Les défis de la transformation du secteur électrique européen

  • Source : Ifri

Avec la libéralisation du secteur de l’électricité dans l'UE(1), la Commission européenne a fait de la promotion de la concurrence « un leitmotiv », estimant que celle-ci serait profitable au consommateur final. Mais le « téléscopage entre la recherche de la concurrence et celle de la promotion des EnR » (via des tarifs d’achat garantis) a engendré des dysfonctionnements sur le marché de gros(2), explique Jacques Percebois(3).

Dans l’étude ci-après publiée le 25 novembre par le Centre Énergie-climat de l’Ifri, Jacques Percebois expose 3 grands défis auxquels est en particulier confronté le secteur européen de l’électricité : revoir le mécanisme du mérit order (qui consiste à faire appel aux différentes unités de production, au fur et à mesure, en fonction de leurs coûts marginaux croissants), anticiper l’impact du développement à grande échelle des technologies du numérique et arbitrer l’articulation entre micro-réseaux et méga-réseaux, en modifiant notamment en France la tarification d’accès aux réseaux (TURPE).

Pour rappel, le coût marginal – « coût variable auquel l’électricité est produite (essentiellement le coût du combustible) » – des filières à production intermittente (éolien, photovoltaïque) est considéré comme nul et l'électricité produite par ces dernières est injectée en priorité sur le réseau(4).  

Pour « redonner un sens à la courbe du merit order », Jacques Percebois présente différentes solutions, la « bonne » consistant à intégrer dans le coût marginal des externalités négatives : coût de stockage-déstockage pour les filières renouvelables à production intermittente, prix du carbone pour les filières carbonées, coût de la gestion des déchets pour le nucléaire (voir graphe ci-dessous).

Merit order
En intégrant différentes externalités négatives, Jacques Percebois montre que l'ordre du merit order est modifié entre les différentes filières. (©Connaissance des Énergies, d’après travaux de Percebois-Pommeret)

Lire l'étude  :
Avenir des réseaux électriques
Sources / Notes
  1. Libéralisation progressive, amorcée à la fin des années 1990 (1re Directive européenne dédiée en 1996).
  2. Marché « facultatif sur lequel ne s’échange en pratique qu’une proportion limitée (20 à 40% selon les pays) de l’électricité produite » mais qui « joue un rôle important, car son prix sert de référence dans les contrats signés entre les fournisseurs et les consommateurs ». 
  3. Jacques Percebois est Professeur émérite à l’Université de Montpellier (CREDEN) et coresponsable du pôle Transitions énergétiques à la Chaire Économie du Climat (Paris-Dauphine).
  4. Leur pénétration dans le réseau a tendance à faire baisser les prix de gros, ce qui a conduit à développer un mécanisme de capacité pour rémunérer les centrales pilotables maintenues à disposition mais moins fréquemment appelées.