La situation énergétique du Luxembourg vue par l’AIE

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Mix énergétique du Luxembourg

Le Grand-Duché du Luxembourg mesure 2 586 km2, une superficie proche de celle du département des Yvelines en France. (©Pixabay-Felix Wolf)

Le Luxembourg compte mettre en oeuvre un programme ambitieux de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Cet objectif ne saurait toutefois être atteint sans de nouveaux investissements et une plus forte taxation des produits énergétiques, prévient l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport publié le 25 mars(1). Ce qu’il faut en retenir.

Un mix énergétique dépendant fortement du pétrole et des importations

Le mix énergétique du Grand-Duché de Luxembourg se caractérise par la prédominance du pétrole, qui a compté à lui seul pour 59,5% de la consommation nationale d’énergie primaire en 2018 (78% pour l'ensemble des énergies fossiles). Cette source d'énergie satisfait les besoins des transports mais aussi une part importante de la demande de chaleur des secteurs résidentiel et tertiaire(2). La totalité des hydrocarbures et 86% de l’électricité consommés dans le pays en 2018 provenaient des importations, soit le plus haut niveau de dépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur au sein de tous les pays membres de l’AIE.

Le Luxembourg connaît une croissance économique et démographique « robuste » : la population du Grand-Duché a augmenté de près de 20% au cours de la dernière décennie (près de 626 000 habitants à début 2020, dont la moitié d’étrangers(3)) tandis que le PIB national s’est élevé de 3,2% par an en moyenne entre 2015 et 2019(4). Dans le même temps, la consommation d’énergie primaire a augmenté de près de 6% entre 2016 et 2018 (3,9 Mtep, hors consommation des vols internationaux en 2018) mais reste inférieure de 11% au pic de 2005, une évolution témoignant d’un « découplage entre la demande d’énergie et la croissance économique et démographique », observe l’AIE(5).

Système énergétique du Luxembourg
Illustration de l'AIE sur la situation énergétique du Luxembourg (©Connaissance des Énergies, d'après AIE)

Énergie-climat : les objectifs ambitieux du Grand-Duché

Dans son projet de plan national intégré en matière d’énergie et de climat (PNEC) pour la période 2021-2030(6), le Luxembourg souhaite inscrire ses « ambitions élevées » pour lutter contre le changement climatique : le pays envisage entre autres de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici à 2030(7) (par rapport au niveau de 2005).

Dans cette optique, le Grand-Duché va entre autres introduire sur son territoire une tarification du CO2 en 2021 sur tous les produits pétroliers ainsi que sur le gaz naturel, avec un prix de départ de 20 € par tonne à partir de 2021, « dans la moyenne des pays voisins » (des augmentations annuelles de 5 euros par tonne de CO2 sont prévues en 2022 et en 2023)(8). « Les modalités exactes d’exécution seront élaborées dans le cadre des préparatifs de la future réforme fiscale qui est prévue pour l’année 2021 », précise le ministère luxembourgeois en charge de l’énergie.

Cette future taxe carbone pourrait davantage inciter les investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Place financière importante, le Luxembourg rappelle que la première obligation verte au monde a été cotée sur sa Bourse en 2017 et qu’il est depuis « le leader européen dans cette catégorie d’actifs » (avec plus de 160 obligations vertes cotées).

Excluant le recours à l’énergie nucléaire, le pays s’engage à « une utilisation et une promotion renforcée des énergies renouvelables », avec l’ambition de porter la part de ces filières à 25% de sa consommation d’énergie finale brute en 2030. Le gouvernement prévoit notamment « un déploiement constant de l’éolien, du solaire et des pompes à chaleur » grâce à un renforcement des aides à l’investissement et des subventions aux particuliers et entreprises. Ce développement des énergies renouvelables(9) doit contribuer à réduire les importations nationales d’énergie, tout comme la baisse de la consommation intérieure (le projet de PNEC du Luxembourg prévoit d’augmenter l’efficacité énergétique de 40% à 44%, par rapport au niveau de 2007).

Les transports, secteur central pour amorcer une transition énergétique au Luxembourg

Au Luxembourg, le secteur des transports compte à lui seul pour plus de la moitié de la consommation d’énergie(10) et pour 65% des émissions de gaz à effet de serre (non couvertes par le marché carbone européen). L’AIE salue à ce titre l’ambition du Grand-Duché en matière de mobilité électrique, en particulier l’objectif de disposer de « 49% de voitures électriques dans le parc automobile d’ici 2030 ».

Pour décarboner les transports, « le déploiement réglementé d’un réseau de bornes de charge publiques et l’introduction d’une aide financière pour l’achat d’un véhicule électrique serviront de base au gouvernement et le projet du PNEC prévoit de les compléter par de nouvelles mesures », précise le ministère luxembourgeois en charge de l’énergie(11). Notons que le faible niveau des taxes portant sur les carburants au Luxembourg (le prix du gazole était en moyenne de 0,90 €/l au 6 avril 2020, contre 1,23€/l en France(12)) n’incite jusqu'ici pas les consommateurs à la recherche de véhicules économes en énergie et peu émetteurs de gaz à effet de serre.

Avec l’électrification des transports (et du chauffage, couplée à la croissance économique/démographique du pays), la consommation d’électricité du Grand-Duché de Luxembourg est amenée à fortement augmenter. Pour faire face à ces futurs besoins, le pays envisage d’augmenter fortement sa production électrique d’origine renouvelable(13), principalement grâce au solaire photovoltaïque (avec un objectif de production de près de 1,1 TWh en 2030, contre 108 GWh en 2017) et à l’éolien(14). L’AIE recommande le déploiement de smart grids pour faciliter l'intégration de ces productions électriques intermittentes(15)(développement de solutions de stockage et de flexibilité de la demande, y compris en ayant recours au « vehicle to grid »). Le Luxembourg travaille par ailleurs avec les pays voisins pour renforcer les interconnexions électriques.

En complément de sa politique de promotion des mobilités actives et des véhicules électriques(16), rappelons que le Grand-Duché de Luxembourg a suscité une attention particulière, en rendant gratuits tous les trajets en transports publics sur son territoire depuis le 29 février 2020(17)

Sources / Notes
  1. Luxembourg 2020, Energy Policy Review, AIE, mars 2020.
  2. La part des énergies renouvelables dans le mix énergétique luxembourgeois (principalement des biocarburants importés et, dans une moindre mesure, le développement d’installations solaires photovoltaïques et éoliennes pour la production d’électricité), bien qu’ayant plus que doublé entre 2008 et 2018, restait quant à elle encore limitée à 7,5% en 2018 selon l’AIE.
  3. État de la population au 1er janvier, Statistiques du Grand-Duché du Luxembourg.
  4. Le solde de la consommation d'énergie « primaire » du Luxembourg est constituée par les exportations d'électricité.
  5. Données macroéconomiques, Statistiques du Grand-Duché du Luxembourg.
  6. La consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre avaient diminué durant la plus grande partie de la dernière décennie, montrant « des signes de découplage » mais elles ont à nouveau augmenté en 2016 avec la hausse « des ventes de carburants aux camions en transit ».
  7. Le projet de PNEC a été adopté par le Conseil de gouvernement le 7 février 2020. Il a fait l’objet d’une consultation publique qui s’est terminée fin mars le 29 mars 2020. « Nous sommes actuellement en train d'évaluer les contributions de cette consultation publique et d'apporter, si nécessaire, des modifications au plan. Le PNEC sera ensuite adopté par le Conseil de gouvernement avant d’être soumis à la Commission européenne », précise le ministère luxembourgeois en charge de l’énergie.
    Projet du plan national intégré en matière d'énergie et de climat.
  8. Objectif pour les secteurs non couverts par le système communautaire d’échange de quotas d’émission de CO2 (EU ETS). En 2017, ces émissions étaient inférieures de 21% à celles de 2005 (et de 20% par rapport à 1990).
  9. « Les dispositions d'application relatives au prix du CO2 vont être élaborées dans le cadre des préparatifs de la réforme fiscale. Un contrôle régulier et, si nécessaire, un ajustement de la tarification du CO2 seront assurés ».
  10. « L’énergie éolienne, l’une des trois technologies clés pour le Luxembourg (éolien, solaire, biomasse), a dépassé les attentes du NREAP 2009 et sera donc encouragée en conséquence. Un nouveau départ sera donné dans le domaine du photovoltaïque en vue d’une utilisation massive. En ce qui concerne la biomasse, l’accent sera mis sur l’utilisation en cascade ou l’utilisation multiple (rondins de bois pour les scieries de l’industrie du meuble et de la construction, le vieux bois et les déchets de bois pour les entreprises de plaques de serrage, bois de déblais et de rabattage pour les systèmes de cogénération) et les critères de seront améliorés. De plus, de nouvelles pistes telles que celle de la géothermie seront davantage explorées et encouragées », nous a précisé le ministère luxembourgeois en charge de l’énergie.
  11. 54% en 2017.
  12. La dimension transfrontalière du pays est soulignée dans le PNEC qui juge « particulièrement important » de « rendre attractif le passage vers la mobilité électrique de plus de 200 000 frontaliers et de ceux, qui vivent au Luxembourg et qui parcourent de nombreux kilomètres à l’étranger ».
  13. Prix à la consommation des produits pétroliers droits et taxes compris, Commission européenne, avril 2020.
  14. En 2018, le Luxembourg a produit près de 900 GWh d’électricité, ce qui correspond à environ 15% de sa consommation annuelle d’électricité selon les données de l’AIE.
  15. Le PNEC du Luxembourg prévoit que la part des énergies renouvelables dans le secteur électrique dépasse un tiers en 2030 (contre 8,1% en 2017).
  16. Le déploiement généralisé de compteurs communicants dans le pays (à fin 2019, 92% du déploiement était effectué pour l’électricité et 68% pour le gaz) doit permettre d’apporter des services permettant d’accompagner l’intégration de productions renouvelables intermittentes.
  17. La stratégie luxembourgeoise pour une mobilité durable « Modu 2.0 », mise à jour en mai 2018, prévoit entre autres d’augmenter de 50% le nombre de passagers des transports en commun d’ici à 2025.
  18. « La gratuité concerne tous les modes de transport sur le territoire luxembourgeois financés par l’État qu’il s’agisse des bus, trains et tramways (CFL, Luxtram, RGT, TICE). Les bus de la Ville de Luxembourg (AVL) ont également suivi le mouvement », nous a précisé le ministère luxembourgeois en charge de l’énergie.