Sans attendre la finale du Mondial de football, le 19 juillet à New York, on connaît le champion du monde toutes catégories du greenwashing climaticide. La FIFA (Fédération internationale de football) pulvérise le record des émissions de CO2 en réunissant 48 équipes dans trois pays. Ce Mondial 2026 est une incroyable aberration qui ne suscite aucune protestation à la mesure du problème.
L'équivalent des émissions annuelles de Rome ou Marseille
Il y a quatre ans, le monde s'offusquait, souvent justement, de ce Mondial organisé au Qatar où l'on climatisait les stades à grands coups de pétrole et de gaz, sans parler de la surexploitation des ouvriers, pour la plupart étrangers (on ne connaît toujours pas le vrai bilan humain de ces travaux).
Côté carbone le bilan est établi : plus de 4 millions de tonnes de CO2 émises et un mensonge éhonté qui transformait ce Mondial en « première édition neutre en carbone ». Un carton vert avait même été créé par la FIFA. De nombreuses ONG et organisations avaient protesté à l'image de la Commission Suisse pour la Loyauté (CSL) qui avait obligé la FIFA à « renoncer à l'avenir à de telles allégations ».
Vu les prévisions concernant les émissions de CO2, les organisateurs auraient eu beaucoup de mal à enfiler cette année leur maillot vert : différents organismes indépendants avancent un chiffre compris entre 8 et 9 millions de tonnes, deux fois plus qu'au Qatar, quatre fois plus que la moyenne des quatre Mondiaux précédents. Cela représente les émissions annuelles de villes comme Rome ou Marseille.
Ce résultat catastrophique s'explique en deux temps : le passage de 32 à 48 équipes participantes et des matches disputés dans trois grands pays par la taille et pas vraiment pour le football, le Mexique, le Canada et les États-Unis. Résultat, on passe de 64 rencontres au Qatar à 104 cette année avec tous les déplacements que cela suppose sur un terrain de jeu qui couvre 4 fuseaux horaires sur des milliers de kilomètres (4 000 km entre les deux stades les plus éloignés l'un de l'autre, Mexico et Vancouver). Le transport aérien représente 85 % des émissions de CO2.
Un festival de buts contre son camp
Au-delà de favoriser le réchauffement climatique, c'est la santé des joueurs et des spectateurs qui est en cause. Cela fait des mois que les grands organismes de recherche sur le climat tels l'Agence américaine de l'océan et de l'atmosphère ou le Programme européen Copernicus mettent en garde contre les fortes probabilités d'un été particulièrement chaud. Tous les voyants sont en effet au rouge depuis le début de l'année : température des océans et de l'air, incendies de forêt qui ont déjà détruit 15 millions d'hectares (c'est un autre record !), etc.
Les organismes compétents alertent sur les conséquences d'un été chaud sur les stades du Mondial d'autant que le phénomène El Nino s'est réveillé, comme prévu, et il pourrait être très puissant et contribuer comme à chaque fois à augmenter encore la température. Ainsi, 26 matches sont classés à risque pour les joueurs et pour les spectateurs avec un thermomètre affichant des valeurs de 35 degrés, selon une étude du réseau scientifique World Weather Attribution. Les stades concernés sont principalement situés dans le sud des États-Unis et au Mexique mais des villes canadiennes comme Toronto ou Vancouver ne sont pas à l'abri, comme l'ont montré différentes vagues de chaleur récentes.
Pour les joueurs, outre le désagrément, les menaces sont bien réelles. Des études ont montré que la chaleur avait un rôle direct sur les matchs en ralentissant le jeu et en faisant courir le risque de coups de chaleur et de crampes prématurées. Pour tenter de limiter les problèmes physiques, la FIFA a imposé un traitement magique : une pause de 3 minutes (« cooling break ») au cours de chaque mi-temps qui va surtout permettre aux chaînes qui ont acquis les droits de diffuser un peu plus de publicité.
Sans oublier les autres problèmes que provoque ce Mondial comme les nombreux refus d'entrer sur le territoire américain, y compris pour les détenteurs de visa, ou le renvoi d'un arbitre, parce que Somalien. On est en droit de se demander ce qui peut justifier pour le football un tel festival de buts contre son camp.
La FIFA va faire encore plus fort en 2030
N'allons pas chercher bien loin. L'argent suffit à nous éviter de faire trop de kilomètres. Plus d'équipes, plus de matches, plus de spectateurs, plus de retransmissions, plus de droits dérivés et de merchandising, tout cela pousse les bénéfices qui se compteront en milliards de dollars. Le Président de la Fifa, Gianni Infantino, ami de Donald Trump, a habilement joué au grand argentier du football mondial. Une partie des recettes est reversée à toutes les fédérations du monde, ce qui favorise évidemment la réélection de celui qui signe les chèques. Autre source de revenus : le sponsoring. Le journal Le Monde daté du 11 juin dernier raconte comment le pétrolier saoudien Aramco s'est engagé pour un montant de 10 milliards de dollars jusqu'en 2034, année de la Coupe du monde… en Arabie saoudite.
Avant cela, en 2030, la FIFA va faire encore plus fort en organisant le Mondial avec encore trois pays mais sur trois continents différents : l'Europe avec l'Espagne et le Portugal, l'Afrique avec le Maroc et l'Amérique du Sud avec trois matches disputés pour célébrer le centième anniversaire du Mondial inauguré en 1930 en Uruguay.
Le plus triste dans cette histoire pour tous ceux qui aiment le football et s'intéressent un peu au climat, ce qui est mon cas, c'est que, en dehors des scientifiques qui ne sont pas écoutés mais plutôt méprisés, personne ne prend position ou n'exprime un quelconque sentiment sur cette aberration.
Le ballon tourne rond. Pas la planète.