La COP21 est lancée : conditions et « compromis » pour un succès

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Conférence Climat

A l'entrée du site de la COP21, la sécurité a été renforcée deux semaines après les attentats de Paris qui ont été évoqués par tous les dirigeants présents. (©MD)

La COP21 a officiellement débuté ce matin en présence de 150 chefs d’État et de gouvernement. Nombre d’entre eux rappellent l’urgence d’agir et d’aboutir à un « accord ». Quelles sont aujourd’hui les conditions d’un succès de cette COP et les facteurs potentiellement bloquants ?

Un accord universel attendu. Et contraignant ?

« Aujourd’hui, la France accueille le monde entier », a débuté le Président de la République François Hollande dans son allocution d’ouverture de la COP21. Pour Laurent Fabius, président de la Conférence Climat, c’est déjà une première victoire. Ce n’est toutefois évidemment pas une fin en soi et le souvenir du sommet de Copenhague en 2009 (qui avait abouti à une déclaration d’intention de 26 pays) sonne comme un rappel à l'ordre bien que « l’urgence climatique » soit aujourd’hui, de l’avis de tous, bien mieux prise en compte par les acteurs politiques et économiques. La première condition d'un succès sera donc bien de réunir également toutes ces « Parties » autour d'un accord universel à l'issue de la COP (normalement le 11 décembre). Pour maintenir ces pays autour de la table des négociations, y compris les moins développés (jugés historiquement moins « responsables » du réchauffement), les contributions de chaque État dans la lutte contre le changement climatique reposent sur un principe d’engagements différenciés volontaires.

Reste à agir. Et un certain flou subsiste lorsqu’il est question de préciser les contours plus précis d’un succès de la COP21. Outre sa satisfaction d’intégrer les acteurs non gouvernementaux lors de cet événement, Laurent Fabius a rappelé les autres termes « consacrés » d’un accord réussi (« juste, durable ») mais aussi ceux qui pourraient faire défaut, à commencer par le fait qu’il soit « juridiquement contraignant ». Sur ce point, les États-Unis ont fait part de leur réticence : un traité devrait être approuvé à une majorité des deux tiers par le Sénat américain qui est sous contrôle des Républicains, opposés aux engagements climatiques de Barack Obama. La ministre canadienne de l'Environnement Catherine McKenna a quant à elle indiqué que l'accord serait probablement « partiellement contraignant », c'est-à-dire sur une partie des points de l'accord (ex : les pays seraient obligés d'émettre des objectifs sans que ceux-ci soient juridiquement contraignants).

Un mécanisme de révision pour tendre vers l'objectif de 2°C

Sur le fond, l’accord recherché vise à permettre de contenir le réchauffement terrestre en dessous de 2° C d’ici à 2100 par rapport aux températures de l’ère préindustrielle, autour de « 1,5°C si possible ». Or, la somme des engagements des différents pays (déposés auprès des Nations Unies) en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre devrait, selon les climatologues, conduire à une hausse de température plus proche de 3°C que de 2°C.

Carte du monde des engagements nationaux déposés auprès des Nations Unies

Pour réduire cet écart entre l'objectif initial et la trajectoire actuelle, la France souhaite faire adopter lors de cette COP un mécanisme de révision qui permettra de faire le point tous les 5 ans et, pour les différents pays, de revoir leurs engagements à la hausse. La Chine s’est notamment associée à ce souhait dans une déclaration commune avec la France début novembre.

Intérêts divergents et défis financiers

Les chefs d’État et de gouvernement ont chacun pris la parole aujourd’hui (durant 3 minutes en théorie, bien plus dans les faits)(1). Au-delà des déclarations d’intention se dessine un ensemble de situations très différentes (pays plus ou moins développés, plus ou moins vulnérables face aux dérèglements climatiques, etc.) et in fine d’intérêts divergents. L’Arabie saoudite dont le mix énergétique repose à près de deux tiers sur le pétrole et à un tiers sur le gaz naturel est ainsi souvent citée comme l'opposant le plus déterminé à tout accord climatique global(2). Selon Pascal Canfin, conseiller climat pour le World Resources Institute (WRI), « une partie de l'accord se jouera entre l'Élysée et Riyad dans les dernières heures de la conférence »(3).

La question des financements sera également un enjeu important de la COP21 à travers le Fonds Vert qui doit permettre de mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour accompagner les pays en développement vers une économie peu émissive en gaz à effet de serre. François Hollande a conclu sa prise de parole ce matin en demandant aux négociateurs de ne pas manquer d’ambition, quitte à ce que les objectifs soient « approchés ». Selon lui, « le plus grand danger n’est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, mais qu’il soit trop bas et que nous l’atteignons ». Laurent Fabius a pour sa part rappelé la nécessité d'un « compromis ambitieux ». Cette formule traduit bien la fragile voie des négociations à venir, entre aspirations et concessions.

Sources / Notes

(1) Après l’ordre protocolaire, l’ordre de passage est déterminé selon la réception des réponses à leur invitation.
(2) Dans sa contribution annoncée début novembre, le pays annonce vouloir éviter l’émission de 130 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an, une ambiguïté existant encore sur le fait que ce soit une réduction nette par rapport à ses émissions actuelles ou par rapport aux émissions projetées à l’horizon 2030. Contribution annoncée de l'Arabie saoudite.
(3) Déclaration du Journal du Dimanche, 29 novembre 2015.