Nous avons interrogé Willy Thao, responsable France de Frank Énergie.
Frank Énergie s'est développé aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne avant d'arriver en France. Pourquoi avoir privilégié ces marchés ?
Frank Énergie est une entreprise néerlandaise fondée en 2020 par Thomas Hulshof qui a travaillé pendant près de 20 ans chez Eneco, qui est un peu l'équivalent d'EDF aux Pays-Bas. Dès son lancement, le concept du fournisseur était de proposer des contrats à tarification dynamique pour les démocratiser auprès du grand public. Nous avons par la suite également développé des services intelligents qui permettent d'accompagner les consommateurs à piloter leurs appareils électriques. Nous ne voulons pas que les consommateurs doivent rester sur leurs téléphones, à suivre les prix de marché toutes les 15 minutes.
La Belgique était la suite logique du lancement aux Pays-Bas, par simplicité linguistique dans la partie flamande. En Espagne, le contrat de base est à tarification dynamique. Et pour le lancement en France, c'est vraiment une opportunité pour profiter des prix négatifs… Et aussi d'être les premiers à avancer sur ce type d'offres sur le marché français.
Sobry est l'autre nouveau fournisseur proposant en France des offres de tarification dynamique « pures ». En quoi vous distinguez-vous ?
Nous proposons non seulement une tarification dynamique mais aussi le pilotage d'équipements et de la réinjection de la production solaire sur le réseau. Sobry ne propose pas encore ces services intelligents à l'heure actuelle.
Le médiateur met en garde contre les offres de tarification dynamique « pure », qu'il juge « clairement réservées aux consommateurs très avertis et ayant la capacité d'ajuster leur consommation d'électricité rapidement et souvent en fonction des prix ». Que répondez-vous à cette mise en garde ?
La tarification dynamique dans les bâtiments résidentiels facilite la gestion des réseaux et constitue un outil de flexibilité. Nous voulons que les consommateurs deviennent des acteurs du réseau et de la transition. Mais la tarification dynamique ne s'adresse en effet pas à tous les foyers et nos offres sont vraiment dédiées aux personnes qui sauront anticiper leurs consommations et bénéficier des opportunités sur le marché EPEX Spot, avec notamment l'augmentation des prix négatifs.
Source : RTE, bilan électrique 2025 (données EPEX, Nord Pool).
Le prix spot horaire a été négatif pendant 513 heures en 2025, contre 352 heures en 2024, selon RTE.
Il y a toujours deux pics, le pic du matin et le pic du soir, et il faut que nos clients soient équipés pour pouvoir décaler leurs usages pendant ces pics. Aujourd'hui, nous sommes amenés à piloter des pompes à chaleur, des bornes de recharge de voitures électriques, mais aussi des batteries depuis cette année et très prochainement, des piscines qui constituent un poste important de consommation électrique pour certains de nos clients.
Pour vos clients, vous répercutez donc intégralement les prix de marché (auxquels s'ajoutent les tarifs de réseaux et taxes), notamment en période de prix négatifs ?
Nous répercutons les prix d'EPEX Spot, avec une commission de gestion de 0,019 € par kWh.
Lors des épisodes de prix négatifs, les consommateurs ont des revenus qui viennent se déduire de leurs factures.
Et en cas de crise, comment protégez-vous a contrario vos clients contre des factures qui pourraient considérablement augmenter ?
Lors des cinq dernières années, les prix sont restés relativement stables. Et avec un écosystème de panneaux solaires et de batteries, on peut se prémunir de ces crises ponctuelles.
En 2021, la start-up Barry avait déjà proposé de l'électricité à prix coûtant sur le marché français, avant de disparaître avec la crise énergétique. Comment éviter ce risque ?
Nos clients disposent souvent de panneaux solaires associés à des batteries et seraient mieux protégés en cas de crise qu'en 2021. À l'époque, les batteries étaient encore chères et pas assez développées, c'est sûrement la raison pour laquelle Barry a échoué. Les solutions de stockage se sont depuis démocratisées.
Vous indiquez commercialiser des offres d'électricité « 100 % verte et produite localement ». Via des garanties d'origine ?
Nous prenons effectivement cet engagement avec des garanties d'origine d'énergie française et verte et pas des garanties d'origine de la Norvège par exemple. C'est important dans le cadre de notre développement à l'international de privilégier cette énergie verte et locale.
Quels sont vos objectifs de développement ?
En 2026, nous aimerions atteindre 200 000 clients au niveau européen, contre 150 000 à l'heure actuelle, avec 30 000 appareils pilotés.
Et en France ?
Ce serait bien d'arriver à au moins 1 % de part de marché en fin d'année.