Le point sur le développement des réseaux de chaleur en France

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Réseau de chaleur Coriance

Réseau de chaleur et de froid de Toulouse alimenté par la valorisation énergétique des déchets. (©Coriance)

Le Syndicat national du chauffage urbain et de la climatisation urbaine (SNCU) a publié le 15 novembre son nouvel état des lieux du développement des réseaux de chaleur et de froid en France(1). Ce qu’il faut en retenir.

57,1% d’énergies renouvelables et de récupération en 2018

Pour rappel, un réseau de chaleur (ou réseau de chauffage urbain) est un système de distribution de chaleur à partir d’une ou plusieurs unités de production et à destination de plusieurs consommateurs. La chaleur est transportée au sein d’un ensemble de canalisations, généralement à l’échelle d’un quartier.

À fin 2018, la France disposait de 781 réseaux de chaleur, d’une longueur cumulée de 5 781 km, répertoriés(2) dans l’enquête 2019 du SNCU. Plus de 40 000 bâtiments – principalement résidentiels et tertiaires – étaient raccordés à ces réseaux de chaleur, soit « 2,42 millions d’équivalents logements ».

Le gaz naturel constitue la première source d’énergie « entrante » de ces réseaux de chaleur (37% du bouquet énergétique en 2018) mais la part des énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) augmente progressivement : cumulées, ces énergies ont compté pour 57,1% du mix des réseaux de chaleur français en 2018 (les unités de valorisation énergétique de déchets et la biomasse ont respectivement compté pour 25% et 22% du mix total en 2018), contre seulement 27% il y a une décennie.

La production totale de chaleur livrée par les 781 réseaux de chaleur a atteint 25,4 TWh en 2018, ce qui correspond seulement à environ 3,3% de la consommation française de chaleur(3). En matière de « chaleur renouvelable et de récupération », la part des réseaux de chaleur dépasse toutefois 8% au niveau national, précise le SNCU. À ce titre, l'organisation souligne « le rôle central des réseaux de chaleur comme vecteur reconnu de la décarbonation ».

Réseaux de chaleur en France
« Pour la cinquième année consécutive, les EnR&R comptent pour plus de la moitié dans le bouquet énergétique » des réseaux de chaleur, précise le SNCU. (©Connaissance des Énergies, d’après SNCU)

Des réseaux de chaleur moins carbonés et « compétitifs »

La majorité des réseaux de chaleur sont « multi‐énergies » et sont capables de mobiliser plusieurs sources : 67% des réseaux de chaleur, comptant pour 88% des livraisons en 2018, ont fonctionné avec au moins deux sources d’énergie (« le plus souvent une ou plusieurs sources principales, utilisées en continu, et une source d’appoint, mobilisée lorsque la demande en chaleur est plus importante »).

Selon l’enquête du SNCU, le « contenu moyen en CO2 » de la chaleur injectée dans les réseaux de chauffage urbain est de 0,116 kg CO2/kWh, « soit 36% de moins que l’électricité, 50% de moins que le gaz naturel et 61% de moins que le fioul ».

Une donnée qui peut surprendre sachant que la production française d’électricité est décarbonée à plus de 90%. Le SNCU explique toutefois que « le résultat est très différent si l’on regarde plus spécifiquement l’usage chaleur, concentré en hiver et qui contribue très fortement à la pointe électrique : cette pointe hivernale, qui est une conséquence du chauffage électrique, nécessite le recours à des énergies complémentaires qui sont généralement des énergies beaucoup plus carbonées (centrales fossiles du parc français ou importations) »(4).

Selon les dernières données du SNCU, les réseaux de chaleur seraient par ailleurs « compétitifs par rapport aux autres modes de chauffage avec un coût global annuel pour un logement moyen, c’est-à-dire fourniture d’énergie, maintenance et amortissements compris, inférieur à celui du gaz collectif et de l’électricité ».

Un « retard inquiétant » au regard des objectifs fixés

L’enquête du SNCU pointe toutefois « un retard inquiétant », au regard des objectifs fixés par le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) aux horizons 2023 et 2028 et par la loi de transition énergétique pour la croissance verte (qui fixe pour cible une multiplication par 5 des quantités de chaleur et de froid « vert » livrées en 2030 par rapport au niveau de 2012).

La chaleur « verte » (EnR&R) livrée sur les réseaux de chaleur n’a augmenté que de 0,4 TWh en 2018. L'atteinte des objectifs des livraisons d'énergie « verte » impliquerait de multiplier par 5 ce rythme de développement dans les réseaux de chaleur (soit + 2 TWh/an).

En octobre 2019, 25 mesures ont été présentées par le gouvernement – suite à un groupe de travail « Réseaux de chaleur et de froid »(5) – pour faciliter le déploiement des réseaux de chaleur. Ces mesures, couplées à l’augmentation du Fonds chaleur, doivent entre autres contribuer encore au « verdissement des 781 réseaux existants » et permettre de lancer « de nouveaux projets, notamment dans les villes de plus de 10 000 habitants », indique le SNCU.

Précisons par ailleurs que la France comptait 23 réseaux de froid à fin 2018 (202 km de longueur cumulée ; 1,05 TWh de « froid » livré en 2018).

Objectifs réseaux de chaleur
Les livraisons d'énergie « verte » au sein des réseaux de chaleur ont augmenté de près de 40% entre 2014 et 2018. (©Connaissance des Énergies, d’après SNCU)