Un parc de batteries de 178 GW à fin 2030

Selon Ember, la capacité cumulée des batteries installées dans l’Union européenne pourrait quadrupler en cinq ans, passant de 43 GW à fin 2025 à 178 GW d’ici fin 2030. En l’absence d’investissements et si seuls les projets déjà en construction à fin 2025 sont mis en service d’ici 2030, le think tank évoque a minima une puissance de 54 GW à cet horizon (soit environ 30 % de plus qu’à fin 2025).

Ces batteries seraient pour partie déployées au sein de grandes installations de grande échelle (« utility-scale batteries ») et pour partie chez les consommateurs (« behind-the-meter »). Le plus fort potentiel de croissance réside dans les grandes installations, dont la puissance installée cumulée dans l’UE « devrait être multipliée par près de dix d’ici à 2030 par rapport au niveau installé en 2025 (passant de 12 GW à 107 GW) », selon Ember. Les capacités des batteries installées « derrière le compteur », majoritaires à l’heure actuelle, pourraient quant à elles doubler d’ici 2030 (malgré un vif intérêt des ménages, le coût d’acquisition initial constitue encore le principal frein, précise le rapport). Ember cite en exemple le cas de l’Allemagne, où près de 30 % des propriétaires envisageraient d’acquérir une batterie domestique dans les cinq prochaines années.

Évolution de la capacité installée de batteries dans l’UE, opérationnelle et projetée, par type, jusqu’en 2030
Capacité cumulée de batteries installée dans l’UE, opérationnelle et projetée, par type (en GW). (©Ember)

Flexibilité : une alternative aux centrales à gaz

Ember estime que les batteries devraient, d’ici à 2030, « presque égaler le gaz en matière de flexibilité à court terme, comblant ainsi l’écart actuel ». Concrètement, un parc de batteries de 178 GW en 2030 pourrait fournir « durant une heure plus de 80 % de l’électricité que pourrait générer l’ensemble des centrales à gaz de l’UE sur la même durée » (contre 25 % en 2025), indique Ember.

Et ce, avec des durées de construction plus courtes et à un prix plus faible, compte tenu de la chute des coûts des batteries : l’ACER estime les coûts d’investissement en 2030 à « environ 560 €/kW pour une batterie à grande échelle d’une autonomie de 4 heures, contre au moins 650 €/kW pour une nouvelle centrale à gaz de pointe (à cycle ouvert) ». Une hypothèse jugée prudente pour Ember, qui évoque déjà pour sa part des coûts autour de 412 €/kW en 2025 pour un projet de batterie à grande échelle (en incluant les équipements principaux, l’installation et le raccordement au réseau).

Coûts d’investissement comparés des batteries à grande échelle et des nouvelles centrales à gaz dans plusieurs pays de l’UE
Coûts d’investissement comparés (batteries à grande échelle vs nouvelles centrales à gaz de pointe), en €/kW, pour une mise en service en 2030. (©Ember, d’après l’ACER)

Pour Beatrice Petrovich, analyste énergie senior chez Ember, « l’enjeu actuel n’est pas l’innovation, mais l’exécution : il faut lever les obstacles, récompenser la flexibilité et déployer ces solutions à une échelle suffisante pour éviter de se retrouver prisonnier de systèmes de secours aux énergies fossiles inutiles ».

Un couple batteries-renouvelables

Pour le think tank, le déploiement des batteries devrait « rattraper rapidement » le rythme de développement des capacités de production renouvelables (avec un rapport entre la capacité installée de batteries à grande échelle et la capacité éolienne et solaire installée passant de 3 % en 2025 à 12 % d’ici 2030).

Une chance pour ces filières à production intermittente : à l’horizon 2030, l’ensemble des batteries de l’UE pourrait permettre de « décaler 10 % de la production solaire et éolienne quotidienne des heures de pic de production vers les heures de forte demande en soirée, contre 5 % en 2025 », estime Ember(1).

Voitures électriques, pompes à chaleur et compteurs communicants

Chez les particuliers, l’essor annoncé des batteries s’appuie sur le déploiement accéléré des véhicules électriques et des pompes à chaleur. Ember prévoit qu’une voiture sur six dans l’UE pourrait être électrique d’ici 2030, « et la moitié de ces véhicules électriques pourraient décaler leur recharge vers les périodes de forte production éolienne et solaire » (lesdits véhicules pourraient ainsi potentiellement « absorber environ 7 % des pics de production éolienne et solaire »).

Par ailleurs, un ménage européen sur cinq pourrait être équipé d’une pompe à chaleur en 2030, selon le rapport du think tank (15 % de la demande liée à ces équipements pourraient être décalée vers les périodes de forte production éolienne et solaire, « réduisant potentiellement la demande de pointe d’environ 3 % », selon Ember).

Cette flexibilité de la demande issue des transports et du chauffage électrifiés repose sur « deux leviers essentiels : le déploiement généralisé de compteurs intelligents et les incitations destinées aux consommateurs », souligne le think tank.

Carte de la part des ménages équipés d’un compteur intelligent dans les États membres de l’UE en 2024
Part des ménages équipés d’un compteur intelligent dans les États membres de l’UE (2024). (©Ember, d’après l’ACER)

Sources / Notes

  1. Les batteries installées côté consommateurs pourraient « permettre de décaler 17 % de la production solaire en toiture, des pics de production de la mi-journée vers les heures de forte demande en soirée » (contre 12 % en 2025).

Source : Ember, Batteries and demand flexibility are ready to scale across the EU, 24 juin 2026.