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Pour le réseau électrique aussi, l’hiver est loin d’être fini

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Réseau électrique

En France, chaque degré de température en moins en hiver engendre selon RTE un appel de puissance supplémentaire sur le réseau électrique de 2 400 MW. (©EDF-Vencavolrab)

La semaine dernière, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité français RTE a annoncé avoir dû gérer l'une des deux vagues de froid les plus délicates depuis 2000. État des lieux.

Les conséquences de la dernière vague de froid

Entre le 16 et le 25 janvier, les températures ont été jusqu'à 6°C inférieures aux normales saisonnières. Dans un pays très thermosensible comme la France, l'effet s'est fait immédiatement sentir sur le réseau électrique avec des appels de puissance à l'échelle nationale dépassant 93 000 MW à plusieurs reprises (jusqu’à 93 862 MW vendredi 20 janvier à 9h15).

Dans le même temps, les capacités mobilisables du parc de production étaient réduites à 90 000 MW en moyenne en raison de la non-disponibilité de 5 à 6 réacteurs nucléaires (à l’arrêt pour maintenance). Pour rappel, le parc nucléaire compte en moyenne pour près des trois quarts de la production électrique française.

Les 18 et 19 janvier derniers, cette contribution du nucléaire s’est « limitée » à 66% du mix national tandis que les énergies renouvelables ont couvert jusqu’à 17% de la consommation électrique française selon RTE. Précisons que c’est le parc hydraulique qui fournit encore la très grande majorité de cette production renouvelable (de l’ordre de 10% à 12%).

Les importations d’électricité : « on n’a jamais autant adoré nos voisins »

Alors que la France est un exportateur net majeur d'électricité en Europe, elle a bénéficié des interconnexions pour importer de l'électricité lors des pics de consommation (pointes du matin et du soir) mi-janvier, précise RTE. Les capacités d'importation mobilisées ont ainsi atteint 1 352 MW en moyenne depuis l'Espagne, 1 015 MW depuis l'Allemagne et 772 MW depuis l'Allemagne.

Lors du colloque annuel du SER (Syndicat des énergies renouvelables) ce 31 janvier, le Président du Directoire de RTE a d’ailleurs rappelé que cette vague de froid illustre bien que l’Europe de l’électricité est déjà une réalité avec 341 interconnexions, dont 50 à partir de la France. « On n’a jamais autant adoré nos voisins » selon les termes de François Brottes.

RTE précise que les niveaux des importations (avec des capacités mobilisées comprises entre 4 000 et 7 300 MW) restent toutefois « inférieurs à la vague de froid de 2012 durant laquelle plus de 9 200 MW avaient été importés ».  Le gestionnaire de réseau signale aujourd’hui une moindre disponibilité d’électricité à l’étranger, « les pays frontaliers étant également touchés par la vague de froid » de mi-janvier.

Les autres parades du gestionnaire de réseau

Outre les importations, RTE a eu recours au dispositif d’effacement des consommations qui a permis de réduire l'appel de puissance national jusqu'à 2 200 MW le mercredi 25 janvier, soit l'équivalent des capacités électriques nécessaires à une ville comme Paris intra-muros. « L’ensemble des 13 opérateurs d’effacement(1) ayant contractualisé un appel d’offres avec RTE pour l’année 2017 ont été sollicités », précise le gestionnaire de réseau.

RTE note par ailleurs des efforts de sobriété des consommateurs français. Selon un sondage IFOP commandé par le gestionnaire de réseau, 52% des Français déclarent avoir modifié leurs habitudes afin d’éviter des coupures d’électricité. L’effet réel de ces « éco-gestes » sur la consommation nationale est « en cours d’analyse », une opération qui devrait prendre plusieurs semaines « afin de différencier précisément l’effet de l’évolution de la météo durant la journée (luminosité, température, effet du vent qui impacte le ressenti de température, etc.) de l’effet des éco-gestes », indique RTE.

En cas de vague de froid importante et durable durant le reste de l’hiver, RTE n’exclut pas d’avoir recours graduellement à des mesures exceptionnelles qu'il avait présentées en novembre 2016 : interruption d’alimentation de sites industriels « électro-intensifs », baisse de la tension des réseaux, voire délestages tournants en dernier recours. Selon les données renseignées par les producteurs d’électricité sur un site dédié de RTE(2), il pourrait y avoir jusqu’à 9 réacteurs nucléaires à l’arrêt durant le mois de février.