Nouveau départ pour le gaz de schiste au Royaume-Uni ?

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Gaz de schiste

Site de Preese Hall, où avaient eu lieu les opérations de fracturation hydraulique en 2011. (©Cuadrilla Resources)

Dans le nord-ouest de l’Angleterre, des opérations de fracturation hydraulique ont repris mi-octobre, pour la première fois depuis 7 ans, sur le site de Preston New Road. État des lieux.

Entre microséismes et crainte du Brexit

Le Royaume-Uni est le 2e pays consommant le plus de gaz naturel en Europe (78,8 Gm3 en 2017(1)), après l’Allemagne. En raison de sa production domestique déclinante (- 44,5% entre 2007 et 2017) en mer du Nord, le pays importe actuellement plus de la moitié du gaz qu’il consomme, principalement depuis la Norvège(2).

L’exploitation du gaz de schiste est ainsi présentée par ses partisans comme un moyen de renforcer la sécurité d’approvisionnement énergétique du pays, en ayant recours à une ressource extraite localement. Une opinion soutenue par la Première ministre Theresa May(3), qui plus est dans le contexte du Brexit(4) dont les conséquences sur les échanges d’électricité et d’hydrocarbures suscitent l’inquiétude.

Le gaz de schiste se trouve à nouveau au cœur de l’attention outre-Manche, alors que des opérations de fracturation hydraulique (technique de fracturation de formations géologiques à faible perméabilité par l’injection d’un fluide à haute pression) ont recommencé mi-octobre 2018 dans le comté de Lancashire sur le site de Preston New Road, au lendemain du rejet par la Haute Cour de justice britannique d’un dernier recours d’un opposant.

Cela faisait 7 ans que la fracturation hydraulique n’avait pas été employée au Royaume-Uni, en raison de microséismes (de magnitude 2,3 et 1,5 sur l’échelle de Richter avec des petites répliques) survenues près de Blackpool en mai 2011.

Un moratoire avait alors été imposé au Royaume-Uni durant près d’un an et demi(5), au terme duquel les autorités avaient réaffirmé leur soutien au développement du gaz de schiste(6) (sur la base d’un rapport de la Royal Academy of Engineering(7)), tout en prévoyant un encadrement plus strict de l’exploration. La législation prévoit entre autres d'arrêter pendant au moins 18 heures toute opération de fracturation hydraulique dès lors qu’une activité sismique de magnitude égale ou supérieure à 0,5 sur l’échelle de Richter est détectée.

Une géologie plus complexe, le précédent polonais

Le 23 octobre, les opérations sur le site de Preston New Road ont été arrêtées « par précaution » par l’exploitant Cuadrilla Resources à la suite d’un microséisme de magnitude 0,4 (dans les limites autorisées par l’Oil and Gas Authority). Cuadrilla a annoncé la possibilité de « réduire le débit du pompage du fluide de fracturation » en de pareilles circonstances et a réaffirmé sa surveillance permanente de l’activité sismique (mesurée par le British Geological Survey(8)).

Le British Geological Survey a depuis fait état de nouveaux microséismes dont un de magnitude... 0,48 le 24 octobre en milieu de journée (les séismes de magnitude inférieure à 1 sont « à peine ressentis », est-il rappelé)(9). Les opérations actuelles de Cuadrilla visent à mesurer le potentiel des ressources de gaz de schiste en place mais il n'est pas garanti que les résultats soient à la hauteur des espérances des autorités britanniques.

L’EIA américaine (Energy Information Administration) avait déjà considéré dans ses évaluations que « la géologie britannique du schiste est beaucoup plus complexe » dans ce pays qu'en Amérique du Nord(10), avec des coûts de forage nettement plus élevés à prévoir. En Pologne, seul autre pays européen ayant cherché à exploiter le gaz de schiste, les opérations ont été abandonnées car jugées non rentables.

Alors que l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels a permis aux États-Unis de devenir le premier producteur mondial de gaz naturel et de pétrole, l’EIA estime que la Pologne et la France sont les pays européens les plus prometteurs en matière de ressources potentiellement récupérables de gaz et d’huile de schiste, loin devant le Royaume-Uni. Rappelons que la fracturation hydraulique a été interdite en France en juillet 2011 (mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas ou encore en Bulgarie).

Mix énergétique du Royaume-Uni

Le gaz naturel est la 2e énergie la plus consommée au Royaume-Uni. Près de 80% des ménages britanniques se chauffent au gaz. (©Connaissance des Énergies)

Note de la rédaction le 30/10/2018 : Un microséisme de magnitude 1,1 a été enregistré par le BGS le 29/10/2018 à 11h30. Cet événement a entraîné l'arrêt des opérations de fracturation hydraulique pendant 18 heures. Cuadrilla a pris acte de cette alerte « rouge », tout en indiquant que « ce niveau est très inférieur à tout ce qui peut être ressenti à la surface et très loin de tout ce qui pourrait causer des dommages ».