Des incitations aujourd’hui insuffisantes qui brident l’électrification
L’Alliance Energie-Climat part du constat que le TRVE, encore proposé aujourd’hui aux particuliers et aux très petites entreprises (jusqu’à 10 salariés, chiffre d’affaires maximal de 2 millions d’euros), envoie un signal prix « trop peu différencié » par rapport à l’évolution du système électrique (avec une part croissante d’électricité provenant du photovoltaïque formant une « cloche solaire ») et face à une volatilité très forte du prix spot de l’électricité au cours d’une même journée. Ainsi, les ménages et TPE disposant d’un contrat au TRVE sont actuellement peu incités à déplacer leurs usages flexibles (lave-linge, recharge d’un véhicule électrique, etc.).
Une plus grande flexibilité de la demande présenterait des avantages pour les factures des particuliers, mais aussi des économies « de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros par an » à court terme pour le système électrique (en profitant entre autres des volumes d’électricité renouvelable aujourd’hui écrêtés et perdus ou en réduisant les besoins de renforcement des réseaux). Elle favoriserait in fine l’électrification des usages qui se trouve au cœur de la transition bas carbone française.
À fin mars 2026, plus de 19 millions de sites résidentiels disposaient encore d’un contrat de fourniture d’électricité au TRV (environ 55 % du nombre de sites résidentiels en France), selon le dernier Observatoire des marchés de détail de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Des modifications des options HPHC et Tempo
Les auteurs soulignent s’inspirer des offres de marché actuellement « plus élaborées » que le TRVE, certaines d’entre elles reflétant déjà mieux la réalité du système électrique. Ils appellent, dans le cadre de leur réforme, à supprimer le tarif Base pour les puissances 6 à 15 kVA à partir de 2027 (ce tarif n’est déjà plus proposé aux nouveaux clients et a été supprimé, début 2026, pour les puissances de 18 kVA et plus).
L’Alliance Energie-Climat propose de conserver 2 options du TRVE, modifiées comme suit :
- Une nouvelle option HPHC (heures pleines/heures creuses) contiendrait uniquement 6 heures pleines « de pointe » par jour (au lieu de 16 actuellement) et 18 heures creuses (au lieu de 8 actuellement), avec un plus gros écart de prix entre les heures creuses et pleines qu’à l’heure actuelle. « Les heures de pointe seront trois heures parmi quatre, entre 6h et 10h le matin, et trois heures parmi quatre, entre 18h et 22h le soir », précise l’Alliance Energie-Climat ;
- Une nouvelle option Tempo conserverait le principe des jours rouges (rebaptisés « jours sobriété »), mais introduirait par ailleurs des heures super-creuses (au prix de 6 centimes d’euro aux heures de « cloche solaire », de 10h à 16h ou de 11h à 17h ou encore de midi à 18h, pendant sept mois, par exemple du 1er avril au 31 octobre).
La proposition de réforme du TRVE de l’Alliance Energie-Climat
| Période | Tous les jours | ||
|---|---|---|---|
| Période | Plages horaires* | Prix du kWh | Signal |
| Heures creuses | 9h – 18h 21h – 6h |
16 c€ | Consommez |
| Heures de pointe | 6h – 9h 18h – 21h |
26 c€ | Déplacez si possible |
| Période | Plages horaires* | Du 1er novembre au 31 mars |
22 jours sobriété de novembre à mars |
Du 1er avril au 31 octobre |
Signal |
|---|---|---|---|---|---|
| Heures creuses / pleines | 9h – 18h 21h – 6h |
14 c€ | 24 c€ | 14 c€ | Consommez |
| dont super-creuses | 11h – 17h | — | — | 6 c€ | Consommez |
| Heures de pointe / super-pointes | 6h – 9h 18h – 21h |
24 c€ | 72 c€ | 24 c€ | Déplacez si possible Déplacez sauf essentiel |
* Plages horaires indicatives. Prix suggérés en centimes d’euro par kWh, toutes taxes comprises, hors abonnement. Les « jours sobriété » remplacent les jours rouges du Tempo actuel : fixés entre le 1er novembre et le 31 mars, jamais plus de cinq consécutifs, hors samedis et dimanches.
Connaissance des Énergies | Source : Alliance Energie-Climat (Agir pour le climat, Avenirs énergétiques, Observ’ER), « Réforme de la tarification de l’électricité — plaidoyer pour un tarif réglementé flexible, lisible et universel », septembre 2026.
L’Alliance Energie-Climat simule la situation d’un consommateur Tempo faisant « jouer la flexibilité » qui parviendrait à « déplacer tout excédent de consommation sur les heures super-creuses d’avril à octobre, et sinon sur les heures creuses (ou pleines des jours Sobriété) ». Ce dernier pourrait espérer une baisse de sa facture annuelle de l’ordre de 370 euros dans cet exemple (1 663 € au lieu de 2 033 €). « La grande majorité de ceux qui ne feraient rien pour ajuster leur consommation verront leurs factures inchangées », estiment les associations à l’origine de la proposition.
Une plus grande flexibilité de l’abonnement et un « chèque électricité »
Si les propositions de l’Alliance Energie-Climat portent principalement sur la tarification des kWh, elles évoquent également le sort de l’abonnement, qui constitue la part fixe des factures et dont le prix augmente avec la puissance souscrite. Pour ne pas freiner l’électrification, « on pourrait envisager de renforcer le signal horo-saisonnier du prix du kWh par une différenciation de la puissance souscrite (et donc de l’abonnement), en suivant les mêmes plages horaires, afin de permettre de consommer davantage de puissance en heures creuses qu’en heures pleines ». Concrètement, « un consommateur pourrait par exemple avoir une puissance maximum autorisée de 6 kVA en heure de pointe mais de 9 kVA en heure creuse pour faciliter la recharge des véhicules électriques ».
Le prix de l’abonnement pourrait également constituer un outil de justice sociale : il est évoqué la possibilité de « transformer le chèque énergie en réduction automatique sur l’abonnement à l’électricité (incluant éventuellement une première tranche de kWh), sans démarche active des consommateurs ». Cette mesure, créant de fait un « chèque électricité », permettrait en outre de mettre fin aux situations fréquentes de non-recours au chèque énergie. Et le signal tarifaire sur les kWh consommés resterait « intact pour tous, sans exception sociale qui brouillerait le message ».
L’Alliance Energie-Climat suggère par ailleurs d’ouvrir à nouveau l’accès à son TRVE modifié aux PME (entreprises jusqu’à 249 salariés, avec un chiffre d’affaires jusqu’à 50 millions d’euros), tout en réformant le TURPE (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité) pour tous les consommateurs, afin de refléter là encore l’évolution du système électrique et les besoins de flexibilité.