Sobriété numérique : la vidéo en ligne de mire

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Vidéo et climat

Les émissions de gaz à effet de serre liées aux services de vidéo à la demande comme Netflix équivaudraient à celles d'un pays comme le Chili selon The Shift Project. (©Connaissance des Énergies)

Dans un rapport publié le 11 juillet(1), le think tank français The Shift Project souligne que le développement de la vidéo en ligne est totalement incompatible avec les objectifs de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Explications.

La vidéo, un usage intensif en totale contradiction avec les objectifs énergie-climat

La consommation d’énergie liée aux usages numériques augmente actuellement de près de 9% par an, souligne The Shift Project. Selon le think tank, le secteur serait aujourd'hui responsable de près de 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, « soit davantage que le transport aérien civil ». D’ici à 2025, cette part pourrait atteindre 8%, « soit la part actuelle des émissions des voitures ».

Le trafic de données (en comptabilisant les terminaux, les data centers et les réseaux) compterait pour 55% des consommations énergétiques annuelles du secteur numérique. Et les visionnages de vidéos représenteraient à elles seules 80% de ces flux de données dans le monde en 2018 (« et 80% de l’augmentation de leur volume annuel »).

Consommation energetique par poste
Selon The Shift Project, un Américain possédait en moyenne près de 10 périphériques numériques connectés en 2018 et consommait environ 140 Gigaoctets de données par mois. (©Connaissance des Énergies, d’après The Shift Project)

Selon The Shift Project, les vidéos « en ligne » (accessibles via des plateformes de diffusion comme Netflix sans que les fichiers soient téléchargés « de manière définitive ») auraient généré des émissions dépassant 300 millions de tonnes de CO2 en 2018, « soit autant de gaz à effet de serre que l’Espagne ». La VoD (vidéo à la demande) et les contenus pornographiques seraient respectivement responsables de 7% et 5% des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur numérique.

Une régulation nécessaire pour arbitrer entre les différents usages vidéos

En l’état actuel, « les impacts environnementaux directs et indirects liés aux usages du numérique sont insoutenables et en forte croissance », déplore The Shift Project. Et la « sobriété numérique » que le think tank appelle de ses vœux passe en grande partie par une régulation des usages vidéos. Les « designs addictifs (autoplay, vidéos incrustées, etc.) » sont incompatibles avec cette sobriété puisqu’ils visent précisément à maximiser la consommation de contenus vidéos.

Dans ces conditions, « le volontarisme des usagers ne peut suffire ». Il est certes possible pour un utilisateur sensibilisé à ces questions de sélectionner davantage les contenus qu’il regarde et réduire fortement la résolution des vidéos choisies mais tous les acteurs doivent être inclus dans cette réflexion autour de la sobriété.

Pour The Shift Project, la nécessaire sobriété numérique doit ainsi faire l'objet d'un débat public qui permettrait d’arbitrer les usages jugés précieux d’un point de vue sociétal qu’il conviendrait de privilégier par rapport à d’autres : « ne pas choisir, c’est potentiellement laisser la surconsommation pornographique restreindre mécaniquement le débit disponible pour la télémédecine, ou laisser l’usage de Netflix contraindre l’accès à Wikipédia » (ou à Connaissance des Énergies).

Flux de données numérique
Les flux de données liés à la vidéo sont aujourd’hui quatre fois plus importants dans le monde que ceux liés aux usages hors vidéos du numérique : sites web, mails, stockage de photos, réseaux d’entreprise, etc. (©Connaissance des Énergies, d’après The Shift Project)

Pour inciter chacun d'entre vous à réduire l'impact lié au visionnage de vidéos, The Shift Projet accompagne son rapport de différents supports dont un guide pour réduire le poids d'une vidéo, accessible ici.