seconde proposition porte sur la tarification carbone. L’instrument existe ; le problème est qu’il reste insuffisamment ambitieux et socialement mal distribué. Pour être efficace face à l’urgence climatique, le prix du CO2 doit franchir le seuil des 100 € par tonne — seul niveau véritablement compatible avec l’objectif de − 55 % d’émissions en 2030.
Une telle hausse est politiquement impraticable sans redistribution. C’est ici qu’intervient le « revenu carbone » : l’intégralité du produit de la tarification appliquée aux carburants et aux combustibles utilisés par les ménages serait reversée sous forme d’un dividende, pondéré en faveur des ménages à bas revenus.
Pour le tiers des ménages les plus modestes — ceux qui consomment le moins d’énergie fossile —, ce revenu carbone surcompenserait l’effet dégressif de la taxe : ils gagneraient de l’argent net, même sans modifier leurs habitudes de consommation. Les ménages aisés, grands consommateurs d’énergie fossile, seraient en revanche incités à changer leurs comportements.
Au-delà de l’équité, ce dispositif produirait des co-bénéfices mesurables : une amélioration de la qualité de l’air dans les zones urbaines (les transports représentent près du tiers des émissions françaises) et un renforcement de la souveraineté économique, en réduisant notre dépendance aux importations de pétrole et de gaz.
Ces deux instruments ne relèvent pas du vœu pieux. Ils s’appuient sur des mécanismes économiques éprouvés, répondent à des préoccupations concrètes des citoyens et peuvent être mis en œuvre sans attendre une hypothétique révolution des comportements. C’est précisément parce qu’ils sont raisonnables et justes qu’ils ont une chance d’être portés démocratiquement.
Cet article a été rédigé à la demande du journal l’Opinion. Voici l’article original.