Un impact limité de près de 45 livres en Grande-Bretagne
Cette mesure est la première annoncée le 21 juillet dernier par le Premier ministre, Andy Burnham, après son entrée en fonction. « J’ai dit que je voulais donner aux gens un peu de répit, et c’est ce que j’annonce à mon deuxième jour comme Premier ministre », avait alors justifié le responsable(4).
Mais cette mesure est temporaire : elle doit s’appliquer durant 6 mois, soit du 1er octobre 2026 au 31 mars 2027, afin d’aider les ménages à limiter le montant de leurs factures durant la période de chauffe « lorsque la consommation d’énergie est la plus élevée »(5).
Pour Christophe Jost, coordinateur des politiques énergétiques chez Climate Action Network Europe (CAN Europe), la suppression temporaire de la TVA sur l’électricité peut certes « apporter un soulagement immédiat aux ménages confrontés à des factures élevées, et va dans le sens d’un rééquilibrage nécessaire entre l’électricité et les combustibles fossiles » mais l’effet sur la consommation d’électricité devrait être « limité » et celui sur les prix devrait également « être assez faible », de l’ordre de 45 livres sur la période (soit un peu plus de 52 €) selon les estimations du gouvernement. Et ladite mesure devrait coûter environ 850 millions de livres (soit environ 1 milliard d’euros) aux finances britanniques. Elle est censée être financée par l’abandon du projet de carte d’identité numérique.
De fait, « une mesure générale comme celle-ci bénéficie surtout aux ménages qui consomment déjà beaucoup d’électricité et ne cible pas en priorité ceux qui ont le plus besoin d’aide », note Christophe Jost. « L’enjeu est de faire de cette baisse temporaire un élément d’une réforme plus structurelle de la fiscalité énergétique. Le signal-prix doit durablement favoriser l’électricité renouvelable et l’efficacité énergétique plutôt que les combustibles fossiles, sans pour autant encourager une consommation excessive d’électricité ».
D’autres exemples en Europe
Au niveau de l’Union européenne, les taxes et prélèvements représentent en moyenne « près de 29 % de la facture d’électricité des ménages, dont environ 15 % pour la TVA, cette part allant de 4,8 % à Malte à 21,3 % en Hongrie » selon les données d’Eurostat(6), rappelle Christophe Jost. « Une baisse temporaire de la TVA peut donc apporter un soutien immédiat, mais une réforme structurelle doit également s’attaquer aux autres taxes et prélèvements qui pèsent sur l’électricité », souligne-t-il.
Outre la mesure de la Grande-Bretagne, d’autres pays appliquent d’ores et déjà un taux (très) réduit de TVA sur l’électricité, « mais il s’agit souvent de réformes temporaires sans différencier les vecteurs d’énergie : l’Irlande par exemple a abaissé la TVA de 13,5 % à 9 % sur l’électricité et le gaz et a prolongé cette mesure jusqu’en 2030 », indique Christophe Jost (comme l’avait fait l’Espagne de façon temporaire début 2026). Ces baisses de TVA « ne sont généralement pas financées et constituent une perte de recettes pour le budget public, que l’État doit absorber ou compenser ».
En Belgique, le taux de TVA sur la consommation de gaz et d’électricité a été abaissé à 6 % (au lieu de 21 % pour le taux normal) de façon définitive depuis 2023, après une expérimentation durant la crise des prix de l’énergie en 2022(7). Fait notable : cette baisse « s’est accompagnée d’une réforme des accises sur l’énergie : l’objectif étant de remplacer progressivement une partie de la perte de recettes de TVA par des accises, avec une différenciation entre électricité et gaz. Dans ce cas, cette réforme pourrait même générer des recettes nettes d’ici 2029 », souligne Christophe Jost.
En juillet 2026, la Commission européenne a proposé « une réforme ciblée, en établissant le principe selon lequel l’électricité ne devrait pas être taxée davantage que le gaz »(8). La proposition est actuellement discutée par les États membres et le sera bientôt par le Parlement européen.
Une mesure similaire envisageable en France ?
En France, la TVA sur l’abonnement d’électricité a au contraire augmenté de 5,5 % à 20 % en août 2025 (pour appliquer un taux unique sur toute la facture(9), conforme aux règles de l’Union européenne). Des partis politiques appellent désormais à faire passer en France cette TVA de 20 % à 5,5 % sur l’ensemble de la facture d’électricité et de gaz (abonnement et kWh consommés). L’objectif affiché étant de redonner du pouvoir d’achat aux ménages en considérant l’énergie comme un « bien de première nécessité ».
Pour Christophe Jost, « ramener la TVA sur l’électricité de 20 % à 5,5 % réduirait directement les factures des ménages et pourrait donc apporter un soutien immédiat au pouvoir d’achat ». Mais il souligne que, dans l’optique d’accélérer l’électrification, « le levier à activer en priorité devrait être l’accise : celle-ci permet de corriger directement le différentiel de fiscalité entre l’électricité et les combustibles fossiles, en taxant moins fortement l’électricité que le gaz ».
Par ailleurs, une baisse générale de la TVA bénéficie à l’ensemble de la consommation électrique, en particulier aux consommations élevées, et « affaiblit donc davantage le signal en faveur de l’efficacité et de la sobriété énergétique » tandis qu’une accise peut davantage maintenir un signal-prix sur les consommations excessives. La réduction de la fiscalité sur l’électricité « doit aller de pair avec une baisse des consommations d’énergie grâce à l’efficacité et la sobriété, plutôt qu’avec une baisse indiscriminée du prix de chaque kWh », résume Christophe Jost.
Sources / Notes
- Cette évolution coïncide avec la révision trimestrielle du plafond des prix de l’énergie de l’Ofgem (autorité de l’énergie au Royaume-Uni) ;
- Sont également inclus les associations à but non lucratif et les « petits » consommateurs non résidentiels ;
- Communiqué du Premier ministre britannique du 21 juillet 2026 ;
- Communiqué du Premier ministre britannique du 21 juillet 2026 ;
- HM Revenue & Customs, Temporary zero rate of VAT in Great Britain for domestic electricity, 8 septembre 2026 ;
- Statistiques sur les prix de l’électricité dans l’UE, Eurostat ;
- Détails sur le système de la Belgique ;
- D’après la Commission, cette proposition est compatible avec le texte de la directive sur la taxation de l’énergie (ETD), qui fixe des minima européens. « Le problème est que ce cadre, adopté en 2003, est largement obsolète et n’est plus adapté aux objectifs climatiques actuels : les taux minimaux ne reflètent ni le contenu énergétique ni les émissions de CO2 des différents combustibles et certaines exonérations continuent de favoriser les combustibles fossiles. Une réforme proposée en 2021 visait à taxer les énergies en fonction de leur contenu énergétique et de leur performance environnementale, mais elle n’a toujours pas abouti au Conseil, où les décisions sur les sujets fiscaux doivent être prises à l’unanimité des États membres », selon Christophe Jost ;
- Part fixe de l’abonnement et part variable liée à la consommation.