« Combien ça coûte de produire et d’acheminer de l’électricité en France ? »
Pour la première fois, la CRE publie un chiffre sur les coûts complets du système électrique français(1) qui correspondent aux coûts complets des infrastructures de production (charges d’investissement et d’exploitation incluant le personnel, matières premières, provisions pour le démantèlement, etc.) et d’acheminement (transport et distribution) : en bref, « combien ça coûte de produire et d’acheminer de l’électricité ? ».
Ces coûts complets annualisés s’élèvent à 55,9 milliards d’euros en 2025 (dont 40 Mds€ par an pour la production et 15,9 Mds€ par an pour le réseau), indique la CRE(2).
La Commission rappelle que la structure de coûts du système français « se caractérise par une prépondérance marquée des coûts fixes, notamment en raison de la structure de coûts des filières de production renouvelables et nucléaires. Ainsi, à parc constant, le coût unitaire (€/MWh) sera d’autant plus faible que la consommation française est importante ».
Ce que coûtent la production et l’acheminement de l’électricité en France
Coûts complets annualisés du parc installé en 2025, en milliards d’euros
Réseau
15,9 Mds€
Coûts complets de production
40,0 Mds€
Connaissance des Énergies | Source : CRE, Économie du système électrique français hexagonal, septembre 2026
En 2025, la somme des revenus des producteurs a été « légèrement supérieure à l’ensemble des coûts complets de production », indique la CRE avec 42,3 milliards d’euros de recettes (dont 35 Mds€ issus des marchés de gros, 6,2 Mds€ issus du soutien public pour les producteurs soutenus, 1,8 Md€ issus du mécanisme de capacité et de l’équilibrage, sommes auxquelles il faut retrancher 700 millions d’euros de contributions aux coûts de raccordement des installations).
Par qui sont supportés ces coûts ?
Les consommateurs français (tous types confondus) participent au financement des coûts complets de production « directement via la part énergie de leur facture et une fraction de la part réseau (coûts liés aux pertes et à l’équilibrage) pour un total de 31,4 Mds€, soit 78,5 % des coûts complets de production », indique la CRE.
En intégrant à ce total la part de l’accise sur l’électricité affectée au budget général de l’État (5,4 milliards d’euros en 2025 sur les 8,2 milliards d’euros d’accise(3)), les factures des consommateurs couvraient 92 % des coûts complets de production l’an dernier. Précisons que la TVA, dont s’acquittent les consommateurs français, n’est pas prise en compte dans ces calculs de la CRE (puisqu’elle n’est « pas spécifique à l’électricité »).
Les consommateurs français participent par ailleurs, via leur facture, au financement des coûts réseaux à hauteur de 15 milliards d’euros supplémentaires (hors pertes et hors service système), précise la CRE.
Les consommateurs européens ont également apporté une contribution de 7,1 milliards d’euros au système électrique français en 2025 (dont 5,4 milliards d’euros contribuant à couvrir les coûts de production et 1,7 milliard d’euros ceux de réseaux) : l’intégration au marché européen permet ainsi de « réduire la facture des Français en participant à la couverture des coûts (à la fois de production et de réseau) », tout en contribuant à la sécurité d’approvisionnement, souligne la CRE(4).
Flux de financement des coûts du système électrique français
Année 2025, en milliards d’euros — chacune des trois colonnes totalise 61,2 Mds€
Connaissance des Énergies | Source : CRE, Économie du système électrique français hexagonal, septembre 2026
Le financement des coûts du système électrique français est in fine jugé « assez équilibré » par Emmanuelle Wargon : « le consommateur ne paye pas 100 % mais la très grande majorité, une partie du reste est payée par les exports et le bouclage est fait par le budget de l’État, donc le contribuable ».
Quel est l’impact des nouvelles capacités renouvelables ?
Outre l’évaluation des coûts du système électrique français, la CRE a étudié l’impact de l’ajout des capacités renouvelables. La Commission estime que les nouvelles capacités renouvelables raccordées entre 2020 et 2025 ont permis de diminuer les prix de marché, de l’ordre de 20 euros par MWh(5). Ce développement a dans le même temps engendré une hausse « limitée » de 5 % des coûts complets du système (hausse des coûts complets des EnR, majoritairement supportée par l’État et accroissement des coûts de réseaux).
Estimation des prix de marché (base) en 2025 avec le parc EnR actuel vs le parc EnR installé en 2020
Parc EnR 2025
le parc réellement installé fin 2025
Parc EnR 2020
sans les capacités raccordées depuis 2020
Connaissance des Énergies | Source : CRE, Économie du système électrique français hexagonal, septembre 2026
« Compte-tenu de la saisonnalité de la consommation et de sa variation au cours de la journée, la baisse de prix réellement captée par les consommateurs est légèrement moindre et s’établit en 2025 à −16,1 €/MWh. Au total, sur l’année 2025 les consommateurs ont ainsi réalisé des économies sur leur facture annuelle de l’ordre de 8 Mds€ », précise la CRE.
La contribution des EnR s’opère ainsi « au bénéfice des consommateurs, mais au détriment des producteurs non soutenus et du budget de l’État » : les consommateurs bénéficient directement de la baisse induite sur les prix de marché mais « la situation pèse en revanche sur les revenus des producteurs non soutenus qui voient leurs revenus baisser dans des proportions non négligeables, et sur l’État qui supporte des charges de CSPE plus importantes, sous l’effet conjugué de la hausse du volume d’énergie soutenu et de la baisse du prix capté sur l’ensemble du parc soutenu ».
Et demain ?
La CRE a par ailleurs fait des simulations qui montrent que « la poursuite du développement des EnR est pertinente du point de vue du consommateur », y compris dans un scénario « hyper conservateur » sans hausse de la demande d’électricité. « En ordre de grandeur, on peut rajouter environ 50 % de capacités renouvelables » (ndlr : par rapport à la puissance EnR actuellement installée) pour conserver des avantages pour les consommateurs du même ordre que le coût pour le système électrique global, indique Emmanuelle Wargon. Au-delà de ces 50 % (et dans l’hypothèse improbable d’une stagnation de la consommation sur plusieurs années), le financement du système « ne serait probablement pas soutenable », selon l’analyse de la Commission.
Ces développements pèsent toutefois sur EDF, puisque la chute des prix de marché induite par le développement des capacités renouvelables fragilise son modèle économique et ses investissements à venir, concède la CRE. La Commission s’attend ainsi à ce que ses simulations fassent l’objet « d’interprétations très différentes » selon les observateurs.
Sources / Notes
- Les zones non interconnectées (ZNI) dont la Corse ne sont pas incluses dans cette étude. Les informations de cet article concernent ainsi uniquement le cadre hexagonal.
- « Rapportés à la consommation, les coûts complets permettent d’évaluer combien coûte à la collectivité de produire et d’acheminer un mégawattheure d’électricité au consommateur moyen français. En 2025, le coût unitaire du système électrique s’est établi à 125,4 €/MWh » : ce chiffre rapporte les coûts complets (55,9 Mds€) à la consommation « sans retraiter la balance des exports ni les recettes de congestion des interconnexions – ces deux éléments ne viennent donc pas réduire le ratio », précise la CRE.
- « Une partie significative de l’accise est affectée à des dépenses sans lien avec les coûts du système électrique hexagonal : compensation aux collectivités territoriales de la suppression de recettes fiscales locales (2,4 Mds€ en 2025), aide à l’électrification rurale (0,2 Md€ en 2025), dépenses liées aux zones non interconnectées (ZNI) (0,2 Md€ en 2025) », rappelle la CRE.
- L’écart entre les 55,9 milliards d’euros de coûts du système électrique hexagonal et les 61,2 milliards d’euros mentionnés ci-dessous provient entre autres de la prise en compte dans le graphique des revenus liés aux exports et recettes de congestion.
- Autrement dit, le prix de marché moyen du MWh aurait été plus élevé de 20 € sans ces capacités. Les simulations de la CRE n’intègrent pas les effets sur le coût de l’équilibrage et sur le mécanisme de capacité qui sont bien plus faibles que les effets sur le prix.