La vision de…
Christine Goubet-Milhaud

Présidente de l'Union française de l'électricité

En 2050, près de dix milliards d’êtres humains peupleront notre planète. Tous ces êtres humains devront être nourris, chauffés ou climatisés, et avoir la possibilité de s’éclairer, de se déplacer et d’accéder à l’information. A l’échelle de l’Humanité, la satisfaction progressive de ces besoins a été permise par l’accès croissant à l’énergie : le feu de bois d’abord, pour le chauffage, la cuisson et éloigner les bêtes sauvages, puis la force animale pour l’agriculture, le vent pour la navigation, et l’énergie hydraulique pour les moulins.

S’il est indéniable que la consommation d’énergie est un trait inhérent à l’activité de l’homme moderne, elle est aussi devenue une source majeure de préoccupation : depuis le XIXe siècle, l’activité humaine est sous-tendue par la combustion d’énergies d’origine fossile (charbon, pétrole, gaz), abondantes et bon marché, qui entraîne dans son sillage le déséquilibre de l’écosystème dans lequel nous évoluons. Les émissions de CO2, et les changements climatiques qu’elles induisent, génèrent d’importantes catastrophes naturelles et transforment des zones géographiques densément peuplées en milieux hostiles. Les flux migratoires qui découlent de ces mutations climatiques provoquent tensions et conflits.

Un faisceau d’éléments concordants suggère nettement que l’objectif international affiché et assumé depuis la création de la Société des Nations, à savoir la paix entre les peuples, est incompatible avec le réchauffement climatique. En 2050, la paix entre les peuples ne sera permise que si un accès universel à des sources d’énergies décarbonées est assuré. Dès lors, la question porte sur ce qui doit avoir changé en 2050 pour dépasser l’opposition entre développement de l’Humanité et paix dans le monde. En 2050, plusieurs transformations devront avoir eu lieu.

Tout d’abord, consommation d’énergie ne rimera plus avec émissions de CO2. Les énergies fossiles auront été remplacées par l’électricité décarbonée (hydraulique, éolien, solaire, nucléaire, etc.), la chaleur et le froid renouvelables, les biocarburants et le biogaz. Les voitures seront propulsées avec de l’électricité décarbonée, la chaleur des data centers sera récupérée pour alimenter les bâtiments adjacents et les maisons seront chauffées grâce des appareils à bois ou des pompes à chaleur. L’usage de ces énergies, beaucoup mieux réparties sur le globe que les énergies fossiles, limitera les conflits géopolitiques liés à la maîtrise des ressources énergétiques.

Les consommations d’énergies seront également efficaces, sans gaspillage, en s’appuyant au contraire sur l’économie circulaire. En 2050 toujours, tous les systèmes énergétiques seront couplés pour tirer le meilleur parti de la variabilité de certaines des énergies renouvelables. Le système électrique sera adossé à la production de chaleur et de biogaz. De fait, le système énergétique global sera optimisé en temps réel afin de tirer le meilleur parti de chacune des spécificités territoriales et de limiter le coût de l’énergie. Cette optimisation numérique sera rendue possible par l’interopérabilité des réseaux de transport et de distribution des différentes énergies décarbonées.

En clair, le système énergétique fonctionnera comme fonctionne Internet aujourd’hui. Néanmoins, au vu des investissements à réaliser pour parvenir à de tels systèmes, l’émergence de ce paysage énergétique mondial en 2050 devra nécessairement avoir suscité l’adhésion de la société sous toutes ses composantes. Cela implique que dans tous les pays, en 2050, le climat sera depuis longtemps devenu un sujet « banal ».

La décarbonation est un objectif politique stratégique, au même titre, par exemple, que la Déclaration des droits de l’Homme. Néanmoins, la plupart des solutions climatiques auront été mis en œuvre grâce à des gestes et des solutions naturelles de la vie de tous les jours : les énergies décarbonées seront moins chères, les voitures électriques et à hydrogène seront silencieuses et ne pollueront pas et le pilotage des consommations sera la règle car il sera rémunéré. C’est la somme des actions individuelles qui mènera à la décarbonation.

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