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La filière hydroélectrique française à la recherche d’un « nouvel élan »

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Hydroélectricité

Vue aérienne du barrage hydroélectrique de Sainte-Croix dans les Gorges du Verdon (©EDF-Franck Oddoux)

L’UFE(1), le SER(2) et France Hydro Électricité ont publié ce mardi un livre blanc consacré à l’hydroélectricité. Ils y rappellent son poids dans le mix électrique français et son rôle dans la transition énergétique et y présentent 7 grandes recommandations pour soutenir la filière.

L’hydroélectricité : 2e source d’électricité en France

Elle est moins sous les feux des projecteurs que l’éolien et le solaire photovoltaïque mais il s’agit de loin de la première filière renouvelable productrice d’électricité en France et dans le monde. L’hydroélectricité a compté pour 16,7% de la production électrique mondiale en 2014, selon les dernières données de l’AIE(3) (58,3% au Canada, 63,2% au Brésil et 96% en Norvège). Cela en fait la 3e source d’électricité au niveau mondial, derrière le charbon et le gaz naturel.

L’hydroélectricité présente l’avantage d’avoir une production décarbonée et facile à moduler au contraire des filières renouvelables intermittentes. Elle est certes en partie tributaire de la pluviométrie mais peut, au sein de ses centrales « réservoirs » (centrales de lac ou d’éclusée), stocker de l’eau et produire de l’électricité en la turbinant lors des périodes de forte demande. Certaines installations hydroélectriques, les STEP (stations de transfert d’énergie par pompage), permettent en outre de stocker de l’électricité (en pompant de l’eau entre deux bassins situés à différents niveaux) lorsque la production de filières intermittentes ne répond pas à une demande équivalente sur le réseau.

En France, l’hydroélectricité a généré 63,9 TWh en 2016, soit 12% de la production électrique française cette année-là(4). Il s’agit de la deuxième source d’électricité en France, loin derrière le nucléaire (72,3% en 2016).

Mix électrique français en 2016
La production d’électricité en France a été « décarbonée » à près de 91% en 2016 . (©Connaissance des Énergies, d’après RTE)

Un outil central de gestion de l’équilibre du réseau électrique

Dans le livre blanc publié par les acteurs de la filière, il est rappelé que l’hydroélectricité joue en France un rôle central dans la gestion de l’équilibre entre offre et demande sur le réseau électrique, que ce soit grâce aux centrales réservoirs ou aux STEP.

Il existe près de 140 centrales d’éclusée dans le pays (moins de 400 h de remplissage, avec une production annuelle moyenne de 14 TWh) et une centaine de centrales supplémentaires, dites « de lac » (plus de 400 h de remplissage avec une production annuelle avoisinant 17 TWh). 

Les STEP françaises, disposant de 4 GW de puissance cumulée, peuvent être mobilisées en moins de 10 minutes pour stocker de l’électricité ou la restituer sur le réseau.

Production hydroélectrique de la France
La couverture de la consommation électrique française par la production hydroélectrique est généralement maximale aux mois de mai et juin, après la fonte des neiges selon RTE. (©Connaissance des Énergies, d’après RTE)

Sept recommandations de la filière

Les acteurs de la filière hydroélectrique pointent plusieurs freins majeurs qui fragilisent à l'heure actuelle les installations existantes et empêche de nouveaux développements : inflation de politiques publiques (parfois incompatibles entre les échelons nationaux et européens), fiscalité lourde, manque de visibilité et de valorisation des services rendus, etc.

La fiscalité locale pesant sur les installations hydroélectriques atteint par exemple près de 10 euros par MWh en 2017 selon la filière : taxe foncière, imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux (IFER), cotisation foncière des entreprises, redevance hydraulique. Le livre blanc pointe le fait que cette fiscalité correspond approximativement au tiers du prix de vente actuel sur les marchés de gros de l’électricité. S’y ajoutent d’autres impôts, taxes et charges qui résultent in fine en une marge « particulièrement faible, voire négative » pour les producteurs. La filière réclame entre autres certaines exonérations de taxe foncière, durant 10 ans pour les nouveaux projets.

A l’image de toutes les filières industrielles, les acteurs de l’hydraulique réclament par ailleurs un cadre leur assurant une meilleure visibilité. Ils demandent entre autres de maintenir un appel d’offres annuel pour le développement de nouveaux projets (en site vierge et par équipements de seuils existants), de manière à atteindre a minima les ambitions (modestes) inscrites dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Pour rappel, cette dernière fixe pour objectif de porter à 26 050 MW (fourchette haute) les capacités hydroélectriques installées en France métropolitaine continentale à fin 2023 (contre 25 482 MW à fin 2016)(5).

La filière aspire également à voir rémunérer « à leur juste valeur » les services rendus au système électrique par l’hydroélectricité, en particulier par les STEP. Pour développer de nouvelles installations de ce type, le lancement d’appels d’offres, mécanisme de soutien à l’appui, est jugé nécessaire par la filière. Cette-ci réclame par ailleurs une exonération de l’IFER pour les STEP existantes et demande de poursuivre la baisse du TURPE pour ces installations (baisse initiée dans la loi de transition énergétique).

La PPE prévoit d' « engager » d'ici à 2023 des projets de STEP, en vue d'un développement de 1 000  MW à 2 000 MW entre 2025 et 2030(6) pour accompagner le développement des filières intermittentes dans l’hexagone. Rappelons enfin que le renouvellement des concessions hydroélectriques reste un chantier sensible, en suspens depuis plusieurs années, que devra traiter le nouveau ministre en charge de la transition écologique.