Un parc éolien géant qui « produira plus que le barrage Hoover »
Situé au Nouveau-Mexique, le parc de SunZia est composé de 916 éoliennes, d’une puissance nette cumulée de 3 650 MW, soit plus du triple des plus grands parcs éoliens américains actuellement en service, notamment Alta Wind en Californie (1 098 MW) et Great Prairie au Texas (1 027 MW).
L’exploitant du parc, Pattern Energy, envisage une production de l’ordre de 12,5 TWh à 13 TWh par an, soit suffisamment d'électricité pour couvrir les besoins de près d'un million de ménages américains. Cela implique un facteur de charge de près de 40 % (la moyenne mondiale pour les parcs terrestres en service avoisine 27 % mais les nouvelles installations sont bien plus performantes à l’image de SunZia).
Ce site éolien géant pourra ainsi « produire et fournir plus d'électricité que le barrage Hoover », l’infrastructure hydroélectrique emblématique des États-Unis (située sur le fleuve Colorado, à la frontière entre les États du Nevada et de l'Arizona) qui dispose d’une puissance de 2 080 MW mais dont la production pâtit de sécheresses répétées.
L’électricité générée par le parc de SunZia sera en grande partie acheminée en Arizona et dans le sud de la Californie, précise l’EIA américaine (Energy Information Administration). Pattern Energy a construit une ligne haute tension de plus 550 miles (soit près de 885 km) et évoque « le plus grand projet d'infrastructure d'énergie propre de l'histoire des États-Unis ».
Des critiques répétées de Donald Trump
« Elles tuent nos paysages, nos vallées, nos plaines et nos magnifiques endroits aux États-Unis ». Ce n’est qu’une déclaration de Donald Trump parmi d’autres (celle-ci date de 2025), illustrant les critiques répétées du Président américain contre les éoliennes : « cimetière pour oiseaux » (ou causant la mort de baleines pour les parcs offshore), référence au bruit des turbines à l’origine de cancers, perte de valeur de l’immobilier à proximité des parcs, etc.
« On entend surtout parler de l'opposition de Trump à l'offshore, car les parcs offshore sont le plus souvent construits sur le plateau continental extérieur, sous autorité fédérale, ce qui lui permet d'empêcher leur développement », constate Tuong-Vi An-Gourfinkel, cheffe de cabinet en charge de la Transformation Stratégique de Global Urban Development. « L’onshore est plus fragmenté : il peut dépendre de terres privées, étatiques, tribales ou fédérales, et Trump ne peut pas le bloquer aussi directement que l’offshore - en revanche, dès qu’un projet dépend de terres fédérales, de droits de passage, de permis environnementaux ou de transmission interétatique, l’administration fédérale peut ralentir fortement son développement », précise-t-elle.
De fait, le Department of the Interior (DOI) a pris plusieurs mesures en juillet 2025 visant à retirer ce qu’il qualifie de « traitement préférentiel » accordé à l’éolien et au solaire : « ces mesures incluent un renforcement de la revue des projets renouvelables relevant du DOI et la possibilité de réexaminer certaines zones terrestres à fort potentiel éolien au nom du principe de multiple use des terres publiques », rappelle Tuong-Vi An-Gourfinkel.
En 2025, l’énergie éolienne a compté pour 10,9 % de la production d’électricité aux États-Unis, selon l’EIA. L’agence américaine prévoit que cette part augmente à hauteur de 11,2 % en 2026 et 11,9 % en 2027.
Comment SunZia a échappé à la vindicte trumpienne
Dans le contexte politique américain actuel, la mise en service du projet de SunZia pourrait surprendre mais il était « déjà trop avancé, trop utile au réseau et trop intégré aux intérêts locaux pour être facilement bloqué », résume Tuong-Vi An-Gourfinkel qui détaille 3 raisons principales à l’aboutissement de ce projet :
- une raison légale: « le projet était déjà très avancé avant le retour de Trump. Celui-ci peut freiner les nouveaux projets, ralentir les permis, attaquer symboliquement la filière, mais détruire un mégaprojet déjà engagé, avec des contrats, des investisseurs, des emplois, des États bénéficiaires et une utilité réseau évidente, est juridiquement et politiquement difficile ».
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une raison politique: « le Nouveau-Mexique est un État de couleur démocrate, mais la zone du projet elle-même n’est pas entièrement démocrate. Pour les républicains du territoire, et notamment le candidat républicain au poste de gouverneur du Nouveau-Mexique Greg Hull, il est difficile de s'opposer à un projet qui crée des revenus fonciers, des emplois, des recettes fiscales, des bénéfices communautaires, etc. Il ne peut pas simplement copier-coller le discours national de Trump si le projet rapporte dans des zones rurales ».
Pattern Energy, qui évoque un coût total du projet de 11 milliards de dollars, estime que « les projets éoliens et de transport d'électricité de SunZia devraient générer 20,5 milliards de dollars de retombées économiques totales sur toute la durée de vie du projet, incluant les retombées économiques directes, indirectes et induites ainsi que les impacts fiscaux ».
- une raison pratique: « SunZia est aussi un projet de transmission d’électricité entre le Nouveau-Mexique et l’Arizona. Cela le rend politiquement plus robuste, parce qu’il peut être défendu par les républicains locaux non pas comme un projet climatique, mais comme une infrastructure de sécurité électrique et d’exportation d’énergie vers l’Ouest américain ».
Tuong-Vi An-Gourfinkel nuance plus globalement la vision que l’on peut avoir de la situation outre-Atlantique : pour elle, « les républicains ne rejettent pas la transition parce qu’elle est verte, mais parce qu’elle leur apparaît souvent comme une dépossession. On ferme les centrales fossiles, on menace des emplois, on attaque le pétrole, on interdit, on taxe, on réglemente, on culpabilise, et l’on donne parfois aux territoires ruraux le sentiment qu’ils appartiennent au passé ». Pour autant, « cette même transition peut devenir acceptable lorsqu’elle change de signification politique : lorsqu’elle devient propriété locale, revenu foncier, recettes fiscales, emplois, infrastructure, sécurité énergétique ou levier de souveraineté territoriale ».
Et le parc de SunZia répond à ces attentes. Le projet montre ainsi « que les renouvelables peuvent survivre dans l’Amérique trumpienne » dans ces conditions.