Quel bilan tirez-vous de votre implantation dans les zones couvertes par des ELD ?
Cela fait près d'un an que nous sommes arrivés à Strasbourg, Metz et Bordeaux en tant que fournisseur d'énergie pour les particuliers, nous étions déjà présents dans ces zones auparavant pour le B2B. Le bilan est positif, la croissance est au rendez-vous, avec plusieurs milliers de compteurs sur chacune des ELD où nous nous sommes implantés.
Cette implantation impliquait une mise aux normes techniques et nous avons investi pour permettre à nos systèmes d'information de fonctionner correctement avec celui des ELD. Une adaptation de notre service client a également été nécessaire, avec des formations aux différents outils et portails.
Les retours des clients sont depuis très positifs et nous comptons poursuivre notre trajectoire d'ouverture au sein d'autres zones concernées par un quasi-monopole « ELD ». Plusieurs sont dans les cartons dont Colmar, à la fois pour l'électricité et pour le gaz, mais aussi Niort dans très peu de temps et nous travaillons également sur Poitiers. Ces trois nouvelles localités seront bientôt desservies, et une petite dizaine d'autres suivront bientôt.
Votre progression est-elle similaire à Strasbourg, Metz et Bordeaux ?
Il n'y a pas de très grosse différence, c'est assez équivalent en pourcentage. À Bordeaux, nous bénéficions du fait que nous étions déjà présents pour l'électricité et disposions déjà de contacts clients. Nous avons dépassé la dizaine de milliers de compteurs, un niveau proche de ce que nous envisagions.
Votre objectif annoncé dans ces zones « ELD » est d'atteindre 10 % de part de marché…
On en est loin encore, autour du pourcent. Mais l'objectif de 10 % est à l'horizon 2030 et ne peut pas être atteint en un an. D'autant plus que nous n'avons pas fait d'investissements très importants en marketing, puisque nous préférions nous concentrer sur les réductions offertes à nos clients. La contrepartie, c'est que cela prend davantage de temps.
Ces implantations nécessitent tout un travail « de pédagogie » car les clients de ces zones peuvent être surpris et doivent être rassurés sur l'existence d'un fournisseur alternatif. Le bouche-à-oreille est important, il faut que des clients ayant déjà testé nos offres témoignent que tout fonctionne. C'est forcément une démarche un peu plus laborieuse que dans des territoires où la compétition est déjà bien implantée, avec des habitudes de comparaison, de prix et de changement.
Vous indiquez à ce propos que vos nouveaux clients y affichent un niveau de satisfaction supérieur de 20 % à votre moyenne nationale. Comment l'expliquer ?
La moyenne nationale de notre niveau de satisfaction est déjà bonne (4,7 sur Trustpilot). Dans les ELD, une fois que les clients ont sauté le pas, ils peuvent comparer par rapport à des opérateurs historiques qui n'ont jusqu'ici pas eu cette émulation face à la concurrence. Nos clients peuvent notamment découvrir un service client ouvert 7 jours sur 7 dont la qualité est reconnue.
Comment parvenez-vous donc à revendiquer des offres plus compétitives que les opérateurs historiques ?
Pour l'électricité comme pour le gaz, les coûts de réseaux et les taxes sont des composantes identiques pour tous les fournisseurs. Sur la partie achats sur les marchés, nous sommes à peu près tous logés à la même enseigne, mais Ohm Énergie a la particularité d'avoir sa propre salle de marché internalisée, avec notre équipe de vente. ÉS à Strasbourg doit probablement passer par EDF Trading, avec une équipe à Londres, un autre centre de profit et forcément des interfaces…
Par ailleurs, nous avons des coûts de structure plus faibles que les ELD, grâce à la digitalisation et à l'internalisation de notre service client et de toute la partie informatique. Un effet d'échelle joue également, car notre chiffre d'affaires est aujourd'hui plus gros que ceux de beaucoup d'ELD, à l'exception d'ÉS à Strasbourg, qui est de taille comparable.
Vos offres sont-elles les mêmes dans les zones des ELD et sur le reste du territoire ?
Bien que ce soit plus compliqué et plus cher d'être présent sur les ELD, nous avons fait le choix d'avoir la même grille tarifaire.
Aujourd'hui, nos offres de fourniture d'électricité sont près de 19 % moins chères que le tarif réglementé (TRV). Pour le gaz, c'est un peu plus compliqué car il n'y a plus de tarifs réglementés mais un prix repère qui n'est pas « zoné », avec 6 zones différentes. Mais on atteint les mêmes ordres de grandeur, soit des réductions comprises entre 15 et 20 % par rapport aux offres historiques.
Depuis votre arrivée dans les zones des ELD, avez-vous constaté des évolutions, du côté réglementaire ou des opérateurs historiques ?
Les choses sont censées changer... On salue notre présence dans les ELD, en soulignant que la concurrence est possible. Mais nous n'avons pas constaté d'évolutions depuis un an sur les principaux points de friction, notamment sur la fonction « « Rechercher Point ». Sur le réseau d'Enedis ou de GRDF, il suffit au client de donner son adresse pour obtenir le numéro de compteur. Ce n'est pas encore le cas au sein des ELD, ce qui constitue une barrière à l'entrée, un peu volontaire, qui complexifie l'arrivée de la concurrence.
Dès lors que l'actionnaire du gestionnaire du réseau est le même que celui du fournisseur, y a-t-il une très grosse incitation à aller très vite ? La réponse est non. Le marché s'est pourtant ouvert depuis plus de 20 ans…
Dans son rapport annuel, le médiateur de l'énergie souligne votre présence et celle d'Ekwateur dans les territoires des ELD, tout en soulignant que la concurrence y reste « très largement insuffisante ».
Notre démarche consiste à offrir du choix et à permettre aux consommateurs de comparer les offres sur l'ensemble des territoires. Cela oblige également les acteurs historiques à s'améliorer, et pas uniquement en matière de tarification. Nous sommes ouverts 7 jours sur 7, avec un applicatif, c'est-à-dire l'espace client et l'application, reconnu parmi les meilleurs par le magazine Capital.
Je crois beaucoup en un écosystème riche qui permette de faire éclore les bonnes solutions et ne pas être dépendants d'une seule d'entre elles. On l'a par exemple vu pendant la crise de 2022 : quand il y a un problème sur le nucléaire, ce n'est évidemment pas idéal de dépendre d'une seule technologie. Avoir de nouveaux acteurs et une réelle compétition est bénéfique.
Manque de concurrence effective sur les territoires des ELD
Le médiateur national de l'énergie a signalé, à maintes reprises et depuis plusieurs années, ce défaut de concurrence dans ces zones géographiques qui pénalisent les consommateurs résidentiels. Comme en 2024, quelques zones bénéficient de la présence de fournisseurs alternatifs, tels que EKWATEUR et plus récemment OHM ENERGIE, mais cela reste largement insuffisant. Le médiateur national de l'énergie espère que le groupe de travail sous l'égide de la Commission de régulation de l'énergie, mis en place en mai 2020 pour rendre ces zones plus facilement accessibles aux fournisseurs alternatifs, permettra de faire évoluer la situation vers davantage de concurrence dans les territoires des ELD
Extrait du rapport d'activité 2025 du médiateur national de l'énergie (juin 2026)
Quelle est plus généralement votre philosophie sur le marché de la fourniture d'énergie ?
Notre mot d'ordre est de réconcilier économie et écologie, c'est-à-dire de ne pas opposer la transition énergétique et le prix. Le pouvoir d'achat constitue le point d'entrée pour les clients.
Nos solutions ne se limitent pour autant pas à une réduction des tarifs. Nous nous différencions par la recherche d'innovations avec par exemple l'installation gratuite de thermostats intelligents connectés permettant un pilotage du chauffage, le déclenchement de son chauffe-eau pendant les heures de la « cloche solaire » lorsque les prix sont très bas, l'installation de panneaux solaires et de pompes à chaleur avec un investissement rapidement rentabilisé…
Les offres à tarification dynamique font-elles partie de ces innovations ?
Nous sommes en réflexion à ce sujet, ces offres ont leur intérêt mais n'ont pas encore trouvé leur public en France. Des fournisseurs s'y essaient, d'autres ont déjà essayé dans le passé.
Il faut trouver une offre avec un bon équilibre entre envoyer un réel signal prix, c'est-à-dire qui indique au client quand les prix sont attractifs, et éviter le caractère anxiogène d'être complètement soumis aux variations des prix de marché, face à de possibles nouvelles crises.
Ces offres sont aujourd'hui plus attrayantes au vu des très fortes variations sur le marché avec des périodes de prix négatifs ou nuls. Le prix payé par le client n'est toutefois pas nul, puisqu'il faut toujours payer les tarifs de réseaux et les taxes. Il faut donc trouver le moyen d'encadrer les futures offres, y ajouter des moyens de pilotage de la consommation pour les clients. Ce sera l'objet de futures annonces, plutôt à la rentrée…
Quel impact a la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient pour un fournisseur comme Ohm ?
Cette crise est beaucoup plus mesurée que celle de 2022-2023, puisque les impacts sur l'électricité ont été faibles. En 2022, l'impact sur l'électricité n'était pour rappel pas lié aux prix du gaz mais à la situation du parc nucléaire français.
La guerre au Moyen-Orient a entraîné une augmentation des prix du gaz, dont acte. Mais nous n'avons pas une promesse de prix dans l'absolu, notre engagement est d'être plus compétitif que les autres. Les prix de gros s'imposent à tous de la même manière, encore plus pour le gaz. Ce qui compte in fine pour nous est d'être moins chers sur la partie fourniture d'énergie, c'est-à-dire sur ce qui se passe entre le prix de gros et le prix de détail. Et nous restons parmi les fournisseurs les plus compétitifs pour le gaz.
Parmi les conséquences de cette crise figure le souhait gouvernemental d'accélérer l'électrification.
C'est un peu triste qu'il faille une crise comme celle-ci pour relancer ce sujet, mais cela permet d'accélérer aujourd'hui la transition énergétique. Les annonces sur les pompes à chaleur sont positives. Je regrette en revanche que le solaire soit toujours le parent pauvre de ce plan d'électrification, en particulier le solaire en autoconsommation.
Nous ne rencontrons pas de problème avec le parc nucléaire actuellement, mais que s'est-il passé en 2022 ? Est-ce qu'il peut y avoir à nouveau un problème générique sur le parc dans les dix ans à venir ? Bien sûr, le parc vieillit. Si vous pensez qu'il y a une machine, quelle qu'elle soit au monde, qui marche mieux quand elle vieillit, c'est faux. Et quelle est la seule possibilité ? Ce n'est pas l'EPR mais le solaire, il y a un manque de réalisme face à ce risque-là.
Il ne faut pas décourager les consommateurs d'installer des panneaux solaires, comme le font malheureusement toutes les mesures qui ont été prises au cours des 12 derniers mois. Nous devons avoir conscience que le système électrique est très fragile à l'heure actuelle.
Il est question de stimuler davantage la demande électrique par une baisse de la fiscalité. Qu'en pensez-vous ?
Cela fait partie des mesures allant dans le bon sens. On se rend compte que le nucléaire et les ENR sont un vecteur à la fois favorable pour l'environnement, mais aussi pour l'indépendance énergétique. C'est là-dessus que la crise actuelle met l'accent.
On ne peut être que favorable à une fiscalité qui récompense ou qui pénalise moins l'électricité. Reste à trouver le moyen de financer cette baisse.
Au détriment du gaz par conséquent ?
La transition énergétique implique des évolutions dans la durée, non pas en mois, mais en années, en décades. Nous nous dirigeons vers une diminution du fioul, du gaz, au profit de l'électrification d'une manière ou d'une autre.
La flexibilité de la demande est un autre sujet dont il est peu question et qu'il faut évidemment encourager. Nous y travaillons, comme sur les stockages qui vont permettre d'absorber plus d'électricité d'origine renouvelable et d'arrêter ce mauvais procès sur « l'intermittence » des EnR.
D'autant plus à l'heure où des projets solaires avec batteries sont annoncés en dessous des 70 euros par MWh. Soit, n'en déplaise aux promoteurs des EPR, 50 % moins cher, si ça marchait, et dans un temps qui est beaucoup plus adapté. Pas dans 10 ans, en quelques mois, en 18 mois en tout cas.
La CRE va présenter mi-juin le bilan de ses mesures qui visent à renforcer l'information et la protection des consommateurs. Comment voyez-vous cette action ?
Tout ce qui contribue à la bonne information du consommateur est positif. Nous avons eu la confirmation de notre conformité complète sur l'ensemble des mesures de la CRE. Est-ce que c'était la catastrophe avant ? Je ne le crois pas non plus. Nous sommes un secteur qui est très réglementé, mais toute action qui vise à plus de transparence va dans le bon sens.