L'équivalent de la consommation électrique de 85 000 personnes

Implantée sur l'ancienne zone aéronautique de la BA 110 de Creil, la centrale photovoltaïque de Photosol (détenue par le groupe Rubis depuis 2022) est constituée de 331 830 panneaux solaires, d'une puissance crête cumulée de 202 MWc. À l'origine du projet, il était même prévu de déployer 547 000 panneaux solaires à couches minces sur ce site. « Le nombre de panneaux a été réduit grâce à l'évolution de la technologie des modules, avec le passage à des modules bifaciaux de plus forte puissance unitaire, permettant d'atteindre les performances attendues avec moins de panneaux », soulignent Guillaume Thrierr et Hamza El Hassnaoui, respectivement directeur financier et responsable construction de Rubis Photosol.

La puissance installée totale de l'installation a été légèrement réduite (246 MWc prévus à l'origine) « afin d'exclure du projet les zones présentant les enjeux environnementaux les plus sensibles, conformément aux conclusions des études et aux échanges avec les autorités ».

Selon Photosol, la centrale pourrait produire en moyenne 202 GWh par an (ce qui impliquerait un facteur de charge de 11,4 %), soit de quoi satisfaire la consommation annuelle d'électricité de 85 000 personnes.

Cette centrale a été mise en service par tranches depuis près d'un an et demi : « Creil 1 » (d'une puissance de 11,34 MWc) en février 2025, « Creil 2 » (36,11 MWc) en avril 2025, « Creil 3 » (27,72 MWc) en mai 2025, et enfin « Creil 5 » (25,32 MWc), Creil « 6.1 » (51,32 MWc) et « Creil 6.2 » (50,33 MWc) en avril 2025. Précisons que la tranche « Creil 4 » a été « retirée du projet afin de préserver une zone identifiée comme présentant des enjeux environnementaux, notamment liés à la présence d'espèces protégées ».

Rangées de panneaux solaires de la centrale photovoltaïque de Creil
© Franck Dunouau

Un projet phare du plan national « Place au Soleil »

La centrale géante de Creil est la plus grande réalisation du plan national « Place au Soleil », lancé en 2018 par le ministère des Armées. Celui-ci vise à mobiliser jusqu'à 2 000 hectares de foncier militaire inutilisé afin d'accélérer le développement de l'énergie solaire en France. À ce jour, 32 sites ont été retenus dans le cadre de ce plan, dont l'installation de Creil ou la centrale d'Amilly (Loiret, 10 MWc) inaugurée en septembre 2025.

À Creil, le projet s'étend sur environ 250 hectares de surface exploitable, dont 147 hectares dédiés à l'installation photovoltaïque et 100 hectares « maintenus en prairie naturelle pour conserver la faune et la flore ». L'installation solaire est située au nord de l'ancienne BA 110 (le site a perdu le statut de base aérienne en 2024 et constitue désormais le Pôle Interarmées de Creil-Senlis), au niveau de l'ancienne zone aéronautique qui est désaffectée depuis l'arrêt des activités aériennes.

« Marquée par une pollution pyrotechnique héritée notamment des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, cette zone ne peut, en l'état, accueillir ni activités économiques classiques ni projets urbains », souligne Photosol. La reconversion de ce terrain militaire s'est d'ailleurs « accompagnée d'un important travail de sécurisation et de dépollution des zones destinées à accueillir les panneaux solaires », précise l'exploitant.

La centrale photovoltaïque de Creil déployée sur l'ancienne zone aéronautique de la BA 110
© Franck Dunouau

Plus de 3 millions d'euros grâce au financement participatif

L'installation déployée sur la base aérienne 110 a fait l'objet d'un investissement total de 150 millions d'euros, dont 130 millions d'euros ont été levés auprès de six banques françaises, parmi lesquelles la Caisse d'Épargne CEPAC et Bpifrance. Deux campagnes de financement participatif fin 2024 et début 2025 ont par ailleurs permis d'associer au projet plus de 400 investisseurs particuliers habitant dans l'Oise ou dans les départements limitrophes (pour un montant cumulé d'un peu plus de 3 millions d'euros).

Photosol souligne par ailleurs avoir « privilégié des équipements européens et une chaîne d'approvisionnement responsable », avec plus des trois quarts des investissements du projet consacrés à des matériaux et entreprises européens (dont plus de la moitié à des acteurs français).

Précisons toutefois que les modules photovoltaïques ont été fournis par le groupe chinois JinkoSolar, alors que le fournisseur américain First Solar était envisagé au début du projet. « Le changement de fournisseur de modules résulte de l'évolution des choix techniques opérés au cours du développement du projet, afin de retenir la solution la plus adaptée aux objectifs de performance et de réalisation », indiquent Guillaume Thrierr et Hamza El Hassnaoui.

Panneaux photovoltaïques de la centrale de Creil
© Rubis Photosol

Un tarif de revente « autour de 8 centimes du kWh pendant 20 ans »

Bien que ces modules photovoltaïques « constituent l'élément le plus identifiable du projet », leur coût ne représente in fine que 8 % du prix de revente de l'électricité sur la durée de vie du projet, soulignent les porteurs du projet. La centrale bénéficie d'un tarif de revente « autour de 8 centimes du kWh pendant 20 ans », conformément à l'appel d'offres de la CRE (Commission de régulation de l'énergie) remporté par Photosol en 2024.

Guillaume Thrierr et Hamza El Hassnaoui soulignent que leur société a notamment « remporté le droit de réaliser le projet sur ce terrain militaire à la suite de l'appel d'offres Place au Soleil, car Rubis Photosol présentait le meilleur dossier et proposait le loyer versé au Ministère des Armées le plus compétitif » (13 % du prix de revente, soit le deuxième poste après le coût de la dette bancaire auprès des banques françaises qui s'élève à 17 %).

Décomposition du prix de revente de la centrale photovoltaïque de Creil

🇫🇷 Les postes affichés en bleu (qui représentent 80 % du prix de revente) bénéficient à l'économie française selon Rubis Photosol.

Source : Rubis Photosol.

La centrale solaire de Creil pourrait permettre d'éviter l'émission de 13 000 tonnes de CO2 par an, selon Rubis Photosol. La fin de son exploitation est prévue en novembre 2052.