Risques politiques et géopolitiques : la gouvernance du gaz en Israël

  • Source : Ifri

« L’année 2015 a entériné les tendances défavorables au développement des projets gaziers en Israël », constate Maïté de Boncourt dans cette étude publiée par le Centre Énergie de l’Ifri. Outre les troubles régionaux, la chute des cours du pétrole et la découverte par Eni d’un immense champ gazier au large de l’Egypte (considéré jusqu’ici comme le premier débouché pour le gaz israélien) en juin 2015 ont réduit les perspectives israéliennes.

Des espoirs et des freins

Les pays riverains du bassin de la Méditerranée orientale (Israël, territoires palestiniens, Syrie, Liban et Chypre) ont suscité de fortes attentes dans le secteur gazier ces dernières années. La découverte des champs Tamar (ressources évaluées à 311,3 milliards de m3) en 2009 et Léviathan (620 milliards de m3) en 2010, à plus de 2 000 m de profondeur dans les eaux territoriales israéliennes, ont permis à ce pays de se présenter comme un futur exportateur de gaz, certains observateurs voyant même dans ces projets un outil de paix régional.

A l’heure actuelle, le secteur gazier israélien souffre toutefois encore de l’absence d’une gouvernance claire, coordonnée et stable pour cette ressource. Bien que la fiscalité sur l’exploitation gazière ne soit pas prohibitive, l’ajout d’une taxe sur les exportations en 2012 (en complément de la taxe existante sur les profits) a réduit l’attractivité des champs israéliens pour les investisseurs extérieurs. La société australienne Woodside a notamment abandonné en mai 2014 son projet d’usine de liquéfaction du gaz s'appuyant sur le champ Léviathan.

Ressources de gaz en Méditerranée orientale

Ressources de gaz identifiées en Méditerranée orientale

Des quotas sur les exportations

Outre les modifications d’ordre fiscal, la loi pétrolière de 1952 qui régit le secteur gazier (avec la loi sur l’industrie du gaz naturel de 2002) a été amendée avec l’introduction de quotas pour les exportations : il a été décidé en juin 2013 de limiter les exportations de gaz à 40% de la production totale du pays. Chaque champ dispose d’un quota d’exportation différent mais tous doivent en outre être raccordés au territoire israélien. Cette évolution de la législation traduit la priorité donnée à la sécurité énergétique du pays. En matière d’exportations, il est prévu de privilégier les marchés régionaux alimentés par gazoducs.

Un consortium dirigé par la société américaine Noble Energy (avec Delek Drilling et sa filiale Avner Oil) contrôle actuellement 90% des réserves et de la production de gaz naturel en Israël, cette situation de quasi-monopole posant problème à l’Autorité de la Concurrence. Noble Energy négocie actuellement avec la Jordanie, l’Egypte et les territoires palestiniens pour des contrats de vente du gaz. La Turquie est un autre grand marché régional mais le projet de gazoduc reliant Israël à ce pays est écarté à l’heure actuelle, principalement pour des raisons géopolitiques. La découverte du champ géant de Zohr en Egypte qui pourrait couvrir à lui seul 10 ans des besoins gaziers du pays constitue par ailleurs une menace pour les débouchés prévus du gaz israélien.

Une consommation domestique en forte hausse

Selon la chambre de commerce israélienne, les ressources gazières du pays permettront de réduire de 10% la facture énergétique nationale. Le ministère de l’énergie envisage que la part du gaz dans la production électrique du pays passe de 40% actuellement à 65% en 2020. D’ici à 2040, il est prévu que la consommation nationale de gaz soit presque triplée, principalement afin de satisfaire des besoins électriques. Cette trajectoire pourrait affecter les politiques de développement des énergies renouvelables (qui comptent pour 2% du mix électrique en 2014) qui devraient se recentrer sur le solaire photovoltaïque. Précisons ici qu’Israël s’est engagé, dans le cadre de la COP21, à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 26% d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005

Maïté de Boncourt rappelle dans cette étude que de nombreuses questions restent encore à trancher : tarifs du gaz sur le marché domestique, distribution de la rente gazière, vente d’actifs par le consortium de Noble Energy, contenu local, etc. Le développement du secteur gazier israélien reste ainsi freiné comme en témoignent les retards de mise en production du champ géant Léviathan. 

Lire l'étude  :
Gaz en Méditerranée