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Sortie ou croissance du charbon ? Analyse des marchés en 2017

  • Source : Ifri

Le charbon a connu son « âge d’or » entre 2000 et 2010, période durant laquelle ce combustible a pourvu à lui seul à 45% de la hausse de la demande mondiale d’énergie. En 2017, la consommation mondiale de charbon a augmenté à nouveau(1) (3 790 Mtep, soit 1% de plus qu’en 2016) après deux années de baisse, entraînant les émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie à un niveau record de 32,5 milliards de tonnes en 2017.

Dans cette étude en anglais publiée le 31 mai par le Centre Énergie de l’Ifri, Sylvie Cornot-Gandolphe(2) présente les grandes tendances de marchés et les politiques régionales relatives au charbon dans les principales zones ayant recours à cette énergie : la Chine, l’Inde, les États-Unis, l’Union européenne et des pays asiatiques (Asie du Sud-Est, Japon, Taïwan, Corée du Sud). Les différentes trajectoires y sont décryptées, témoignant d’un monde « toujours divisé sur le rôle du charbon ».

Depuis la COP21 organisée à Paris fin 2015, le charbon fait en effet l’objet de nombreuses critiques et de campagnes de désinvestissements de grande ampleur. Désigné comme « l’ennemi climatique n°1 », ce combustible comptait toutefois encore pour 37% de la production mondiale d’électricité dans le monde en 2016. Il est d’ailleurs rappelé dans cette étude que le parc de centrales à charbon est jeune : près de la moitié des capacités électriques de ce parc ont été construites durant les 12 dernières années(3). Ces centrales pourraient ainsi être encore en service en 2050, en l’absence de politiques accélérant leur fermeture. En outre, de nombreuses nouvelles constructions restent encore en projet ou à l’étude, notamment en Asie du Sud-Est.

En Chine, pays qui compte ces dernières années pour près de la moitié de la production et de la consommation de charbon au niveau mondial, la consommation est repartie à la hausse en 2017 mais elle « ne remet pas en question les tendances fondamentales du marché » d'une baisse selon Sylvie Cornot-Gandolphe, le pic de la demande ayant été atteint en 2013. La part du charbon dans la consommation chinoise d’énergie devrait continuer à baisser, à hauteur de 58% en 2020, contre 60,4% en 2017 et 67,4% en 2013.

Aux États-Unis, 3e marché mondial du charbon (après la Chine et l’Inde), la production de charbon a augmenté sensiblement en 2017 (+ 6,2%), après une très forte chute au cours des deux années précédentes. Cette évolution est liée avant tout à la forte hausse de la demande asiatique et européenne et non aux mesures de l’administration pro-charbon de Donald Trump. Cette dernière pourra uniquement « retarder la décarbonation du mix américain », juge Sylvie Cornot-Gandolphe, rappelant que le marché joue en faveur du gaz de schiste et des énergies renouvelables.

Au sein de l’Union européenne, le charbon compte encore pour plus de 30% de la production électrique de 6 pays (Allemagne, Bulgarie, Grèce, Pologne, République tchèque, Slovénie). Au Royaume-Uni, cette part du charbon a chuté à hauteur de 7% en 2017, contre près de 40% en 2012, notamment en raison du prix plancher du carbone dont doivent s’acquitter les électriciens (18 £/t CO2)(4). Le pays s’est engagé à « sortir du charbon » d’ici à octobre 2025.

Dix autres pays partagent cette ambition de fermer leurs dernières centrales électriques au charbon, dont la France d'ici à 2022 (Plan Climat). L’Allemagne doit pour sa part préciser début 2019 l’échéance à laquelle elle fermera ces centrales, sachant que le charbon comptait encore pour 37% de son mix électrique en 2017. Le pays est confronté au « problème épineux » de vouloir réduire en même temps la production électrique à partir du nucléaire et du charbon, une problématique partagée en Asie par la Corée du sud.

Signalons enfin la trajectoire très différente des mix électriques en Asie du Sud-Est, où le gaz naturel perd des parts de marché au profit du charbon, très peu coûteux et disponible en grandes quantités dans la région (Indonésie).

Nouvelles centrales au charbon dans le monde

Les mises en service de centrales à charbon ont connu un pic en 2015, les nouvelles constructions étant encore en grande majorité situées en Chine et en Inde. (©Connaissance des Énergies, d’après global Coal Plant Tracker)

Lire l'étude :
Sortie ou croissance du charbon ? Analyse des marchés en 2017
Sources / Notes
  1. Le niveau de la demande mondiale de charbon reste inférieur au pic de 2014 (3 927 Mtep).
  2. Consultante indépendante sur l’énergie et les matières premières, Sylvie Cornot-Gandolphe est entre autres chercheuse associée à l’Ifri depuis 2012.
  3. En particulier en Chine et en Inde.
  4. Au niveau européen, un prix de 20 à 25 €/ t CO2 serait en moyenne nécessaire pour que le gaz soit plus compétitif que le charbon à des fins de production électrique (pour des centrales « modernes », aves les prix moyens des combustibles en 2017).