La vision de…
Gérard Mestrallet

Président du conseil d’administration d’Engie

Ancien Président-directeur général de Suez (2001-2008) et d’Engie (2008-2016)

Le monde connaît de nos jours des bouleversements, des évolutions profondes et rapides, entraînant des répercussions sur la plupart des secteurs économiques. Ces mouvements aujourd’hui à l’œuvre font partie de tendances majeures qui vont s’accélérer dans les 30 prochaines années et qui, combinées entre elles, vont transformer le monde à une vitesse sans précédent, avec :

  • de fortes évolutions démographiques, associant notamment un vieillissement de la population et une urbanisation croissante ;
  • des bouleversements technologiques : le développement rapide de l’internet des objets combiné au big data et demain à l’intelligence artificielle ouvrent des perspectives d’évolution radicale sur la manière d’offrir des services individuels au grand public : ceux-ci seront demain intégrés et imaginés dès la conception des objets et ils seront évolutifs ;
  • ces évolutions technologiques rapides changeront également la façon dont se construiront les bâtiments et dont se consommera l’énergie ;
  • une importance grandissante des régions, des villes vis-à-vis des États avec une décentralisation des centres de décisions combinée à un accès aux nouvelles technologies au maillage local ;
  • enfin, la prise de conscience croissante des effets du changement climatique et des impacts importants en termes de santé publique des émissions de polluants viendra renforcer l’urgente nécessité de développer massivement les énergies renouvelables, la sobriété énergétique et la décentralisation des modes de production.

Le monde dans lequel nous vivrons se devra donc d’être plus décarboné, digitalisé et décentralisé.

L’impact de ces ruptures sera particulièrement fort dans le secteur de l’énergie. Dans ce contexte d’exigence climatique renforcée, de décentralisation accrue, de diminution des coûts, d’automatisation, de développement rapide du big data, de l’internet des objets, comment peut évoluer la stratégie des énergéticiens à horizon 2050 et particulièrement celle d’Engie ?

Engie a su s’adapter et à l’ambition de devenir le leader de la transition énergétique dans le monde et sa stratégie de développement repose sur trois piliers fondamentaux :

  • la production électrique bas carbone, centralisée et décentralisée, à partir d’hydroélectricité, de renouvelables ou de gaz. Un secteur dans lequel notre groupe excelle ;
  • les infrastructures globales et le GNL, pour lesquels nous avons un savoir-faire incomparable et qui traduit notre volonté de poursuivre le développement du gaz naturel ;
  • les solutions clients BtoB, BtoC, BtoT, que nous continuons de développer en Europe et à l’international en nous appuyant sur des innovations digitales et des services associés.

De manière générale, et en conclusion, je tiens à souligner deux éléments importants qui façonneront le paysage énergétique à l’horizon 2050 :

  • premièrement, les prévisions du Congrès mondial de l’énergie comme celles de l’AIE qui donnent en croissance le gaz, gazeux ou liquéfié, dans les 30 à 40 prochaines années, quel que soit le scénario. Le gaz va se verdir de plus en plus et occupera une place forte dans le mix énergétique, aux côtés des renouvelables. Autrement dit, le gaz n’est pas une énergie de transition mais un allié durable de la transition énergétique mondiale ;
  • deuxièmement, l’innovation et le digital constituent un moteur indispensable pour appréhender les changements de paradigmes du monde énergétique de demain. Mais ne perdons pas de vue la finalité de tout cela, la raison d’être des évolutions stratégiques et des changements qu’elles entraîneront : le client final.

Les énergéticiens comme Engie devront toujours avoir à cœur d’apporter un service fiable, responsable et continu, et ce, au plus grand nombre à travers la planète car l’autre défi de taille auquel nous devons faire face se résume en un chiffre : 2 milliards de personnes ne disposent pas aujourd’hui d’une énergie suffisante…

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