Gaz : le point sur la sécurité d’approvisionnement en France pour l'hiver 2021/2022

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Chantier de la station de rebours de Noyal-Pontivy

GRTgaz recommande de « préserver du gaz dans les stockages jusqu’à la fin de l’hiver 2022 pour garantir la sécurité d’approvisionnement en cas de froid exceptionnel ». Ici, le chantier de la station de rebours de Noyal-Pontivy dans le Morbihan. (©GRTgaz-Julien Gazeau)

En période hivernale, il est souvent question de la sécurité d'approvisionnement en électricité. Qu'en est-il pour le gaz ? Dans leur Winter Outlook 2021/2022(1) présenté le 30 novembre dernier, les gestionnaires de réseaux GRTgaz et Teréga estiment que le système gazier français « devrait être en capacité de répondre à la demande hivernale nationale », tout en appelant à une gestion « prudente » des sites de stockage.

Les « prérequis au bon déroulement de la saison réunis »

Les « prérequis au bon déroulement de la saison sont réunis », synthétisent GRTgaz et Teréga : les capacités « souscrites aux différents points d’entrée frontière du réseau et au soutirage des stockages sont suffisantes pour couvrir la demande d’un hiver très froid » selon les gestionnaires de réseaux.

Dans le Winter Outlook 2021/2022, deux scénarios de consommation de gaz en France sont retenus sur l’ensemble de l'hiver 2021-2022(2) :

  • un scénario « Hiver Froid », simulant le profil de l’hiver 2012-2013, « caractérisé par des épisodes froids en février et mars, correspondant à une consommation totale de 337 TWh » durant la période hivernale (période allant du 1er novembre au 31 mars) ;
     
  • un scénario « Hiver Pointe », simulant le profil de l’hiver 2011-2012 et « incluant en février une période de 3 jours consécutifs à la pointe P2 (« température extrêmement basse pendant une période de trois jours au maximum telle qu'il s'en produit statistiquement une tous les cinquante ans »), correspondant à une consommation totale de 338 TWh » durant la période hivernale .

Quelle marge de sécurité ?

D'après les prévisions des gestionnaires de réseaux (concernant les entrées et sorties de gaz par gazoduc, arrivées de GNL sur les terminaux méthaniers, capacités de stockage souscrites utilisées de façon optimale, etc.), le système gazier français conservera une marge de l’ordre de « 119 GWh par jour » dans le cas d’une pointe de froid dite « P2 »(3). À titre indicatif, la consommation française de gaz pourrait dépasser légèrement 3 900 GWh par jour en cas d’une telle pointe de froid.

Cette marge de sécurité est toutefois « en baisse de près de 200 GWh/j par rapport à celle constatée dans le Winter Outlook 2020-2021 »(4). La chute de cette marge par rapport à l'an dernier « s’explique par une réduction des souscriptions à long terme sur certaines entrées du réseau. Il n’y a cependant pas d’alerte associée à ce constat : les expéditeurs disposent des moyens pour souscrire des capacités complémentaires à court terme et le réseau offre de ce point de vue un excédent de capacités beaucoup plus important », précise GRTgaz.

Une gestion « prudente et raisonnée des stockages »

    Au 7 décembre, le remplissage des capacités de stockages de gaz en France a chuté à « 71%, alors qu’il était de 95% au 1er novembre dernier », indique GRTgaz. Une donnée qui « traduit des niveaux de soutirage importants à ce stade du début de la saison hivernale. Cette tendance observée vient souligner l’importance du message exprimé par les transporteurs de gaz [...] la continuité d’alimentation gazière repose sur une gestion prudente et raisonnée des stockages tout au long de l’hiver. À ce titre, une sollicitation trop importante des stockages en début d’hiver rendrait le système gazier très dépendant des importations (terrestres et GNL) par la suite »(5).

    Précisons que les gestionnaires de réseaux évoquent également la contribution croissante des gaz « renouvelables » pour assurer la sécurité d'approvisionnement gazière en France. Ils indiquent entre autres que 336 sites de méthanisation « ont injecté en continu dans les réseaux gaziers, dont 46 directement dans les réseaux de GRTgaz et Teréga, [...] l’équivalent de près de 2% de la consommation nationale » en octobre 2021(6).

    Sources / Notes
    1. Winter Outlook 2020-2021, GRTgaz et Teréga, novembre 2021.
    2. Pointe, également dite « risque 2% », définie par l’article R121-8 du Code de l’énergie.
    3. Les gestionnaires de réseaux précisent que « le bilan à la pointe dépendra des éventuelles souscriptions complémentaires de capacités à court terme et de l’utilisation réelle des capacités souscrites sur chaque point qui sera faite le jour J par les expéditeurs ».
    4. Pour chacun de ces deux scénarios,  une hypothèse de consommation moyenne des centrales à gaz à cycle combiné de 265 GWh par jour est retenue (ce qui correspond à une « utilisation des centrales au niveau atteint ou dépassé 10% du temps durant les quatre derniers hivers »). Dans ces deux scénarios, les gestionnaires de réseaux retiennent entre autres pour hypothèse « un niveau de remplissage (des stocks) de 120 TWh au 31 octobre, soit 93% du volume souscrit » (le niveau de stock effectivement constaté au 31 octobre 2021 était de 121,7 TWh).
    5. « Les capacités commercialisées sur les stockages pour l’année 2021/22 ont été souscrites à 100%. Cela représente un niveau de souscriptions maximal pour la quatrième année consécutive. La campagne d’injection de l’été 2021 s’est déroulée avec un rythme de remplissage satisfaisant, aidée par une réglementation française exigeant un remplissage des stocks à 85% minimum. »
    6. La contribution du biométhane produit en France « sera d’environ 14 GWh/j chaque jour de cet hiver, soit l’équivalent de la production de la moitié d’une tranche nucléaire », selon GRTgaz. 

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