Gaz naturel : une chute de la consommation de 7% en 2020, principalement liée au climat

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Canalisation de gaz

Vue intérieure d'une canalisation de gaz (©GRTgaz-Philippe Dureuil)

Le gestionnaire de réseau GRTgaz a présenté le 4 février son « Bilan gaz & gaz renouvelables 2020 »(1). État des lieux.

Baisse de la consommation : l’« effet climat » plus fort que la crise sanitaire

La consommation brute de gaz naturel en France a atteint 445 TWh en 2020 selon GRTgaz, ce qui correspond à une baisse de 7% par rapport à 2019. Si cette baisse ne constitue en soi « pas une surprise » selon le directeur général de GRTgaz Thierry Trouvé, ses causes méritent d’être précisées : c’est en effet avant tout le climat très doux (l’année 2020 est la plus chaude jamais enregistrée en France depuis 1900) qui est responsable de la baisse de consommation, souligne GRTgaz, bien plus que la crise sanitaire et économique.

Seule la consommation industrielle - qui compte pour près de 30% de la consommation gazière française et qui a chuté de 5,6% en 2020 - fait exception à ce constat.

Consommation de gaz en 2020

Près des trois quarts de la chute de consommation gazière liée aux distributions publiques et régies sont imputables au climat selon GRTgaz. (©Connaissance des Énergies, d'après GRTgaz)

Les centrales électriques au gaz ont pour leur part produit 44 TWh en 2020, soit environ 11,4% de moins qu’en 2019 mais GRTgaz souligne qu’elles ont été « appelées tout au long de l’année » comme unités de production pilotables et ont ainsi « contribué à l’intégration dans le système électrique de la production éolienne et solaire intermittente, et à compenser la baisse significative de la production nucléaire (-12%) ».

Importations et prix

Face à la baisse de la consommation, les importations française de gaz ont fortement chuté, par gazoducs (- 15,4%, 341 TWh en 2020, plus bas niveau depuis 2010) comme sous forme de GNL (- 18,6%, 179 TWh). GRTgaz précise toutefois que les importations françaises de GNL ont été « soutenues lors des 9 premiers mois de 2020 » avant que « la hausse des prix asiatiques détourne les cargaisons de l’Europe » au dernier trimestre (les prix asiatiques ont dépassé 50 €/MWh en fin d'année).

GRTgaz note également une hausse des soutirages de gaz à partir des sites de stockage souterrains (« bien remplis en début d’hiver »), ce qui a permis « d’amortir les effets haussiers des prix mondiaux » sur le marché gazier en décembre 2020. La France est « devenue le marché le moins cher en Europe » pour le gaz selon Thierry Trouvé, avec une moyenne de 9,24 €/MWh en 2020.

Carte du réseau gazier français
Le prix du gaz sur le marché français en 2020 témoigne, selon GRTgaz, de la « réussite » de la zone de marché unique créée en novembre 2018. (©Teréga)

Le gestionnaire de réseau mentionne par ailleurs une forte progression du GNL carburant « notamment pour la mobilité », avec une hausse de 30% des chargements de gaz naturel liquéfié en 2020 (11 149 camions-citernes chargés en GNL à partir des terminaux méthaniers) par rapport à 2019 pour alimenter des stations-service et des industriels non raccordés au réseau.

Investissements et « transition énergétique »

Les investissements de GRTgaz en France se sont élevés à 386 millions d’euros en 2020. Ceux-ci sont pour plus de 40% consacrés à la maintenance et la sécurité de son réseau (Teréga gère le réseau de transport sur la partie sud-ouest de la France(2)) tandis que ceux dédiés à la « transition énergétique » (biométhane, GNV, hydrogène, etc.) ont connu une forte augmentation en 2020 (+ 29% par rapport à 2019) même s’ils ne constituent encore qu’environ un dixième des investissements annuels de GRTgaz (40 millions d’euros en 2020).

GRTgaz met en avant une contribution croissante du gaz à la transition énergétique dans les transports. Le gestionnaire de réseau prend ainsi comme exemple révélateur l’évolution de la stratégie de la RATP qui envisageait initialement de disposer à l’horizon 2025 d’une flotte composée de 80% de bus électriques et de 20% de bus alimentés au bioGNV et qui, « pour des raisons pratiques » envisage désormais une répartition à parts égales entre bus électriques et bioGNV.

Biométhane et hydrogène

GRTgaz, qui juge l’année 2020 « particulièrement riche pour le gaz renouvelable », fait état de 214 sites de biométhane en service en France à fin 2020 (soit une hausse de 74% par rapport à fin 2019), dont 21 raccordés au réseau GRTgaz. La capacité de production de biométhane en France s’est élevée à « 3,9 TWh en 2020 », soit une hausse de 75% par rapport à 2019(3).

Le gestionnaire du réseau de transport gazier travaille par ailleurs sur « l’accueil croissant des productions d’hydrogène et de gaz de synthèse en France », mentionnant entre autres 30 demandes de raccordement pour injecter ces gaz sur son réseau à fin 2020. Parmi les faits notables de 2020, GRTgaz souligne également le début des injections d’hydrogène du projet Jupiter 1000 en février dernier(4).

Objectifs de développement du biométhane en France
Dans la nouvelle PPE adoptée en 2020, les pouvoirs publics fixent une cible de 6 TWh de biométhane injecté dans les réseaux gaziers français en 2023 (contre 8 TWh dans l’ancienne PPE) et une fourchette 14 à 22 TWh injectés en 2028. (©Connaissance des Énergie, d’après Sia Partners)

Sources / Notes
  1. Bilan gaz & gaz renouvelables 2020, GRTgaz.
  2. Site de Teréga.
  3. La dynamique du biométhane (avec 1 164 projets de 26,5 TWh de capacité de production annuelle cumulée en développement) pousse GRTgaz à absorber une partie de cette production censée transiter sur le réseau de distribution (ce qui implique de développer de nouveaux sites de compression).
  4. La réflexion de GRTgaz sur l’hydrogène s’inscrit également dans un cadre européen, avec « l’European Hydrogen Blackbone » qui vise à anticiper la structure possible d’un réseau hydrogène transfrontalier à l’horizon 2040 (avec potentiellement 3 300 km de canalisations hydrogène en France. Selon GRTgaz, un quart des canalisations serait à construire et trois quarts pourraient être convertis à partir du réseau gazier actuel). À la frontière avec l’Allemagne et le Luxembourg, un projet pilote baptisé « mosaHYc » va entre autres tester la conversion de 70 km de canalisations de gaz naturel existantes pour qu’elles transportent de l’hydrogène pur « avant 2025 ».
    European Hydrogen Backbone - Gas for Climate 2050.

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