Situation énergétique de l’Irak

  • Source : EIA

L’Irak est le 2e producteur de pétrole de l’OPEP derrière l’Arabie saoudite, avec une production de brut avoisinant 4,1 millions de barils par jour (Mb/j) en 2015. Cette production a augmenté de 1,5 Mb/j entre 2011 et 2015 après des années de sanctions et de guerre. En dépit de cette forte hausse de sa production, l’Irak a dans le même temps fortement creusé son déficit budgétaire en 2015 en raison de la chute des cours du pétrole et de la guerre contre l’État Islamique dans le nord du pays.

Dans cette note, l’EIA américaine dresse un état des lieux énergétique de l’Irak, géant pétrolier dont les recettes reposaient à 93% sur les exportations de pétrole brut en 2014 selon le FMI. En 2015, ces recettes pétrolières (hors Kurdistan) ont baissé de 35 milliards de dollars(1) malgré une hausse significative des exportations irakiennes (qui ont atteint 3,3 Mb/j en 2015). Avec des réserves prouvées de 143 milliards de barils de pétrole brut à fin 2015, l’Irak disposerait de 9% des réserves mondiales de pétrole et envisage encore d’augmenter fortement sa production (à hauteur de 9 Mb/j d’ici à 2020, cible qui pourrait être abaissée à 6 Mb/j si les cours du brut restent au niveau actuel). Le pays se trouve aujourd’hui dans une situation instable en raison des tensions avec le Kurdistan et plus encore du conflit avec l’État Islamique.

Les tensions entre Bagdad et le gouvernement régional du Kurdistan(2), région autonome au nord du pays, portent fréquemment sur les ressources pétrolières. Un accord avait été conclu en décembre 2014 sur la production et les exportations de pétrole (ainsi que sur la redistribution de recettes fédérales et un financement des combattants kurdes, les Peshmerga) mais il n’est aujourd’hui plus respecté. Le Kurdistan exporte aujourd’hui du pétrole brut et des condensats directement vers la Turquie par le biais d’un pipeline (via la ville turque de Ceyhan) et par camions, motif de tension avec les autorités nationales. Précisons que près de 85% de la production pétrolière irakienne provient toutefois du sud du pays.

La guerre contre l’État Islamique (EI) se situe également dans le nord de l’Irak. Elle a, d’un point de vue pétrolier, été principalement marquée par l’attaque de la plus grande raffinerie du pays (Baiji qui avait une capacité de 230 000 barils par jour) fin juin 2014 qui a entraîné l’arrêt de son activité commerciale. Daech a eu le contrôle de quelques petits champs pétroliers mais produirait actuellement seulement un faible volume de pétrole à partir du champ de Qayara. La production électrique de la centrale hydroélectrique de Mossoul, située sur le Tigre, a également été fortement affectée par une attaque de l’EI en juin 2014. Les livraisons d’eau et d’électricité du barrage à la ville de Mossoul ont toutefois repris début 2016 malgré les combats se poursuivant dans cette zone.

Outre la résolution du conflit actuel, la forte hausse de production pétrolière envisagée par l’Irak nécessitera l’injection dans les puits de pétroliers de volumes substantiels d’eau ainsi que de gaz naturel (pour en accroître le taux de récupération), dont la plus grande partie est aujourd’hui « torchée » lorsqu’il est extrait aux côtés du pétrole dans des champs associés. La réduction du torchage du gaz(3) est également essentielle en vue d’augmenter la production irakienne d’électricité (à partir de centrales à gaz) qui n’arrive pas à satisfaire la demande intérieure, principalement en été, bien que la situation se soit améliorée ces dernières années(4). Compte tenu des difficultés actuelles de l’Irak, une révision de la tarification de l’électricité semble nécessaire, le montant des subventions dédiées étant estimé à près de 5% du PIB national. 

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Sources / Notes
  1. Par rapport à 2014. En 2015, les exportations de pétrole brut ont rapporté près de 49 milliards de dollars à l'Irak.
  2. Pour des raisons de souveraineté.
  3. En 2014, l'Irak était le 4e pays torchant le plus de gaz dans le monde après la Russie, l'Iran et le Venezuela.
  4. Des coupures d’électricité durant 16h à 22h par jour étaient courantes entre 2003 et 2011.