La vision de…
Philippe Knoche

Directeur général d'Areva

D’ici 2050, le marché de l’énergie au niveau mondial va être confronté à un grand écart. D’une part, la demande en électricité va bondir dans les décennies à venir. Du fait de l’urbanisation, de l’augmentation du niveau de vie, des nouveaux usages (voitures électriques, digital,…), les besoins en électricité vont quasiment doubler. D’autre part, pour respecter les objectifs fixés par la COP21 et lutter efficacement contre le dérèglement climatique, il faudra diviser par deux la production de gaz à effet de serre.

Multiplier par deux d’un côté, diviser par deux de l’autre, c’est un effet ciseaux majeur. Si on ajoute l’arrivée sur le marché de nouvelles sources d’énergie (gaz et pétrole de schiste, énergies renouvelables), mais également des contraintes économiques fortes (marché de l’électricité à des prix très bas, absence d’incitation pour les investissements à long terme sur de nouveaux moyens de production, prix de la tonne de CO2 très bas ne favorisant pas les technologies faiblement émettrices), c’est un véritable big bang énergétique auquel nous sommes actuellement confrontés.

Dans ce nouvel environnement bouleversé, il est nécessaire de s’extraire du très court terme afin de se projeter, l’énergie étant par essence une activité de long terme.

Nucléaire et renouvelables et non pas nucléaire ou renouvelables

Quel est l’enjeu environnemental prioritaire au niveau mondial ? Le consensus existe, c’est le dérèglement climatique. Si on veut atteindre l’objectif fixé au niveau mondial de contenir l’augmentation de la température moyenne à moins de 2°C, il ne faut pas opposer les sources d’énergies bas carbone mais au contraire les développer conjointement : développer le nucléaire et les renouvelables.

En France, c’est déjà le cas et notre pays fait partie des six pays dans le monde qui ont déjà atteint l’objectif d’au moins 80% d’électricité décarbonée. Les émissions de CO2 liés à la production d’électricité dans notre pays sont très faibles : 50 g de CO2/kWh contre 415 g de CO2/kWh en Allemagne. Il faut avoir également conscience que, grâce à son mix énergétique, la France est reconnue comme n°1 mondial pour la qualité, la disponibilité et l’accès de son électricité(1).

Le futur mix pour la production d’électricité ne peut pas être « fossiles et renouvelables ». Pour lutter efficacement contre le dérèglement climatique, la complémentarité « nucléaire et renouvelables » est indispensable. Même avec une part croissante d’énergies renouvelables intermittentes, on a et on aura besoin du nucléaire pour couvrir les besoins de production d’électricité en base. Il n’y a pas actuellement de rupture technologique qui permette le stockage de l’électricité à grande échelle et, sauf changement de paradigme, nous avons besoin d’électricité en continu.

Écologie et économie et non pas écologie ou économie

Un des maux régulièrement reproché à l’économie de notre pays ? Sa désindustrialisation puisque l’industrie ne représente plus que 12% du PIB du pays. Dans ce contexte, pourquoi ne pas « mettre le paquet » sur l’énergie en additionnant les forces. Les énergies renouvelables ont un fort potentiel de développement en termes d’emplois. Fort bien, mettons en place les moyens pour localiser les usines et les emplois en France dans ces filières tout en gardant la filière nucléaire française, qui est la 3e filière industrielle après l’automobile et l’aéronautique. Une filière de 220 000 emplois directs et indirects, non délocalisables, répartis dans 2 500 entreprises. Une filière d’excellence avec des emplois deux fois plus qualifiés que la moyenne de l’industrie française, qui offre des perspectives d’embauches et qui contribue positivement à la balance commerciale (6 milliards d’euros par an). Une filière qui permet de produire une électricité compétitive, un ménage français payant son électricité 70% moins cher qu’un ménage allemand. En développant les renouvelables tout en maintenant une filière nucléaire forte, cela sera « écologie et économie ».

France et international et non pas France ou international

Le nucléaire français est une référence dans le monde car il a su développer dans notre pays une industrie sur l’ensemble du cycle, allant de la fabrication du combustible au démantèlement en passant par le recyclage mais également conquérir des marchés à l’international. Les PME de la filière exportent 5 à 10 fois plus que la moyenne de l’industrie française, notamment vers la Chine.

Le nouvel Areva est le symbole de cette dualité : un ancrage industriel fort en France avec des plateformes industrielles importantes (La Hague, Tricastin) mais également des positions fortes à l’international (top 3 mondial pour ses principales activités : mines, chimie-enrichissement, recyclage ; plus de 60% de son chiffre d’affaires réalisé à l’étranger) afin de répondre aux besoins de ses clients.

D’ici le milieu du siècle, les capacités nucléaires dans le monde doivent augmenter de 50%, le stock de combustible usé de 70% et près de 150 réacteurs seront à démanteler. New Areva dispose des technologies et compétences pour fournir les combustibles, les recycler, gérer de manière sûre les déchets et participer au démantèlement des installations nucléaires aussi bien en France qu’à l’international.

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Sources / Notes
  1. Étude Eurostat.