Un état des lieux sur 10 « pressions » exercées par l'éolien offshore

L'Expertise scientifique collective (« ESCo ») Éoliennes en mer & biodiversité(1) a analysé plus de 4 500 publications scientifiques pour étudier « 10 pressions exercées par les parcs éoliens en mer, susceptibles d'affecter la biodiversité au cours des différentes phases de développement des projets, de la construction au démantèlement ». Cet état des connaissances a été mené en appui aux missions portées par l'Observatoire national de l'éolien en mer (ONEM).

Les 10 pressions analysées dans le cadre de l'expertise de l'ESCo
Schéma d'un parc éolien en mer illustrant les 10 pressions exercées sur la biodiversité marine, numérotées de 1 à 10 (collisions, effet récif, habitats, émissions sonores et chimiques, champs électromagnétiques, pêche…)
  1. 1Structures en tant qu'obstacle physique au déplacement (effet barrière et collisions)
  2. 2Introduction de substrats durs artificiels (effet récif)
  3. 3Modification des habitats benthiques
  4. 4Modification des habitats pélagiques
  5. 5Émissions de substances chimiques
  6. 6Émissions sonores
  7. 7Autres énergies introduites dans le milieu (champs électromagnétiques, lumière artificielle, chaleur)
  8. 8Pressions à l'échelle des paysages marins
  9. 9Introduction d'espèces non indigènes
  10. 10Modification des activités de pêche (effet réserve)

Source : ESCo Éoliennes en mer & biodiversité, juillet 2026.

Parmi ces thématiques, « certaines pressions demeurent peu étudiées, notamment les émissions chimiques, la lumière artificielle ou l'introduction d'espèces non indigènes, tout comme les conséquences de la multiplication des parcs sur certains processus à l'échelle du paysage marin, tels que la connectivité écologique entre habitats », souligne le résumé de l'ESCo.

Des obstacles au déplacement

Parmi les griefs fréquents à l'égard des éoliennes en mer, il est noté qu'elles constituent de fait « un obstacle physique au déplacement de certaines espèces mobiles, en particulier les oiseaux marins, les oiseaux migrateurs terrestres et certaines chauves-souris migratrices », ce qui présente un risque de collision et oblige certaines espèces à modifier leurs trajectoires (« effet de barrière »).

Sur la base d'un corpus de 123 articles publiés entre 1998 et 2024, l'ESCo fait toutefois état d'effets « généralement localisés, d'intensité variable, et fortement dépendants des caractéristiques des structures, de leur densité, de leur disposition spatiale, du contexte environnemental, ainsi que des espèces concernées ».

Les chercheurs soulignent par ailleurs un déficit de connaissances concernant les chauves-souris (92 % des études examinées concernent les oiseaux) et les potentiels effets d'obstacle sous-marins sur les mammifères marins, les tortues ou les poissons. Pour limiter les collisions, certains exploitants testent de nouvelles mesures comme peindre les pale en noir pour améliorer la détectabilité des rotors.

Synthèse des effets documentés de l'éolien en mer sur les oiseaux migrateurs
Diagramme positionnant les groupes d'oiseaux selon deux axes : risques de collision (jusqu'à la mortalité) en vertical et évitement / effet barrière (micro-, méso-, macro-évitement) en horizontal ; des plongeons et alcidés à fort évitement jusqu'aux goélands et chauves-souris attirés

Source : ESCo Éoliennes en mer & biodiversité, juillet 2026.

« Effet récif » et émissions sonores

Un autre impact très commenté et documenté au sujet des éoliennes en mer est l'effet dit « récif ». Il désigne la colonisation par des espèces des structures artificielles immergées des éoliennes (fondations, enrochements et autres surfaces dures dans des zones majoritairement dominées par des fonds meubles). L'ESCo note notamment que, « dans certains parcs de la mer du Nord, un seul mât d'éolienne peut ainsi héberger plusieurs tonnes de moules ».

Dans certains cas, l'effet récif peut ainsi « contribuer à une production biologique locale au moins partielle (c'est-à-dire à une augmentation de la quantité de matière vivante produite), et pas uniquement à une concentration d'organismes déjà présents dans la zone », note l'ESCo, qui précise toutefois que « les effets sur le fonctionnement global des écosystèmes sont encore peu documentés ».

Lors de la phase de construction des parcs, il est par ailleurs noté que « les opérations de battage de pieux menées pour installer certaines fondations produisent des sons de forte intensité susceptibles de se propager sur plusieurs dizaines de kilomètres sous l'eau ».

Atténuer les effets : 11 leviers pour l'avenir

Outre les effets des éoliennes en mer, l'ESCo souligne les mesures d'atténuation desdits effets qui existent. Ces mesures s'inscrivent dans la séquence « Éviter – Réduire – Compenser » (ERC), mobilisée lors de la planification, de la construction et de l'exploitation des parcs, et portent principalement sur la réduction des risques de collision et des émissions sonores.

La synthèse note par ailleurs qu'un « verrou scientifique majeur réside dans la difficulté à appréhender le cumul d'effets comme un phénomène multidimensionnel, intégrant les interactions entre pressions issues de différentes activités anthropiques, ainsi qu'entre pressions associées à l'éolien en mer ». En définitive, l'ESCo détaille les 11 leviers méthodologiques suivants « pour renforcer la robustesse des évaluations » à l'avenir sur les effets des éoliennes en mer.

Éolien en mer : 11 leviers méthodologiques et perspectives pour renforcer l'évaluation et l'atténuation des effets
Éolien en mer : 11 leviers méthodologiques et perspectives pour renforcer l'évaluation et l'atténuation des effets
1Approches intégrées et multi-échelles : le développement d'approches intégrées, multidisciplinaires, standardisées et multi-échelles est essentiel pour accompagner le déploiement de l'éolien en mer.
2Harmonisation des protocoles et méthodes : la standardisation des protocoles de collecte et d'analyse constitue un levier central, en complément du développement de modèles prédictifs plus robustes.
3Élargissement des groupes biologiques étudiés : l'extension des recherches à des compartiments encore peu documentés est identifiée comme nécessaire, en particulier vers la base des réseaux trophiques.
4Mobilisation des connaissances expertes : elle permet de réduire et de mieux caractériser les incertitudes lorsque les mesures d'effets sont incomplètes, contradictoires ou manquantes, en complément des connaissances disponibles et dans l'attente de données plus consolidées.
5Mobilisation d'analogues : l'élargissement du socle de connaissances à partir de pressions ou de contextes comparables facilite la conduite de méta-analyses et renforce la transposabilité des preuves d'effet.
6Mutualisation et gestion FAIR des données : un progrès important dans l'évaluation des effets est attendu grâce à une meilleure structuration et mise en commun des données, notamment via des démarches FAIR (données faciles à trouver, accessibles, interopérables et réutilisables).
7Accès aux données des opérateurs et aux parcs pour la recherche : l'amélioration de l'accessibilité des données issues des suivis environnementaux conduits par les opérateurs de l'éolien, en articulation avec les programmes de recherche, ainsi qu'une simplification des procédures d'autorisation d'accès aux parcs pour les équipes scientifiques, constitue également un levier majeur pour renforcer les connaissances disponibles.
8Validation in situ des mesures d'atténuation en conditions réelles : la littérature met en évidence un écart important entre le nombre élevé de mesures d'atténuation proposées et le faible nombre de mesures effectivement testées en conditions réelles, notamment sur le long terme. Cette absence de preuves, combinée à la concentration des travaux sur quelques pressions (émissions sonores, effet obstacle), restreint la portée opérationnelle des enseignements actuels.
9Mesures d'atténuation des effets environnementaux : un fort potentiel de recherche subsiste concernant les mesures d'évitement et de compensation, notamment sur la définition des seuils de significativité et sur les méthodes d'évaluation des pertes et des gains écologiques. S'agissant des mesures de réduction, l'intégration sous-marine des matériaux et des infrastructures par l'éco-conception (« Nature Inclusive Design ») constitue un champ d'expérimentation international d'intérêt croissant.
10Approches socio-écologiques hybrides : plusieurs travaux identifient les enjeux d'acceptabilité, notamment liés aux co-usages, comme un levier important pour le développement futur des parcs. Ces approches reposent sur la recherche de co-bénéfices entre acteurs humains (par exemple pêche, tourisme industriel) et non humains (par exemple effet récif). Des outils de planification et de gestion intégrée — planification spatiale maritime (PSM), gestion intégrée des zones côtières (GIZC) ou approches par services écosystémiques — pourraient être davantage explorés, y compris à travers des cadres hybrides comme le « Sato-Umi ».
11Gestion adaptative et ajustement des mesures : plusieurs travaux soulignent l'intérêt d'approches de gestion adaptative fondées sur les résultats du suivi environnemental, permettant d'ajuster les mesures d'atténuation au fil du temps dans un contexte de fortes incertitudes.

Source : ESCo Éoliennes en mer & biodiversité, juillet 2026.

Pour aller plus loin, la synthèse de l'ESCo « Éoliennes en mer & biodiversité » est disponible en accès libre sur le site de l'Ifremer.

Notes

  1. L'ESCo repose sur un collectif pluridisciplinaire de 25 chercheurs, piloté par Cédric Bacher (Ifremer) et Nathalie Niquil (CNRS). Le collectif rassemble des spécialistes issus de 13 établissements de recherche publique et mobilise des compétences complémentaires en écologie marine, océanographie, acoustique, géologie, chimie, modélisation, économie et géographie, afin de couvrir l'ensemble du périmètre scientifique de la saisine.